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DOSSIER / 053 — 1927

Le Signe de Shambhala

En août 1927, la caravane de Nicholas Roerich construisait un stupa dédié à Shambhala quand quelqu’un qui observait un aigle s’écria qu’il y avait quelque chose très au-dessus de lui. Aux jumelles, le camp vit un immense ovale brillant traverser le ciel et virer. Les lamas murmurèrent que c’était le signe de Shambhala ; le journal d’Helena Roerich l’appela « Notre appareil volant » ; les livres sur les soucoupes volantes le revendiquèrent plus tard comme l’un des leurs.

Peinture d’un vaste paysage sous un ciel uni d’un bleu profond : une chaîne de montagnes d’un blanc bleuté pâle au loin, une anse de lac argentée à gauche et une longue crête sombre, d’un brun violacé, qui descend depuis la droite vers un premier plan sablonneux.
1927
Nicholas Roerich, « Mongolie », tempera, peinte pendant l’expédition en 1926–27, recadrée. Peinture : Nicholas Roerich, domaine public, via Wikimedia Commons.

Quelque chose très au-dessus de l’oiseau

Le matin du 5 août 1927 était ensoleillé et sans nuages au-dessus du camp de Sharagolji. Nicholas Roerich, le peintre, mystique et explorateur russe, avait planté ses tentes sur un contrefort, près d’une source de montagne, sous la muraille enneigée de la chaîne Humboldt, en attendant que la saison des chameaux ouvre la route du sud vers le Tibet. Vers neuf heures et demie, raconte-t-il dans son journal de voyage, quelques caravaniers remarquèrent « un aigle noir remarquablement grand » qui volait au-dessus d’eux, et sept d’entre eux, dont Roerich, s’arrêtèrent pour le regarder. Puis un autre caravanier dit : « Il y a quelque chose très au-dessus de l’oiseau », et poussa un cri d’étonnement. « Nous vîmes tous, dans une direction du nord au sud, quelque chose de grand et de brillant qui reflétait le soleil, comme un immense ovale se déplaçant à grande vitesse. » Au-dessus du camp, il obliqua du sud vers le sud-ouest. Quelqu’un alla chercher des jumelles, et avant qu’il ne se perde dans le « ciel d’un bleu intense », ils virent « très distinctement une forme ovale à la surface brillante, dont un côté étincelait sous le soleil ». Roerich coiffa l’entrée des mots « quelque chose de remarquable ! ». Elle allait devenir l’un des plus célèbres signalements de soucoupe volante d’avant les soucoupes volantes, et elle avait été écrite par un homme qui croyait voyager vers Shambhala.

Page de livre numérisée titrée MONGOLIA, avec des séparations de sections en pointillés : une crue qui emporta la cuisine et les tentes du camp, l’achèvement du Suburgan, et un paragraphe commençant par « Le 5 août, quelque chose de remarquable ! » qui décrit un grand aigle noir et quelque chose de grand et de brillant comme un immense ovale. Numéro de page 361 en bas.
La page 361 d’Altai-Himalaya de Roerich (New York, 1929), avec la crue du 28 juillet, le stupa achevé et l’entrée du 5 août, qui s’achève au verso sur le côté ensoleillé de l’ovale. Numérisation : exemplaire de la State Library of Pennsylvania, domaine public, via l’Internet Archive. Source de l’image · Public domain

Sources: Altai-Himalaya: A Travel DiaryThe Heart of AsiaTrails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian Expedition

Un peintre en quête d’un royaume caché

Roerich avait cinquante-deux ans ; chauve, la barbe grise taillée en pointe, il était célèbre en Russie comme peintre du passé le plus ancien du pays, à Paris pour ses décors du Sacre du printemps de Stravinsky et à New York pour un musée consacré à ses propres tableaux. Sa femme Helena et lui étaient théosophes, adeptes du mouvement occultiste fondé par Helena Blavatsky, qui enseignait que des Maîtres cachés en Asie guident l’humanité ; les Roerich croyaient écrire sous la dictée de l’un d’eux, « M. ». Après un an de préparatifs au Sikkim, ils avaient traversé à partir de 1925 le Ladakh, le Karakoram, le Turkestan chinois, l’Altaï et la Mongolie, sous une bannière portant Maitreya, le Bouddha à venir. Les textes bouddhiques du Kalachakra parlent de Shambhala, un royaume caché au nord dont le roi, Rigden Jyepo, sortira à cheval à la fin d’un âge sombre ; les Roerich parlaient de Maitreya et de Shambhala comme d’une ère nouvelle à venir, et espéraient une union bouddhique de l’Orient. En juin 1926, ils s’étaient arrêtés à Moscou pour rencontrer le commissaire soviétique aux Affaires étrangères, Georgy Chicherin, lui apportant un coffret de terre himalayenne et une lettre des « Mahatmas », le nom qu’ils donnaient aux Maîtres. À l’été 1927, la caravane avait traversé le Gobi en automobile et à dos de chameau, puis était montée d’Anxi dans les monts Nanshan. À Sharagolji, les Européens s’installèrent pour attendre ; parmi eux se trouvaient George, le fils de Roerich, le médecin de l’expédition, Konstantin Ryabinin, et une fillette de treize ans, Raya Bogdanova ; deux autres, le colonel Nikolai Kordashevsky et A. A. Golubin, les y rejoignirent, ce qui porta leur nombre à neuf.

Photographie en noir et blanc, à mi-corps, d’un homme chauve à la barbe grise taillée en pointe et à la moustache, en costume sombre, col blanc et cravate, qui regarde droit vers l’objectif.
Nicholas Roerich vers 1921, quelques années avant l’expédition. Photographe inconnu ; publiée dans un catalogue d’exposition de 1921, domaine public, via Wikimedia Commons. Source de l’image · Public domain

Sources: Altai-Himalaya: A Travel DiaryExpédition d’Asie centraleNicholas RoerichRed Shambhala: Magic, Prophecy, and Geopolitics in the Heart of AsiaThe Heart of AsiaTrails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian Expedition

Un stupa pour Shambhala

Le camp se trouvait dans le Shara-gol, « rivière jaune » en mongol, une haute vallée à environ 9 000 pieds selon l’estimation de George Roerich, où les Mongols kurluk du Tsaidam menaient leurs troupeaux l’été. Le journal de Roerich pour ces semaines-là déborde de rites et de présages. Le 5 juillet, les lamas célébrèrent la fête de Maitreya sous une « tente de Shambhala », et les Mongols du voisinage se joignirent à leurs chants. Roerich dessina le plan d’un suburgan, un stupa bouddhique, destiné à marquer l’endroit « où le Grand Gardien s’arrêta pour la nuit », et le 24 juillet des Mongols aidèrent à l’ériger, apportant de minuscules pierres et des graines comme trésor pour son calice. Un lama du monastère de Kumbum apporta des prophéties et une nouvelle prière du Tashi Lama, nom que les Européens donnaient au Panchen Lama, la seconde grande incarnation du bouddhisme tibétain. Le 28 juillet, au moment même où le colonel Kordashevsky, de l’expédition, arrivait au galop, le paisible ruisseau du canyon se changea en un torrent qui emporta la cuisine, la tente-réfectoire et la tente de George, et les voyageurs traversèrent le camp avec de l’eau jusqu’à la taille. Le stupa, le Suburgan de Shambhala, devait être consacré le 7 août. L’observation eut lieu deux jours plus tôt.

Détail d’une carte en couleurs de 1917 : un grand lac bleu marqué KOKO NOR au centre droit, la chaîne Humboldt et la rivière Shara Gol le long du bord supérieur gauche, des marais indiqués Zaidam Swamp à gauche, et le mot TIBET en grandes lettres en bas.
Les confins dans le Complete Atlas of China de Stanford (1917) : le Shara Gol et la chaîne Humboldt en haut à gauche, les marais du Tsaidam en dessous et, à droite, le Koko Nor, le lac qui donna son nom au « district du Kukunor » de Roerich. Carte : Edward Stanford pour la China Inland Mission, domaine public, via Wikimedia Commons. Source de l’image · Public domain

Sources: Altai-Himalaya: A Travel DiaryTrails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian Expedition

Une observation, quatre récits

Roerich raconta l’histoire au moins quatre fois, et elle changea à chaque fois. L’édition anglaise d’Altai-Himalaya (1929) donne la version ci-dessus. Le texte russe du même journal est plus court et plus étrange : à dix heures et demie, « un appareil sphérique d’un blanc éclatant, brillant au soleil » survola le camp du nord-est vers le sud, sept personnes le regardèrent, et l’entrée se termine en abrégé : « Énergie A. Frère D. K. Remarquable ! » Dans The Heart of Asia (1929), l’oiseau est un « énorme vautour sombre ». Un lama bouriate, l’un des bouddhistes mongols de Sibérie qui accompagnaient la caravane, demande : « Qu’est-ce que c’est ? Un ballon blanc ? Un aéroplane ? » On apporte des tentes trois puissantes jumelles, l’« énorme corps sphéroïde » disparaît derrière la chaîne Humboldt aux sommets enneigés, et « les lamas murmurent : “Le Signe de Shambhala !” ». Juste avant, tout le camp sent soudain, parmi des rochers nus, un parfum « comme des meilleurs encens de l’Inde », et un lama demande : « Sentez-vous le parfum de Shambhala ? » Dans l’essai « La Lumière dans le désert », écrit à Gangtok en 1928, l’objet disparaît derrière l’Ulan Davan, « le col rouge de la chaîne Humboldt », la caravane se dispute (« Un ballon aérien ? Un Ebolite ? Un appareil inconnu ? ») et un lama dit : « Rigden-jyepo lui-même veille sur nous ! »

Peinture en violet et turquoise d’un cavalier sur un cheval blanc, sur une hauteur rocheuse à gauche, qui regarde par-delà des montagnes glacées un globe doré lumineux dans un ciel qui s’assombrit, avec une silhouette assise sur les rochers en contrebas.
Roerich, « Oïrot, messager du Burkhan blanc » (1925), de sa série Bannières de l’Orient, peint un an avant que l’expédition n’atteigne l’Altaï, où un mouvement religieux attendait le Burkhan blanc. Un globe lumineux au-dessus des montagnes était déjà l’un de ses motifs avant 1927. Peinture : Nicholas Roerich, domaine public, via Wikimedia Commons. Source de l’image · Public domain

Sources: Altai-Himalaya: A Travel DiaryАлтай – ГималаиThe Heart of AsiaСердце АзииShambhala

Les jumelles du docteur

Les autres diaristes du camp virent cette matinée autrement. Le docteur Konstantin Ryabinin, dont le journal fut publié en Russie en 1996, se tenait près des chevaux, en train de parler du Tibet avec George Roerich, quand des voix crièrent : « Un aigle ! Un aigle noir au-dessus du camp ! » Il leva les yeux et ne vit pas un aigle, mais « une énorme boule d’un blanc jaunâtre, brillant au soleil ». « Quel aigle ? C’est une boule », dit-il à Roerich, et il courut à sa tente chercher des jumelles. À environ un demi-kilomètre de hauteur, écrivit-il, la boule se déplaçait en ligne droite d’est en ouest, puis vira brusquement vers le sud à angle droit et rapetissa derrière la crête la plus proche ; il n’y avait ni cordes ni nacelle. Les Bouriates affirmaient que l’aigle avait d’abord plané entre la boule et le sol, mais quand Ryabinin regarda, il avait disparu. Son livre contient une seconde entrée, plus complète, pour le même jour : dix heures et demie, un Bouriate nommé Tsultim qui fixe le nord-est, trois paires de jumelles, un objet arrondi et oblong éclairé d’un côté, et Kordashevsky qui le regarde virer selon un angle aigu. Pavel Portnyagin, responsable du transport, assistait au ferrage des chevaux à 10 h 30 quand une étrange tache blanche passa du nord-est au sud-ouest ; aux jumelles, elle avait la forme d’un fuseau. Le colonel Kordashevsky parla d’un aérostat sphérique qui changeait de cap « en obéissant à un coup de gouvernail précis », à la différence de tous les aéronefs qu’il connaissait. Le livre de George Roerich lui-même sur l’expédition, Trails to Inmost Asia, relate la crue, le stupa et la visite du grand lama du Tsaidam, et ne dit absolument rien de l’objet.

Sources: Рерих Е.И. – Дневник, 5 августа 1927 [Шараголджи]«Летательные аппараты» в буддизме, или Что видела экспедиция Рериха в небе над Тибетом?Тетрадь 24 (30.03.1927 – 25.11.1927)Trails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian Expedition

Notre appareil volant

Helena Roerich ne le vit pas. Ce même jour, à Sharagolji, elle nota dans son cahier un message du Maître qu’elle appelait M., et ce message éclaire l’abrégé du journal russe de son mari. « Je vous permets solennellement d’annoncer à tous que Notre appareil volant a avisé le Tashi Lama de votre venue », commençait-il, ainsi que de la nécessité d’un lama incarné spécial pour la Mongolie. L’aigle noir, disait-il, était caractéristique : « par là, ils essaient de gâter l’impression ». Puis Helena posa des questions. Quelle énergie le mouvait ? « Énergie A mixte. » Elle écrivit qu’elle souffrait de ne pas l’avoir vu ; il n’y avait rien à voir, vint la réponse, « très haut, tout comme une pierre blanche ». Quelle forme ? « Une boule, un peu allongée. » Où un tel appareil se pose-t-il ? « La nuit, dans les montagnes. » Qui se trouvait à bord ? Djwal Kul, l’un des Maîtres des théosophes : « D[jwal] K[ul], vêtu en simple lama. » Le lendemain matin, écrivit Ryabinin, toute la mission apprit que l’objet brillant avait été un appareil aérien de la Fraternité, comme les Roerich appelaient la confrérie des Maîtres, qui rentrait au Tibet depuis les environs de Moukden, en Mandchourie, après une mission auprès du Tashi Lama. Le journal de Portnyagin, à la même date, dit que le camp l’avait d’abord pris pour un ballon-jouet lâché depuis la ville chinoise la plus proche.

Peinture d’une figure dorée auréolée de flammes, assise sur une montagne de feu et lisant un rouleau, tandis que de petits cavaliers sombres s’éloignent au galop à travers un paysage rouge sang en contrebas.
Roerich, « L’Ordre de Rigden Jyepo », la première planche d’Altai-Himalaya : le roi de Shambhala envoie ses cavaliers, le genre d’émissaire vigilant dont le camp crut qu’il était passé au-dessus de lui. Peinture : Nicholas Roerich, domaine public, via Wikimedia Commons. Source de l’image · Public domain

Sources: Рерих Е.И. – Дневник, 5 августа 1927 [Шараголджи]Тетрадь 24 (30.03.1927 – 25.11.1927)«Летательные аппараты» в буддизме, или Что видела экспедиция Рериха в небе над Тибетом?Алтай – Гималаи

Chaque phrase, une légende

Les Roerich savaient qu’ils fabriquaient une histoire. Le lendemain de l’observation, le cahier d’Helena consigna : « Vous êtes déjà devenus des figures légendaires ; acceptez ce vêtement de l’accomplissement. Le succès grandit à mesure que grandit la légende. » L’historien Andrei Znamenski, dans Red Shambhala, cite les consignes du Maître pour cette étape du voyage : organiser ses déplacements de sorte « que chaque phrase que vous prononcez se change en légende » et, à propos du stupa de Sharagolji, en des mots que le cahier date du 24 juillet, jour de son érection : « L’érection du suburgan affermit la légende, et c’est pourquoi elle est utile. » Le 7 août, le Gegen du Tsaidam, le grand lama de la région, le consacra devant une trentaine d’invités mongols, qui promirent de le garder. Le 10 août, un fonctionnaire de Sining arriva à cheval avec une escorte chinoise pour examiner les passeports ; George Roerich nota combien les rumeurs grossissent en Asie centrale, car on raconta bientôt cette visite comme celle d’une armée chinoise repoussée par les étrangers. Puis, quelques jours avant le départ, un inconnu en robe mongole brodée d’or entra au galop dans le camp à la tombée du jour pour avertir d’une embuscade sur la route du Tibet, et repartit au galop. Le 19 août, la caravane franchit l’Ulan Davan et entra dans le Tsaidam.

Peinture d’une gigantesque figure de Bouddha debout, sculptée dans une falaise brune à gauche, avec un petit pèlerin agenouillé à ses pieds, sous des nuages roses et bleus tourbillonnants, au-dessus de pics violets déchiquetés et d’une rivière pâle et sinueuse.
Roerich, « Maitreya le Conquérant » (1925–26), dernier tableau de sa série Maitreya en sept parties. Le Bouddha à venir figurait sur la bannière de l’expédition et au cœur de la légende que les Roerich entendaient laisser derrière eux. Peinture : Nicholas Roerich, domaine public, via Wikimedia Commons. Source de l’image · Public domain

Sources: Тетрадь 24 (30.03.1927 – 25.11.1927)Red Shambhala: Magic, Prophecy, and Geopolitics in the Heart of AsiaAltai-Himalaya: A Travel DiaryTrails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian Expedition

Cinq mois sur le Changtang

Ce qui protégeait la caravane, quoi que ce fût, ne la mena pas à bon port à travers le Tibet. Le 6 octobre 1927, à deux jours au nord de Nagchu, des fonctionnaires tibétains l’arrêtèrent, et elle fut retenue cinq mois à environ 15 000 pieds, dans des tentes d’été, pendant tout l’hiver du plateau du Changtang. Cinq hommes moururent, trois lamas mongols et deux Tibétains, et 90 des 104 bêtes de la caravane périrent avant que l’expédition ne soit autorisée, le 4 mars 1928, à repartir vers le sud, en direction du Sikkim ; derrière ce retard, les historiens désignent la méfiance britannique envers un Russe porteur d’un programme bouddhique qui entrait au Tibet. Roerich alla ensuite vivre et peindre dans la vallée de Kullu, en Inde. Il y mourut en décembre 1947, six mois après l’observation de Kenneth Arnold, avant que quiconque ait rapproché les nouvelles soucoupes volantes de son ovale.

Peinture d’un fort tibétain bas, aux toits plats, étiré le long d’une plaine ocre, avec des crêtes bleues au-delà, un ciel turquoise et une pâle bande d’eau au premier plan.
Roerich, « Shentsa Dzong dans le Transhimalaya » (1928), sur la route du sud que prit la caravane après sa libération en mars 1928. Peinture : Nicholas Roerich, domaine public, via Wikimedia Commons. Source de l’image · Public domain

Sources: Altai-Himalaya: A Travel DiaryTrails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian ExpeditionRed Shambhala: Magic, Prophecy, and Geopolitics in the Heart of Asia

Devenir une soucoupe volante

Après les neuf objets de Kenneth Arnold en 1947, les chercheurs en soucoupes partirent en quête de signalements plus anciens, et les pages 361 et 362 de Roerich furent l’une des premières trouvailles. Donald Keyhoe l’inclut dans The Flying Saucers Are Real (1950), d’après un dossier de signalements historiques tenu par le magazine True : l’aigle devint une buse, l’ovale brillait « comme du métal bien poli », et l’année devint 1934. « Ce fut la dernière observation répertoriée avant la Seconde Guerre mondiale », écrivit-il. En 1952, l’Air Intelligence Digest de l’Air Force elle-même publia un article sur les premières observations, avec une entrée, « Mongolie : 1927 », qui citait la page de Roerich et le présentait comme « peintre, voyageur et mystique ». Le QG de l’USAF, concluait le Digest, ne pouvait évaluer de tels signalements que d’un seul mot : « intéressant ». Harold Wilkins, dans Flying Saucers on the Attack (1954), la déplaça en 1920 et la situa « dans les profondeurs du désert du Kokonor, en Asie centrale ». Anatomy of a Phenomenon (1965), de Jacques Vallée, la rapporta correctement : le 5 août 1927, à 9 h 30. Andrew Tomas alla le plus loin. Il disait avoir rencontré Roerich à Shanghai en 1935 et, dans Shambhala: Oasis of Light (1977), il plaça un « disque brillant » près du Karakoram en 1926, avec des lamas qui s’écriaient : « C’est le signe de Shambhala ! » Les objets étaient-ils « des aéronefs ou des vaisseaux spatiaux venus de Shambhala ? », demandait-il. « C’est l’explication que j’ai donnée à Shanghai en 1935, et elle tient toujours aujourd’hui, faute de toute autre. »

Coucher de soleil sur un vaste lac : des pierres sombres et mouillées le long de la rive, au premier plan, reflètent des traînées de nuages orangés, sous un ciel bleu, la rive opposée basse sur l’horizon.
Le lac Qinghai, le Koko Nor des anciennes cartes. Les récits successifs étirèrent le « district du Kukunor » de Roerich en « désert du Kokonor », puis jusqu’au Tibet et à l’Himalaya. Photo : juniperphoton, 2016, CC0, via Wikimedia Commons. Source de l’image · CC0

Sources: The Flying Saucers Are RealArticle de l’Air Intelligence Digest sur les premières observations, « Mongolie : 1927 »Flying Saucers on the AttackAnatomy of a Phenomenon: Unidentified Objects in SpaceShambhala: Oasis of LightAndrew Tomas, Nicolas Roerich et l’observation de soucoupe volante de 1927

Une pierre venue d’un autre monde

Dans le cercle des Roerich, l’objet rejoignit une légende plus vaste. L’essai « La Lumière dans le désert », dont l’observation s’achève sur le « Rigden-jyepo lui-même veille sur nous ! » d’un lama, passe en l’espace d’un paragraphe au Chintamani, une pierre miraculeuse tombée « de quelque autre monde », dont un fragment « voyage sur la terre, manifestant l’ère nouvelle ». Tomas écrivit plus tard que, dans la version qu’il avait entendue de la bouche de Roerich, la pierre avait été apportée sur terre par un voyageur de l’espace venu de la constellation d’Orion. En 1950, alors que les soucoupes faisaient les journaux, Helena Roerich écrivit à des disciples américains que les soucoupes volantes étaient des purificateurs de l’atmosphère, si bien qu’on pouvait accueillir favorablement leurs apparitions. Les auteurs russes qui écrivent sur les Roerich appellent toujours l’objet de Sharagolji un appareil de la Fraternité, et l’écrivain R. V. Nutrikhin écrivait en 2016 qu’il est toujours considéré comme l’une des observations d’ovnis les plus fiables jamais consignées dans les pays bouddhiques d’Asie. En octobre 2019, un chercheur spécialiste des Roerich, Igor Yanchenko, trouva ce qu’il identifia comme l’emplacement du stupa dans la vallée de Sharagolchi (la graphie moderne de Sharagolji), aujourd’hui dans le xian autonome mongol de Subei, au Gansu : un carré de terre avec un tas de pierres au bord d’une route goudronnée.

Sources: ShambhalaShambhala: Oasis of Light«Летательные аппараты» в буддизме, или Что видела экспедиция Рериха в небе над Тибетом?Найдено место установленного Рерихами в 1927 году субургана Шамбалы в Шарагольчи

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Sources et entretiens

Les sources conservent leur langue d’origine ; leurs titres et descriptions sont traduits.

Altai-Himalaya: A Travel DiaryNicholas Roerich · Frederick A. Stokes Company, New York, 1929 · partie XI, « Mongolie (1926–1927) », p. 358–362 · Internet ArchiveАлтай – ГималаиNicholas Roerich · texte russe d’Altai-Himalaya, publié pour la première fois à Moscou en 1974 · chapitre XI, « Монголия » · bibliothèque rerih.orgThe Heart of AsiaNicholas Roerich · Roerich Museum Press, New York, copyright 1929 · chapitre II, « Shambhala », p. 148–150 · Internet ArchiveСердце АзииNicholas Roerich · Alatas, Southbury, Connecticut, 1929 · partie II, « Шамбала » · bibliothèque rerih.orgShambhalaNicholas Roerich · Frederick A. Stokes Company, New York, 1930 · essai « La Lumière dans le désert », daté de Gangtok, 1928, p. 243–244 · Internet ArchiveTrails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian ExpeditionGeorge N. Roerich · Yale University Press, New Haven, 1931 · p. 240–247 sur le camp de Sharagolji · Internet ArchiveРерих Е.И. – Дневник, 5 августа 1927 [Шараголджи]Helena Roerich, entrée de journal avec des notes des éditeurs citant les journaux d’expédition de Konstantin Ryabinin et de Pavel Portnyagin · TeopediaТетрадь 24 (30.03.1927 – 25.11.1927)Helena Roerich, journaux, avec une note des éditeurs citant N. V. Kordashevsky · Lebendige Ethik«Летательные аппараты» в буддизме, или Что видела экспедиция Рериха в небе над Тибетом?R. V. Nutrikhin · Delphis no 88 (4/2016) · citant Konstantin Ryabinin, Развенчанный Тибет (Amrita-Ural, 1996)Найдено место установленного Рерихами в 1927 году субургана Шамбалы в ШарагольчиSociété Roerich de Sibérie · 24 mars 2020 · sur l’identification en 2019 de l’emplacement du stupa par Igor YanchenkoExpédition d’Asie centraleCentre international des Roerich, Moscou · Musée N. K. RoerichNicholas RoerichWikipédiaRed Shambhala: Magic, Prophecy, and Geopolitics in the Heart of AsiaAndrei Znamenski · Quest Books, Wheaton, Illinois, 2011 · p. 190, 197–202 · Red Wheel/WeiserAcross the Gobi DesertSven Hedin · traduit par H. J. Cant · E. P. Dutton, New York, tirage de 1933 (première publication en 1932) · préface et p. 60–61 sur les ballons-pilotes de Waldemar Haude · Internet ArchiveThe Flying Saucers Are RealDonald E. Keyhoe · Fawcett Gold Medal, New York, 1950 · Project GutenbergArticle de l’Air Intelligence Digest sur les premières observations, « Mongolie : 1927 »HQ USAF Directorate of Intelligence · 1952 · copie dans les microfilms du Project Blue Book, bobine 87 · Internet ArchiveFlying Saucers on the AttackHarold T. Wilkins · Citadel Press, New York, 1954 · p. 17–18 · Internet ArchiveAnatomy of a Phenomenon: Unidentified Objects in SpaceJacques Vallée · Henry Regnery, Chicago, 1965 · Internet ArchiveShambhala: Oasis of LightAndrew Tomas · Sphere Books, Londres, 1977 · p. 35, 40, 57, 61 · notice de l’Open LibraryAndrew Tomas, Nicolas Roerich et l’observation de soucoupe volante de 1927Jason Colavito · blog · 7 novembre 20155 août 1927 ; Himalaya, Nicholas RoerichNICAP · répertoire de cas avec une analyse de Brad SparksList of reported UFO sightingsWikipédia

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