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DOSSIER / 006 1989–1990

La vague d’ovnis belge

Des policiers ont signalé un triangle de lumières au-dessus de l’est de la Belgique. Des mois d’observations ont suivi, jusqu’à une poursuite radar par des F-16.

Illustration de deux gendarmes belges de la fin des années 1980, près d’une voiture de patrouille, observant trois lumières blanches non identifiées et une lumière rouge au-dessus d’un champ sombre.
1989–1990
Ce n’est pas une vraie photo.

Trois lumières au bord de la route

En fin d’après-midi, le 29 novembre 1989, deux gendarmes de la brigade d’Eupen, Heinrich Nicoll et Hubert von Montigny, roulaient sur la N68 d’Eupen vers Eynatten, dans le petit coin germanophone de la Belgique, quand ils remarquèrent qu’une prairie au bord de la route était inondée de lumière. Au-dessus flottait la source. Dans le récit qu’assemblèrent ensuite les enquêteurs belges, c’était une plateforme triangulaire sombre aux coins tronqués, de trente mètres ou plus à la base, immobile à peut-être 120 mètres de hauteur. Trois faisceaux éblouissants pointaient droit vers le bas depuis sa face inférieure, et au centre une lumière rouge pulsait comme le gyrophare d’une voiture de police. Les gendarmes racontèrent à un intervieweur, dix jours plus tard, que l’éclat les forçait à détourner les yeux et que le dessous paraissait vert foncé. L’engin ne faisait presque aucun bruit. L’un d’eux crut entendre un léger bourdonnement ; le journal Le Soir parla de quelque chose comme un moteur électrique. Ils appelèrent la caserne par radio, descendirent de voiture et regardèrent la chose pivoter lentement et s’éloigner en direction d’Eupen. Puis ils la suivirent.

Sources: Entretien avec les gendarmes d’Eupen, 9 décembre 1989Vague d’OVNI sur la Belgique — Volume 1La vague belge de 1989–1992 : une hypothèse négligéeTriangles au-dessus de la Belgique

Une longue veille au-dessus d’Eupen

Pendant les trois heures qui suivirent, ils ne cessèrent de la retrouver. À partir de 18 h 20 environ, les deux hommes se tinrent sur une hauteur dominant le lac de la Gileppe et observèrent une boule blanche éclatante suspendue au-dessus de la tour panoramique du barrage, à près de cinq kilomètres. Toutes les quelques minutes, selon leurs récits ultérieurs et plus complets, deux minces faisceaux rouges en jaillissaient à l’horizontale dans des directions opposées, chacun terminé par une boule rouge, et les boules revenaient vers la lumière comme un yoyo. À 18 h 45, un second triangle s’éleva derrière un bosquet de sapins ; il portait un dôme avec une rangée de hublots éclairés et leur rappela un wagon de chemin de fer la nuit. À la caserne, l’opérateur de permanence Albert Creutz voyait une lumière depuis la fenêtre et plaisanta : c’était peut-être le père Noël qui essayait d’atterrir. Près de Henri-Chapelle, au nord-ouest d’Eupen, deux gendarmes de la brigade de La Calamine, Dieter Plumans et Peter Nicoll — sans lien de parenté avec Heinrich —, pourchassaient un losange de lumières à cent kilomètres à l’heure ; il faisait un bruit de turbine, et Plumans le vit cracher une boule rouge qui descendit et fila à angle droit. La boule blanche au-dessus du barrage s’enfonça hors de vue à 19 h 23. Vénus, feraient remarquer les sceptiques, se coucha onze minutes plus tard dans la même partie du ciel.

Sources: Vague d’OVNI sur la Belgique — Volume 1Entretien avec les gendarmes d’Eupen, 9 décembre 198930 ans plus tard, nous ne savons toujours pas ce qui s’est vraiment passé pendant la vague d’ovnis belgeLa vague belge de 1989–1992 : une hypothèse négligéeTriangles au-dessus de la Belgique

Une vague se forme autour de la première nuit

La Société belge d’étude des phénomènes spatiaux (SOBEPS), un groupe de bénévoles de Bruxelles, finit par enregistrer quelque 150 témoignages pour cette seule soirée, dont treize de gendarmes postés en huit endroits différents. Au fil de l’hiver, les observations gagnèrent l’ouest, des collines d’Eupen à Liège puis à Bruxelles : des triangles lents et bas, avec une lumière blanche à chaque angle, parfois une masse sombre masquant les étoiles entre elles, parfois un bourdonnement, souvent rien. La SOBEPS interrogea des témoins par centaines et publia deux épais volumes. Le nombre de témoignages dépend de qui compte : environ deux mille récits en deux ans est le chiffre habituel, tandis qu’un ancien enquêteur de la SOBEPS affirme que les archives n’en contenaient en réalité que 647. Le critique Wim Van Utrecht a relevé que la presse était conditionnée : la dépêche de l’agence de presse soviétique sur des géants atterrissant dans un parc de Voronej avait fait le tour du monde quelques semaines auparavant seulement. Une équipe de télévision américaine venue reconstituer la première nuit braqua sur le sol un projecteur de 140 000 watts. Les gendarmes lui dirent que les vraies lumières avaient été plus vives.

Sources: Triangles au-dessus de la BelgiqueLa vague des triangles volants de BelgiqueVague d’OVNI sur la Belgique — Volume 1Vague d’OVNI sur la Belgique — Volume 2La vague belge de 1989–1992 : une hypothèse négligée

La Force aérienne choisit de coopérer

L’armée belge fit une chose inhabituelle : elle parla. Le 21 décembre, le ministre de la Défense Guy Coëme annonça ce que les triangles n’étaient pas — ni des avions AWACS, ni des engins pilotés à distance, ni des ULM, ni des chasseurs furtifs américains F-117A, un point que ses services avaient vérifié auprès de la Force aérienne des États-Unis. Le colonel Wilfried De Brouwer, chef des opérations à l’état-major de la Force aérienne, devint malgré lui le visage public de la vague et accepta de partager des informations avec la SOBEPS. Des F-16 décollèrent en alerte à deux reprises en décembre. Le 5, l’objet avait disparu quand ils arrivèrent. Le 16, les pilotes trouvèrent leur cible : une lampe au xénon rotative sur le toit d’une discothèque de Halen, qui balayait la base des nuages, provoquait des signalements d’ovnis depuis trois semaines et que le parquet fit alors éteindre. Après cela, la Force aérienne fixa une règle plus stricte. Les chasseurs ne décolleraient que si la police au sol et le radar étaient d’accord.

Sources: Triangles au-dessus de la Belgique, page 2Déclaration du général-major (à la retraite) Wilfried De Brouwer, National Press ClubLa vague des triangles volants de BelgiqueRapport concernant l’observation d’ovnis dans la nuit du 30 au 31 mars 1990

30 mars : des lumières au sud de Bruxelles

À 23 h, le 30 mars 1990, le centre de contrôle radar de Glons reçut l’appel d’un gendarme nommé A. Renkin, chez lui à Ramillies. Il voyait trois lumières, bien plus brillantes que des étoiles, aux sommets d’un triangle équilatéral, passant du rouge au vert puis au jaune. Dix minutes plus tard, il rappela : trois autres se dirigeaient vers les trois premières. Glons demanda à la gendarmerie de Wavre d’envoyer une patrouille. Le capitaine Pinson arriva à 23 h 28 et confirma — des points de la taille d’une grosse étoile, surtout rouges, passant par le bleu, le vert, le jaune et le blanc, « très nets, comme s’il s’agissait de signaux ». Glons avait un contact non identifié dérivant vers l’ouest à vingt-cinq nœuds. Une seconde station radar, à Semmerzake, le confirma. À 23 h 56, les deux nouvelles conditions étant remplies, Glons donna l’ordre de décollage.

Sources: Rapport concernant l’observation d’ovnis dans la nuit du 30 au 31 mars 1990

Deux chasseurs entrent dans la nuit

Deux F-16 du 1er Wing de chasse, indicatifs AL 17 et AL 23, quittèrent Beauvechain à minuit cinq. Pendant les cinquante minutes suivantes, Glons les guida dans neuf tentatives d’interception. À trois reprises, un pilote obtint un accrochage radar, et chaque fois, dit le rapport officiel du major Lambrechts, l’accrochage « provoqua un changement drastique » chez la cible. À 0 h 13 : six milles nautiques droit devant, à 9 000 pieds — puis la vitesse affichée bondit de 150 à 970 nœuds tandis que l’altitude tombait à 5 000 pieds, remontait à 11 000 et chutait au niveau du sol, le tout en quelques secondes, et l’accrochage se rompit. À 0 h 30 : une cible à 740 nœuds, tenue six secondes, avec un signal de brouillage sur l’écran au moment où elle s’échappait. À 0 h 39 : de 100 à 600 nœuds. Plusieurs de ces vitesses étaient supersoniques. Personne dans le Brabant n’entendit de bang. Aucun des deux pilotes ne vit jamais quoi que ce soit. Au sol, Pinson et ses hommes virent les chasseurs passer trois fois et tourner au milieu de la formation, virent le petit triangle disparaître et virent la lumière la plus brillante du grand s’éloigner rapidement en clignotant rouge.

Sources: Rapport concernant l’observation d’ovnis dans la nuit du 30 au 31 mars 1990

Les relevés radar passés au crible

Les F-16 atterrirent à 1 h 10 et 1 h 16 ; vers 1 h 30, les quatre dernières lumières, alors disposées en carré autour de Jodoigne, faiblirent et s’éteignirent dans quatre directions. Le rapport de Lambrechts ne prenait pas de gants. Les gendarmes étaient des témoins « dont l’objectivité ne peut être mise en doute » ; les vitesses enregistrées excluaient des avions, l’altitude constante excluait des ballons, et « la formation géométrique tend à prouver un programme ». De Brouwer fut plus prudent lorsqu’il montra la bande radar à la presse au siège de l’OTAN, à Evere, le 11 juillet, et plus prudent encore les années suivantes : les preuves techniques, dit-il en 2007, étaient insuffisantes pour conclure que quelque chose d’anormal s’était trouvé en l’air cette nuit-là. Entre-temps, la bande avait été décortiquée. Une équipe de guerre électronique de la Force aérienne dirigée par le lieutenant-colonel Salmon établit qu’au moins trois des accrochages enregistrés correspondaient à un F-16 se verrouillant sur l’autre. Le physicien Auguste Meessen, pilier de la SOBEPS qui en 1991 avait qualifié l’hypothèse extraterrestre de seule raisonnable, conclut en 1998 que les autres étaient des échos de poches d’air humide, dont les vitesses étaient faussées par le traitement Doppler du radar lui-même. Les lumières que les gendarmes observèrent pendant deux heures et demie bougèrent à peine par rapport aux étoiles. Les critiques ont suggéré que c’est ce qu’elles étaient.

Sources: Rapport concernant l’observation d’ovnis dans la nuit du 30 au 31 mars 1990Déclaration du général-major (à la retraite) Wilfried De Brouwer, National Press ClubÉtude approfondie des mystérieux enregistrements radar des F-16Rapport du lieutenant-colonel Salmon sur les traces radar des F-16, nuit du 30 au 31 mars 1990Triangles au-dessus de la Belgique

Une photographie devient l’icône

Deux semaines plus tard, à Pâques, la Force aérienne et la SOBEPS organisèrent une veille nationale du ciel de quatre nuits, avec deux avions d’observation en attente. Rien ne vint. Ce qui manquait encore à la vague, c’était une image, et cet été-là elle l’obtint : une diapositive couleur, apportée à la presse par un photographe de presse, montrant un triangle noir avec une lumière blanche luminescente à chaque angle et une rouge au milieu. Elle aurait été prise début avril à Petit-Rechain, près de Verviers, par un jeune homme connu seulement sous le nom de Patrick M. Pendant vingt ans, elle illustra presque tout ce qui s’écrivit sur la Belgique. Des spécialistes de l’École royale militaire l’étudièrent ; Meessen vit des jets de plasma dans les lumières ; des analystes en France et aux États-Unis ne purent trouver aucun signe de trucage. Le 26 juillet 2011, Patrick Maréchal passa sur la chaîne belge RTL-TVI et expliqua. Il avait alors une vingtaine d’années et travaillait comme ajusteur dans une usine. Un collègue découpa un triangle de soixante ou quatre-vingts centimètres dans du polystyrène expansé ; ils y enfoncèrent quatre lampes de poche, colorèrent celle du milieu au marqueur rouge, suspendirent l’ensemble par des fils à un escabeau de cuisine et prirent une douzaine de clichés depuis un trépied pour faire marcher les collègues de l’usine. Ils n’avaient jamais imaginé que cela sortirait de l’usine. « On arrive à tromper tout le monde avec une bête maquette en frigolite », dit-il — autrement dit, en polystyrène. Il ajouta qu’il croyait toujours que la vague elle-même était réelle.

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Des hélicoptères, des étoiles et un homme avec un dirigeable

Aucune explication unique n’a été proposée pour l’ensemble de la vague, et les explications partielles forment un assortiment disparate. Le chercheur français Renaud Leclet soutient que la plateforme d’Eupen était un hélicoptère militaire : le Puma belge porte trois feux en triangle, les gendarmes ont bien signalé un bourdonnement, la circulation routière peut couvrir le bruit d’un rotor et le vert foncé est une couleur de l’armée. Il défend la même thèse pour l’autre observation rapprochée célèbre de la vague, celle du lieutenant-colonel André Amond à Ernage, le 11 décembre. Vénus et les étoiles brillantes expliquent, dans cette optique, les lumières restées des heures au même endroit, et l’excitation une bonne part du reste. Et puis il y eut l’inventeur, identifié seulement comme Michel K., qui annonça que toute la vague avait été l’œuvre de sa flotte de dirigeables porteurs de projecteurs et proposa de le prouver contre l’équivalent de 625 000 euros.

Sources: La vague belge de 1989–1992 : une hypothèse négligéeTriangles au-dessus de la BelgiqueLa vague d’ovnis belge

Ce que la vague a laissé sans réponse

Ôtez la photographie et le radar, et la Belgique revient à son point de départ : une route à la sortie d’Eupen au crépuscule, avec deux policiers plissant les yeux vers trois faisceaux de lumière. Ils n’ont jamais varié. La SOBEPS fut dissoute fin 2007, ses dossiers passant à un groupe successeur. De Brouwer prit sa retraite avec le grade de général-major, soutenant toujours que sa force aérienne n’avait jamais identifié ce que ses concitoyens avaient vu. Si c’était un hélicoptère, à qui appartenait-il ? Pourquoi serait-il resté suspendu au-dessus d’un champ, phares d’atterrissage allumés, à quelques milles de la frontière allemande, et pourquoi aucun pilote, en toutes ces années, n’a-t-il dit être l’homme par qui tout a commencé ? Et si ce n’en était pas un, qu’est-ce qui a passé cet hiver-là à dériver si lentement, et si bas, au-dessus de la Wallonie ?

Sources: Déclaration du général-major (à la retraite) Wilfried De Brouwer, National Press ClubTriangles au-dessus de la BelgiqueLa vague belge de 1989–1992 : une hypothèse négligée

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Sources et entretiens

Les sources conservent leur langue d’origine ; leurs titres et descriptions sont traduits.

Entretien avec les gendarmes d’Eupen, 9 décembre 1989Patrick Vantuyne · Traduit et hébergé par Patrick GrossRapport concernant l’observation d’ovnis dans la nuit du 30 au 31 mars 1990Major Lambrechts, Force aérienne belge · Chronologie officielle · 1990Rapport du lieutenant-colonel Salmon sur les traces radar des F-16, nuit du 30 au 31 mars 1990Étude technique de la Force aérienne belge · Copie d’archive indexée par UFO TransparencyVague d’OVNI sur la Belgique — Volume 1SOBEPS · 1991 · Dossiers de témoins et enquête sur le début de la vagueVague d’OVNI sur la Belgique — Volume 2SOBEPS · 1994 · Suivi et analyse radarÉtude approfondie des mystérieux enregistrements radar des F-16Auguste Meessen · Inforespace 97 · Décembre 1998Triangles au-dessus de la BelgiqueWim Van Utrecht · Caelestia · Reconstitution critique du casTriangles au-dessus de la Belgique, page 2Wim Van Utrecht · Caelestia · Révisé en mai 2007 · Déclarations officielles et cas expliquésDéclaration du général-major (à la retraite) Wilfried De Brouwer, National Press ClubThe UFO Chronicles · Transcription des déclarations de témoins · 12 novembre 2007La vague belge de 1989–1992 : une hypothèse négligéeRenaud Leclet et al. · CNEGU · 2008 · Hypothèse de l’hélicoptèreL’ovni belge qui avait intrigué la NASA était un faux en polystyrèneAgence France-Presse · Phys.org · 26 juillet 2011La photo d’un ovni belge célèbre était un trucageLe Figaro · 28 juillet 2011 · Couverture des aveux de Petit-RechainPetit-Rechain : la situation actuelleLeslie Kean · The UFO Chronicles · Septembre 2011La célèbre photo d’ovni belge était un canularWim Van Utrecht · Caelestia · Octobre 2011La vague des triangles volants de BelgiqueAntonio Huneeus · Open Minds · 2011, republié en 2020La vague d’ovnis belgeBrian Dunning · Skeptoid n° 538 · 27 septembre 2016 · Analyse sceptique30 ans plus tard, nous ne savons toujours pas ce qui s’est vraiment passé pendant la vague d’ovnis belgeJeva Lange · The Week · 30 mars 2020Vague d’ovnis belgeWikipédia · Orientation et piste de références · Consulté le 16 septembre 2026SOBEPSWikipédia · Présentation de l’organisation et bibliographie · Consulté le 16 septembre 2026
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