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DOSSIER / 055 — 1917

Le soleil qui dansa à Fátima

Trois petits bergers dirent qu’une femme de lumière apparue sur un chêne vert avait promis un signe. Le dernier jour fixé, une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes vit les nuages s’ouvrir sur un disque d’argent mat que l’on pouvait fixer sans douleur. Il trembla, tourna comme une roue de feu d’artifice et sembla tomber vers la terre. L’Église parla de miracle. Les ufologues en firent plus tard l’événement ovni ayant eu le plus de témoins jamais recensé.

Photographie en noir et blanc de gens de la campagne sur un sol pierreux sous un ciel pâle. Une femme au foulard clair et au châle rayé, agenouillée, serre un parapluie et lève les yeux, à côté d’un homme moustachu à genoux et d’un garçon tenant un long bâton ; d’autres spectateurs, debout ou agenouillés, fixent le ciel, et une foule dense emplit l’arrière-plan.
1917
Des pèlerins de la Cova da Iria regardant le soleil le 13 octobre 1917, photographie publiée dans Ilustração Portuguesa le 29 octobre 1917. Elle est généralement attribuée à Judah Bento Ruah, qui couvrit la journée pour O Século ; le magazine attribue ses images à Benoliel. Domaine public, via Wikimedia Commons. Recadrée.

Trois enfants et un éclair

En 1917, le Portugal était une république farouchement anticléricale, âgée de moins de sept ans, et ses soldats combattaient en France. Fátima était une paroisse de hameaux aux murets de pierre sèche sur le plateau calcaire aride de la Serra de Aire, et la Cova da Iria un creux appartenant aux parents de Lúcia dos Santos, une petite bergère de dix ans du hameau d’Aljustrel. Le dimanche 13 mai, Lúcia y gardait les moutons de la famille avec ses cousins Francisco et Jacinta Marto, âgés de huit et sept ans. Le récit que le curé de la paroisse, le père Manuel Marques Ferreira, recueillit de leur bouche environ deux semaines plus tard est simple et étrange. Ils virent d’abord « um relâmpago », un éclair, puis un autre, et ensuite « uma mulher », une femme, debout au sommet d’un petit chêne vert. Elle portait des bas blancs, une jupe blanche brodée d’or, une veste blanche et un manteau blanc, un cordon d’or et de toutes petites boucles d’oreilles, et elle tenait les mains levées. Elle leur dit de revenir le 13 de chaque mois pendant six mois. Puis, écrivit le prêtre, elle « abalou pelo ar acima », elle s’en alla en s’élevant dans les airs. Les enfants l’appelaient simplement la Dame ; les fidèles l’appelleraient Notre-Dame. Ils rentrèrent chez eux et ne purent garder le secret, et dès juin quelques dizaines de voisins curieux les suivaient jusqu’à l’arbre.

Photographie sépia de trois enfants de paysans debout devant un mur de pierre sèche couronné d’herbe : à gauche une fille au foulard sombre, au chemisier à carreaux et à la longue jupe rayée, les mains jointes ; au milieu un garçon en bonnet sombre, veste et pantalon à carreaux, tenant un long bâton de berger, une besace en travers de la poitrine ; à droite la plus petite, en foulard sombre, chemisier blanc et jupe sombre, une main sur la hanche.
Lúcia dos Santos, Francisco Marto et Jacinta Marto en 1917. La même image parut dans Ilustração Portuguesa le 29 octobre 1917, avec pour légende « les trois enfants qui disent que la Vierge leur a parlé ». Attribuée à Joshua Benoliel. Domaine public, via Wikimedia Commons. Source de l’image

Sources: Interrogatórios do pároco de Fátima (maio–julho de 1917)Aparições de Fátima

La petite dame à la jupe au genou

La Dame des premiers interrogatoires n’est pas celle des images pieuses. En juin, elle arriva « em linha oblíqua do lado do nascente », suivant une ligne oblique venue de l’est, et sa jupe à cordon d’or « só chegava ao joelho », ne descendait qu’au genou. Elle avait les yeux noirs et était « de meia altura », de taille moyenne. En juillet, Jacinta, sept ans, dit au curé qu’elle avait vu « uma mulher pequena », une petite femme, de la taille de la fille d’une voisine qui avait alors une quinzaine d’années, et que lorsque la femme s’en alla, « le ciel s’ouvrit et ses pieds restèrent pris alors que son corps était déjà caché ». Un prêtre qui interrogea Jacinta en octobre nota que la Dame était aussi grande que Virgínia, une fillette du village âgée de douze ans : 1,1 mètre. Le chanoine Manuel Nunes Formigão, professeur au séminaire de Santarém venu interroger les enfants à l’automne, consigna deux cordons d’or tombant de son cou jusqu’à un gland d’or à la taille, et de petits anneaux jaunes à ses oreilles. Lúcia lui dit qu’elle devait parfois détourner les yeux parce que « ela às vezes cega », elle aveugle parfois ; Francisco ne pouvait regarder son visage que peu de temps, « por causa da luz », à cause de la lumière. Formigão confia son inquiétude à ses notes : une Dame dont la robe ne descendait qu’aux genoux était « la plus grave difficulté » contre le caractère surnaturel de l’apparition, et pouvait être « une mystification préparée par l’esprit des ténèbres ».

Sources: Interrogatórios do pároco de Fátima (maio–julho de 1917)Interrogatório do Padre José Ferreira de LacerdaInterrogatórios do Cónego Manuel Nunes Formigão

Une voix comme une abeille

La foule ne pouvait ni voir la Dame ni l’entendre. Ce que certains entendirent à la place devint l’un des détails les plus cités de l’affaire. Maria Carreira, une voisine connue plus tard sous le nom de Maria da Capelinha, Maria de la Petite Chapelle, pour la chapelle dont elle prenait soin, témoigna en 1923 qu’en juin, quand Lúcia parlait à l’arbre, elle entendit « uma zunida », un bourdonnement, qui en venait, sans distinguer un seul mot. À la fin, elle entendit comme le sifflement d’une fusée de feu d’artifice prenant de la vitesse et vit un léger nuage s’élever du chêne vert et s’éloigner vers l’est ; ensuite, les pousses du sommet du petit arbre étaient courbées vers l’est, « como se os vestidos os tivessem tombado nessa direção », comme si les vêtements de la Dame les avaient couchées. En juillet, un villageois nommé Jacinto de Almeida Lopes entendit venir de l’arbre « une voix très faible comme le bourdonnement d’une abeille », et le 11 octobre 1917, un autre villageois dit au chanoine Formigão qu’on avait entendu un grondement en juillet et en août et que certains affirmaient entendre le son des réponses. Le premier article de presse, dans O Século de Lisbonne le 23 juillet, rapportait un bruit « comme le grondement du tonnerre », citait la voyante décrivant « une sorte de poupée très jolie » auréolée qui l’appelait d’une voix fine et mélodieuse, et se demandait si toute l’affaire n’était pas une manœuvre pour faire de la Serra de Aire une station thermale miraculeuse capable de rivaliser avec Lourdes.

Sources: Processo canónico: depoimentos de setembro de 1923Inquérito paroquialInterrogatórios do Cónego Manuel Nunes FormigãoEspeculação financeira?

L’administrateur et le coup de tonnerre

Le 13 août, les enfants n’atteignirent jamais l’arbre. Artur de Oliveira Santos, l’administrateur républicain de Vila Nova de Ourém, les emmena du presbytère de Fátima dans sa voiture et les retint deux jours à Ourém ; Lúcia raconta plus tard qu’il avait menacé de les faire frire dans l’huile. La foule qui attendait dans la Cova, quelque cinq ou six mille personnes selon le décompte du curé ce mois-là, vit tout de même ses propres signes. Leonor de Avelar e Silva Constâncio, qui était présente, écrivit en octobre que le ciel était couvert d’un léger nuage semblable à la plus fine dentelle blanche, rose par endroits, que le soleil se cacha un instant et laissa tout le monde éclairé d’« uma luz esquisita », une lumière étrange, avec des taches jaunes sur le sol et sur les vêtements, et une brusque chute de la température. Quelqu’un s’écria de regarder la brume autour de l’arbre ; elle lui fit l’effet d’une fumée montant en légères spirales, comme d’un brûle-parfum, et un homme de Lapas cria qu’il voyait la Dame entre deux nuages. Un témoin parla à l’enquête paroissiale de 1918 d’une forte détonation inexplicable à côté de l’arbre, qui effraya toute la foule au point que certains s’évanouirent, et d’un nuage aux couleurs de l’arc-en-ciel se formant près du soleil. Le père de Jacinta, Manuel Pedro Marto, jura en 1923 qu’après la détonation il vit de la poussière et de la brume et « uma espécie de globo luminoso girando nas nuvens », une sorte de globe lumineux tournant dans les nuages. Le 19 août, la Dame revint vers les enfants aux Valinhos, un pâturage près de chez eux. La mère de Lúcia témoigna en 1923 que le rameau de chêne vert rapporté par sa fille avait une odeur qu’elle n’avait jamais sentie, et la mère de Jacinta que son fils João, onze ans, entendit « un grondement comme une fusée » au départ de la vision, bien qu’il n’ait rien vu.

Sources: Relato de Leonor de Avelar e Silva ConstâncioInquérito paroquialProcesso canónico: depoimentos de setembro de 1923Interrogatório oficial de Lúcia

Des étoiles à midi

Le 13 septembre, la foule était passée à quinze ou trente mille personnes. Constâncio ne vit qu’une légère éclipse du soleil, mais beaucoup autour d’elle virent ce qu’elle appela un minuscule nuage « como que um pequenino floco de algodão branco », comme un petit flocon de coton blanc, qui traversa le ciel d’est en ouest comme une étoile filante et disparut « comme soudain submergé ». Certains dirent avoir vu deux de ces étoiles, d’autres trois. Un professeur du séminaire de Santarém, le Dr António Maria de Figueiredo, vint cet après-midi-là chez le curé tout exprès pour déclarer qu’il avait vu « des étoiles dans une région inférieure à la région stellaire ». Un villageois parla à l’enquête de 1918 de choses qui tombaient et ressemblaient à des fleurs blanches, que d’autres appelaient des étoiles. En 1922, Inácio António Marques décrivit le soleil s’assombrissant jusqu’à laisser paraître la lune et les étoiles, puis, très haut, traversant d’est en ouest, « uns corpos muito pequeninos, brancos como a neve », de tout petits corps blancs comme la neige : « Certains disent que c’étaient des colombes, mais on voyait bien que ce n’étaient pas des oiseaux. » Le récit le plus célèbre de la journée est aussi l’un des plus tardifs. Mgr João Quaresma, plus tard vicaire général de Leiria, décrivit, dans un récit que le père John de Marchi publia des décennies plus tard, un globe lumineux glissant lentement et majestueusement d’est en ouest, et une fillette à côté de lui s’écriant que la Dame remontait. Lorsqu’il demanda à son compagnon ce qu’était selon lui ce globe, celui-ci répondit que c’était Notre-Dame. La conclusion de Quaresma lui-même fut la phrase que les ufologues allaient citer pendant des décennies : les enfants avaient vu la Mère de Dieu, et « il nous avait été accordé la grâce de voir le carrosse qui l’avait portée du Ciel jusqu’à la lande aride de la Serra de Aire ».

Sources: Relato de Leonor de Avelar e Silva ConstâncioInquérito paroquialDepoimento de Inácio António MarquesA Verdadeira História de Fátima

La pluie sur la Cova da Iria

Lúcia avait annoncé que le 13 octobre la Dame ferait un miracle « pour que tout le monde croie », et la promesse fit la une dans tout le pays. O Século, le plus grand quotidien du pays et nullement ami de l’Église, envoya son reporter vedette Avelino de Almeida avec le photographe Judah Bento Ruah. Le long de la route qui surplombait la Cova, rapporta Almeida, quelqu’un compta plus de cent automobiles et plus de cent bicyclettes ; un garçon descendu d’un autocar découvert lui dit que tout ce qu’il avait vu à la Cova, c’étaient « des pierres, des charrettes, des voitures, des chevaux et des gens ». Vers dix heures, le ciel se ferma complètement et il se mit, selon les mots d’Almeida, à pleuvoir pour de bon. Il avait plu dans la nuit pour la première fois depuis des mois, nota Constâncio, et les champs étaient desséchés. Des dizaines de milliers de personnes attendaient dans la boue sous leurs parapluies, trempées, chantant et priant ; Almeida citait des estimations dépassionnées de trente ou quarante mille. Même l’heure était disputée. Le Portugal avait avancé ses horloges pour s’aligner sur les puissances belligérantes, tandis que les gens de la campagne s’en tenaient à ce qu’Almeida appelait « a hora antiga », l’heure ancienne ; à Constâncio, on dit que c’était « la vraie ». Les enfants arrivèrent après une heure à l’horloge officielle, près du midi solaire.

Large photographie en similigravure au grain épais montrant une longue file de gens, surtout des femmes en jupes longues et châles, debout sous des parapluies ouverts de couleur pâle au bord d’une pente broussailleuse, avec d’autres parapluies massés plus haut sur la colline derrière eux et une ligne verticale à l’endroit où deux pages du magazine se rejoignent.
« Le peuple s’abritant sous ses parapluies » : la foule attendant sous la pluie le matin du 13 octobre 1917, dans Ilustração Portuguesa du 29 octobre 1917. Photo généralement attribuée à Judah Bento Ruah. Domaine public, via Wikimedia Commons. Source de l’image

Sources: Coisas espantosas! Como o sol bailou ao meio dia em FátimaRelato de Leonor de Avelar e Silva ConstâncioCartas de Gonçalo de Almeida Garrett e relato de José Maria de Proença de Almeida GarrettO milagre de Fátima (Carta a alguém que pede um testemunho insuspeito)

Une plaque d’argent mat

Almeida envoya son article d’Ourém le soir même, et O Século l’imprima le 15 octobre sous le titre « Coisas espantosas! Como o sol bailou ao meio dia em Fátima », Choses stupéfiantes ! Comment le soleil dansa à midi à Fátima. La pluie cessa, écrivit-il, et toute l’immense foule se tourna vers le soleil, dégagé de tout nuage au zénith. « O astro lembra uma placa de prata fosca » : l’astre ressemblait à une plaque d’argent mat, et l’on pouvait fixer son disque sans le moindre effort. « Não queima, não cega. » Il ne brûlait pas, il n’aveuglait pas ; c’était comme si une éclipse était en cours. Puis une clameur colossale s’éleva, et devant les yeux éblouis du peuple « o sol tremeu », le soleil trembla, et eut des mouvements brusques jamais vus, « en dehors de toutes les lois cosmiques » ; le soleil « dansa », selon l’expression des paysans. D’autres, rapporta Almeida, juraient qu’il avait tourné sur lui-même comme une roue de feu d’artifice, ou qu’il était descendu presque assez bas pour brûler la terre, ou qu’il avait changé de couleur, une teinte après l’autre. Sur le marchepied de l’autobus de Torres Novas, un vieil homme récitait le Credo à voix haute, le visage tourné vers le soleil. Le soir même, dans une lettre écrite à Monte Redondo, un prêtre nommé Manuel Pereira da Silva décrivit le soleil au bord net descendant jusqu’aux nuages et tournant « comme une roue de feu » pendant plus de huit minutes, tandis que tout devenait presque obscur et que chaque visage jaunissait, et que la foule entière s’agenouillait dans la boue. Une femme de Coimbra sentit une chaleur « comme si nous étions entrés dans une serre chauffée » à mesure que le soleil descendait de plus en plus bas, devenant argenté, puis d’un violet vif, rouge et vert émeraude.

Large photographie en similigravure d’une foule immense et compacte de chapeaux sombres et de foulards s’étendant jusqu’à une rangée d’arbres ; à gauche du centre, un haut arc rustique en bois surmonté d’une petite croix, auquel pendent deux lanternes, se dresse au-dessus des têtes, et au premier plan beaucoup de gens lèvent les yeux en s’abritant du regard ; une légère ligne verticale court au milieu, là où deux pages du magazine se rejoignent.
La foule près de l’arbre des apparitions le 13 octobre 1917, avec l’arc rustique garni de lanternes que les villageois avaient dressé au-dessus du lieu. Ilustração Portuguesa légenda l’image en décrivant la multitude commençant « à regarder le ciel, attendant le signe de Dieu ». Photo généralement attribuée à Judah Bento Ruah. Domaine public, via Wikimedia Commons. Source de l’image

Sources: Coisas espantosas! Como o sol bailou ao meio dia em FátimaCarta do Padre Manuel Pereira da SilvaRelato de Maria Augusta Saraiva Vieira de Campos

Un disque taillé dans la nacre

Le témoignage oculaire le plus minutieux vint de José Maria de Proença de Almeida Garrett, dont le père, le mathématicien de Coimbra Gonçalo de Almeida Garrett, suggéra discrètement au chanoine Formigão de le lui demander. Il s’exécuta le 18 décembre 1917, s’excusant de ce que deux mois s’étaient écoulés et qu’il n’avait pris aucune note. Il se tenait sur la route, à une centaine de mètres de l’arbre, et se fiait à l’heure officielle. Trois fois, pendant que la foule priait, il vit une mince colonne de fumée bleuâtre s’élever tout droit de l’endroit où se trouvaient les enfants, à deux ou trois mètres au-dessus des têtes, puis disparaître ; il crut à un encensoir, et on lui dit plus tard que rien n’avait été brûlé. Quand le soleil perça à travers de minces cirrus, il rejeta la comparaison, entendue à Fátima, avec un disque d’argent mat. Il était plus clair et plus riche que cela, écrivit-il, avec des reflets changeants comme « l’orient », le lustre, « d’une perle », le bord net « comme une table de jeu », « un disque bruni taillé dans la nacre d’un coquillage ». Le disque se mit à tourner sur lui-même à une vitesse folle. Puis, tandis qu’un cri s’élevait, « o sol, conservando a celeridade da sua rotação, destaca-se do firmamento e sanguíneo avança sobre a terra » : le soleil, tournant toujours, se détacha du ciel et s’avança, rouge sang, vers la terre, menaçant de les écraser sous le poids de son énorme meule de feu. « Ce furent des secondes d’une impression terrifiante. » À un moment, tout le paysage devint améthyste, jusqu’à l’ombre d’un chêne ; il se couvrit les yeux pour vérifier si sa rétine était atteinte, et le violet demeura. Plus tard, tout prit la couleur de vieux damas jaune, et les gens autour de lui semblaient malades de la jaunisse. Un paysan à côté de lui dit avec stupeur : « Cette dame est jaune. » Quelques jours plus tard, il fixa volontairement le soleil pour comparer, et ne vit que des taches jaunes irrégulières qui se déplaçaient avec son regard.

Sources: Cartas de Gonçalo de Almeida Garrett e relato de José Maria de Proença de Almeida Garrett

Le globe secoué d’électricité

Tout le monde ne décrivit pas le soleil. Une femme de Viseu, signant « J. » dans le Correio da Beira du 10 novembre 1917, raconta qu’à une heure, là où le nuage s’était retiré, « apareceu um globo, prateado », un globe argenté apparut, faisant un petit tour et se montrant çà et là à travers les nuages, trois fois, à des intervalles de trois ou quatre minutes. Un nuage ou une flamme d’un rouge éclatant le recouvrit, puis « ce globe ou cette sphère fut agité nerveusement comme s’il était mû par l’électricité » et sembla enfler, comme s’il voulait plonger vers la terre, ou lui parler. João Maria Lúcio Serra, écrivant ce mois de novembre, vit de doux faisceaux de lumière de forme ovale, disposés à égale distance tout autour de l’horizon rouge orangé, qui se reflétaient sur le sol. Maria Carreira témoigna en 1923 que sa fille, debout sur une pierre à un mètre de l’arbre, sentit un coup au visage et vit une belle lumière, et qu’elle-même vit « uma bola, não inteiramente redonda, como um ovo », une boule pas tout à fait ronde, comme un œuf, aux couleurs de l’arc-en-ciel mais bien plus brillante, avec une queue d’un mètre et demi, qui passa rapidement tout près du chêne vert et disparut à un empan du sol. Parmi les seize villageois qui firent des dépositions sous serment à Porto de Mós le 25 octobre, l’un vit Notre-Dame portant l’Enfant Jésus sur son bras gauche. Lúcia elle-même, dit-elle au curé trois jours plus tard, avait vu une succession de figures à côté du soleil : saint Joseph avec l’Enfant, Notre-Seigneur, et la Dame sous plusieurs aspects. Elle annonça aussi à la foule, selon plusieurs récits, que la guerre finirait ce jour-là et que les soldats seraient bientôt de retour. Elle ne prit fin que treize mois plus tard.

Page de magazine numérisée aux bordures florales Art nouveau ouvragées, sous le titre « O MILAGRE DE FÁTIMA » : une large photographie en haut montre une rangée de gens de la campagne debout, s’abritant les yeux de la main et regardant vers le haut, trois photographies plus petites de pèlerins agenouillés et debout se trouvent en dessous, et des colonnes de texte portugais remplissent le reste de la page.
La première page de « O milagre de Fátima » d’Avelino de Almeida, sa lettre ouverte à « quelqu’un qui demande un témoignage insoupçonnable », dans Ilustração Portuguesa n° 610, 29 octobre 1917. Il y écrivit que le soleil avait dansé une danse « violente et convulsive », et laissa le reste « à la Science et à l’Église ». Domaine public, via Wikimedia Commons. Source de l’image

Sources: Relato publicado no Correio da BeiraRelato de João Maria Lúcio SerraProcesso canónico: depoimentos de setembro de 1923Depoimentos de testemunhas de Porto de MósInterrogatórios do pároco de Fátima (maio–julho de 1917)Interrogatórios do Cónego Manuel Nunes Formigão

De l’apparition à l’ovni

Pendant quarante ans, Fátima appartint à l’Église. La plus ancienne lecture explicitement soucoupiste connue parut dans l’Australian Flying Saucer Review en septembre 1960, à côté d’un article intitulé « Angels Are Men from Space » (Les anges sont des hommes venus de l’espace) : à midi, affirmait-elle, un disque brillant « pris par beaucoup pour le soleil » apparut au zénith, et ce ne pouvait pas être le soleil, « car les témoins oculaires le regardaient sans être éblouis ». Elle illustrait son propos par ce qu’elle appelait la « photographie contemporaine » du ciel de Fátima due à Alfredo de Fendrica. Les photographies du soleil citées dans le rapport canonique de 1930, notent les éditeurs du Sanctuaire, furent prises par Alfredo J. de Mendonça le 13 mai 1921. À Paris, en 1962, le compositeur de chansons Paul Misraki, sous le nom de Paul Thomas, soutint dans Les Extraterrestres que les miracles religieux, Fátima avant tout, pouvaient avoir une cause commune avec les observations modernes de soucoupes ; Jacques Vallée, qui lui rendit visite en septembre de cette année-là, nota qu’un évêque catholique avait dit à Misraki que sa lecture était parfaitement valable.

Sources: Sky Phenomenon at FatimaRelatório da Comissão CanónicaForbidden Science: Journals 1957–1969

La Fátima de Vallée

Vallée fit entrer l’affaire dans le canon de l’ufologie. Dans Anatomy of a Phenomenon (1965), il écrivit qu’« un disque argenté qui vola à travers le ciel » était apparu devant soixante-dix mille témoins, et cita l’écrivain espagnol Antonio Ribera, qui comparait la Dame à un explorateur blanc se faisant passer pour « le grand dieu blanc » afin de gagner la confiance des indigènes. Dans Passport to Magonia (1969), il compta Fátima parmi les cas reconnus par l’Église qui ne sont « rien de plus que des phénomènes ovni ». Dans The Invisible College (1975), il présenta toute la séquence comme une affaire d’ovni : des sphères lumineuses, des vagues de chaleur, le mouvement « en feuille morte » d’une soucoupe, le bourdonnement d’abeille qu’il qualifiait de « son typique associé aux ovnis modernes », deux prêtres sceptiques présents le 13 septembre qu’il surnomma, dans le jargon même de l’ufologie, « hommes en noir », dont l’un appela le globe « un véhicule céleste ». Il reprit aussi, sans en citer la source, l’affirmation selon laquelle deux témoins qui avaient observé le disque aux jumelles y avaient vu une échelle et deux entités.

Sources: Anatomy of a PhenomenonPassport to MagoniaThe Invisible College

Le dossier portugais

La lecture ufologique trouva ses défenseurs les plus sérieux au Portugal même. En 1978, l’historienne Fina d’Armada fut admise dans les archives du Sanctuaire et, avec le chercheur de Porto Joaquim Fernandes, elle publia en 1982 Intervenção Extraterrestre em Fátima (Intervention extraterrestre à Fátima) ; la version anglaise, Heavenly Lights, parut en 2005 avec une préface de Vallée. Leur méthode consistait à revenir aux premiers interrogatoires, avant que des décennies de dévotion ne les remodèlent, et à composer un portrait de l’être que les enfants avaient réellement décrit : environ 1,1 mètre, l’air d’avoir de douze à quinze ans, une jupe qui ne dépassait jamais les genoux, quelque chose sur la tête qui couvrait les oreilles et les cheveux, et, pendant de son cou, un cordon portant « uma bola luminosa », une boule lumineuse, à hauteur de la taille. Elle ne bougeait ni le visage ni les lèvres quand elle « parlait », écrivirent-ils, et ne remuait pas les jambes quand elle se retirait à reculons dans le ciel. Dans leur lecture, la boule devint un « cœur » dans les mémoires de Lúcia de 1941 et, quelques dizaines de pages plus loin, le Cœur immaculé de Marie. D’Armada retrouva des témoins encore en vie. La sœur de Lúcia, Maria dos Anjos, lui dit qu’elle aussi avait entendu le bourdonnement quand Lúcia écoutait la Dame, et, quand on lui demanda si cela ressemblait à un essaim, répondit : « Não. Só uma! » Non. Une seule ! Les mêmes archives renfermaient un détail que Fernandes appelle une quatrième voyante : Maria Carreira témoigna que le 28 juillet 1917, sa fille Carolina, douze ans, et une fillette de sept ans originaire d’Espite virent près du chêne vert une petite figure très belle aux cheveux blonds, et que Lúcia dit plus tard que la Dame l’avait appelée un ange.

Sources: As “aparições” de Fátima, 1917Heavenly Lights: The Apparitions of Fátima and the UFO PhenomenonProcesso canónico: depoimentos de setembro de 1923

Une chapelle, une bombe et un verdict

Francisco et Jacinta Marto attrapèrent tous deux la grippe de 1918. Francisco mourut chez lui le 4 avril 1919 ; Jacinta mourut dans un hôpital de Lisbonne le 20 février 1920. Des villageois bâtirent une petite chapelle sur l’emplacement de l’arbre entre avril et juin 1919, et la première messe y fut autorisée le 13 octobre 1921. Le 6 mars 1922, quelqu’un en fit sauter le toit à la dynamite ; elle fut reconstruite la même année. En mai 1922, le nouvel évêque de Leiria, José Alves Correia da Silva, ouvrit une enquête canonique, et le 13 octobre 1930, il déclara les visions des enfants « dignes de foi ». Lúcia devint religieuse et, entre 1935 et 1941, écrivit des mémoires qui ajoutaient un Ange de la Paix apparu trois fois aux enfants en 1916 et une figure « comme une statue de neige » vue en 1915. Les interrogatoires de 1917 ne consignent que le souvenir, chez Lúcia, d’une figure blanche sur un arbre dans les collines, « une personne enveloppée dans un drap », vue l’année précédant les apparitions. La troisième partie d’un secret que, selon elle, la Dame lui avait confié fut publiée par le Vatican le 26 juin 2000. Lúcia mourut en 2005, à quatre-vingt-dix-sept ans ; Francisco et Jacinta furent canonisés à Fátima en mai 2017, un siècle après le premier éclair.

Photographie en noir et blanc sombre et granuleuse d’une petite chapelle blanchie à la chaux au toit éventré : des planches de toiture brisées et une croix de travers se découpent sur un ciel pâle au-dessus d’un mur du fond blanc et nu ; une fille en foulard se tient à l’intérieur à côté d’une silhouette assise, et des femmes en châles sombres se tiennent dans l’ombre à gauche.
La Capelinha das Aparições après l’attentat du 6 mars 1922 ; elle avait été construite moins de trois ans plus tôt sur l’emplacement du chêne vert. Photographe inconnu. Domaine public, via Wikimedia Commons. Source de l’image

Sources: Aparições de FátimaA Providência DivinaInterrogatórios do Cónego Manuel Nunes FormigãoProcesso canónico: depoimentos de setembro de 1923The Real Secrets of Fatima

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Sources et entretiens

Les sources conservent leur langue d’origine ; leurs titres et descriptions sont traduits.

Interrogatórios do pároco de Fátima (maio–julho de 1917)Notes du père Manuel Marques Ferreira sur les premiers récits des enfants · Documentação Crítica de Fátima: Seleção de documentos (1917–1930), Santuário de Fátima, 2013, doc. 1–3Especulação financeira?O Século (Lisbonne) · 23 juillet 1917 · Le premier article de presse, envoyé par un correspondant à Meia-Via · Sélection DCF, doc. 4Interrogatórios do Cónego Manuel Nunes FormigãoLes interrogatoires des trois enfants par le chanoine Formigão les 27 septembre, 11 et 13 octobre et 2 novembre 1917, avec ses doutes personnels · Sélection DCF, doc. 10, 11 et 22Interrogatório do Padre José Ferreira de Lacerda19 octobre 1917 · Où Jacinta compare la taille de la Dame à celle d’une fillette de douze ans · Sélection DCF, doc. 15Carta do Padre Manuel Pereira da SilvaUne lettre écrite à Monte Redondo à 21 h 30 le 13 octobre 1917, quelques heures après l’événement · Sélection DCF, doc. 12Coisas espantosas! Como o sol bailou ao meio dia em FátimaAvelino de Almeida · O Século (Lisbonne) · 15 octobre 1917, daté d’Ourém, le 13 octobre · Sélection DCF, doc. 13Relato de Leonor de Avelar e Silva ConstâncioÉcrit fin octobre 1917 · Un témoin oculaire des 13 août, 13 septembre et 13 octobre · Sélection DCF, doc. 17Depoimentos de testemunhas de Porto de MósSeize dépositions sous serment recueillies par le père Joaquim Vieira da Rosa le 25 octobre 1917, à la demande du Patriarcat · Sélection DCF, doc. 19O milagre de Fátima (Carta a alguém que pede um testemunho insuspeito)Avelino de Almeida · Ilustração Portuguesa n° 610 (Lisbonne) · 29 octobre 1917, p. 353–356 · Numérisation de la page sur Wikimedia Commons ; texte dans la sélection DCF, doc. 21Relato publicado no Correio da BeiraSigné « J. » (Maria José de Lemos Queirós), écrit le 30 octobre et imprimé dans le Correio da Beira (Viseu) le 10 novembre 1917 · Sélection DCF, doc. 23Relato de João Maria Lúcio SerraDaté du 13 novembre 1917 · Les lumières ovales régulièrement espacées sur l’horizon · Sélection DCF, doc. 25Relato de Maria Augusta Saraiva Vieira de CamposUne brochure de Coimbra écrite le 19 octobre 1917 · Sélection DCF, doc. 26Cartas de Gonçalo de Almeida Garrett e relato de José Maria de Proença de Almeida GarrettLa lettre du père du 3 décembre 1917 et le témoignage oculaire du fils du 18 décembre 1917, tous deux adressés au chanoine Formigão · Sélection DCF, doc. 28 et 29Inquérito paroquialDépositions de Jacinto de Almeida Lopes (20 décembre 1918) et de Manuel Gonçalves Júnior (31 décembre 1918) pour l’enquête paroissiale · Sélection DCF, doc. 39–40Relatório do pároco de FátimaPère Manuel Marques Ferreira · 6 août 1918 · Avec ses estimations mois par mois de la foule · Sélection DCF, doc. 36Depoimento de Inácio António Marques23 novembre 1922 · Les corps blancs de septembre et les vêtements mouillés qui sèchent · Sélection DCF, doc. 72Processo canónico: depoimentos de setembro de 1923Dépositions sous serment de Maria Rosa dos Santos, de Manuel Pedro et Olímpia Marto, de Maria Carreira et d’autres, 23–28 septembre 1923 · Sélection DCF, doc. 80Interrogatório oficial de Lúcia8 juillet 1924, à l’Asilo de Vilar à Porto · Sélection DCF, doc. 82Relatório da Comissão Canónica13 avril 1930 · Cite l’astronome Frederico Oom de l’observatoire de Lisbonne ; la note des éditeurs identifie les « photographies du soleil » comme des images de mai 1921 dues à Alfredo J. de Mendonça · Sélection DCF, doc. 120A Providência DivinaMgr José Alves Correia da Silva, évêque de Leiria · Lettre pastorale du 13 octobre 1930 déclarant les visions dignes de foi · Sélection DCF, doc. 133A Verdadeira História de FátimaPère John de Marchi · Édition portugaise de sa compilation d’entretiens des années 1940–1950, dont le récit du 13 septembre par Mgr João Quaresma et le témoin d’Alburitel · PDF hébergé par le Fatima CenterSky Phenomenon at FatimaAustralian Flying Saucer Review, vol. 1, n° 3 · Septembre 1960, p. 6–7 · La plus ancienne lecture ovni explicite retrouvée, imprimée à côté de « Angels Are Men from Space »Forbidden Science: Journals 1957–1969Jacques Vallée · North Atlantic Books, 1992 · Entrée du 18 septembre 1962, sur une visite à Paul MisrakiAnatomy of a PhenomenonJacques Vallée · Henry Regnery, Chicago · 1965 · « Fatima: the Miraculous UFO », p. 204–207, d’après Misraki et Antonio Ribera dans Flying Saucer Review (1964)Passport to MagoniaJacques Vallée · Henry Regnery, Chicago · 1969 · Fátima parmi les cas reconnus par l’Église qui ne sont « rien de plus que des phénomènes ovni »The Invisible CollegeJacques Vallée · E. P. Dutton, New York · 1975 · Chapitre « What Happened at Fatima », repris dans Dimensions (1988)As “aparições” de Fátima, 1917Joaquim Fernandes · Revista Athena · 11 mai 2017 · Le portrait composite de la Dame établi par Fernandes et Fina d’Armada à partir des archives du Sanctuaire, et les entretiens de d’Armada en 1978Heavenly Lights: The Apparitions of Fátima and the UFO PhenomenonJoaquim Fernandes et Fina d’Armada · EcceNova, 2005 ; réédition Anomalist Books · Traduit par Andrew D. Basiago et Eva M. Thompson, préface de Jacques ValléeApparitions and Miracles of the SunAuguste Meessen (Université catholique de Louvain) · Forum international « Science, Religion and Conscience », Porto, 23–25 octobre 2003 · Actes, Universidade Fernando Pessoa, p. 199–219The Real Secrets of FatimaJoe Nickell · Skeptical Inquirer vol. 33, n° 6 · Novembre–décembre 2009Miracle of the SunWikipédia · Édition anglaise · Résumés de Steuart Campbell (1989), Stanley Jaki (1999) et Kevin McClure (1983), et la citation du poète Afonso Lopes Vieira par De MarchiAparições de FátimaWikipédia · Édition portugaise · Chronologie de la naissance des enfants à la canonisation de 2017, d’après la chronologie du Sanctuaire lui-même

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