Quelque chose très au-dessus de l’oiseau
Le matin du 5 août 1927 était ensoleillé et sans nuages au-dessus du camp de Sharagolji. Nicholas Roerich, le peintre, mystique et explorateur russe, avait planté ses tentes sur un contrefort, près d’une source de montagne, sous la muraille enneigée de la chaîne Humboldt, en attendant que la saison des chameaux ouvre la route du sud vers le Tibet. Vers neuf heures et demie, raconte-t-il dans son journal de voyage, quelques caravaniers remarquèrent « un aigle noir remarquablement grand » qui volait au-dessus d’eux, et sept d’entre eux, dont Roerich, s’arrêtèrent pour le regarder. Puis un autre caravanier dit : « Il y a quelque chose très au-dessus de l’oiseau », et poussa un cri d’étonnement. « Nous vîmes tous, dans une direction du nord au sud, quelque chose de grand et de brillant qui reflétait le soleil, comme un immense ovale se déplaçant à grande vitesse. » Au-dessus du camp, il obliqua du sud vers le sud-ouest. Quelqu’un alla chercher des jumelles, et avant qu’il ne se perde dans le « ciel d’un bleu intense », ils virent « très distinctement une forme ovale à la surface brillante, dont un côté étincelait sous le soleil ». Roerich coiffa l’entrée des mots « quelque chose de remarquable ! ». Elle allait devenir l’un des plus célèbres signalements de soucoupe volante d’avant les soucoupes volantes, et elle avait été écrite par un homme qui croyait voyager vers Shambhala.

Sources: Altai-Himalaya: A Travel DiaryThe Heart of AsiaTrails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian Expedition
Un peintre en quête d’un royaume caché
Roerich avait cinquante-deux ans ; chauve, la barbe grise taillée en pointe, il était célèbre en Russie comme peintre du passé le plus ancien du pays, à Paris pour ses décors du Sacre du printemps de Stravinsky et à New York pour un musée consacré à ses propres tableaux. Sa femme Helena et lui étaient théosophes, adeptes du mouvement occultiste fondé par Helena Blavatsky, qui enseignait que des Maîtres cachés en Asie guident l’humanité ; les Roerich croyaient écrire sous la dictée de l’un d’eux, « M. ». Après un an de préparatifs au Sikkim, ils avaient traversé à partir de 1925 le Ladakh, le Karakoram, le Turkestan chinois, l’Altaï et la Mongolie, sous une bannière portant Maitreya, le Bouddha à venir. Les textes bouddhiques du Kalachakra parlent de Shambhala, un royaume caché au nord dont le roi, Rigden Jyepo, sortira à cheval à la fin d’un âge sombre ; les Roerich parlaient de Maitreya et de Shambhala comme d’une ère nouvelle à venir, et espéraient une union bouddhique de l’Orient. En juin 1926, ils s’étaient arrêtés à Moscou pour rencontrer le commissaire soviétique aux Affaires étrangères, Georgy Chicherin, lui apportant un coffret de terre himalayenne et une lettre des « Mahatmas », le nom qu’ils donnaient aux Maîtres. À l’été 1927, la caravane avait traversé le Gobi en automobile et à dos de chameau, puis était montée d’Anxi dans les monts Nanshan. À Sharagolji, les Européens s’installèrent pour attendre ; parmi eux se trouvaient George, le fils de Roerich, le médecin de l’expédition, Konstantin Ryabinin, et une fillette de treize ans, Raya Bogdanova ; deux autres, le colonel Nikolai Kordashevsky et A. A. Golubin, les y rejoignirent, ce qui porta leur nombre à neuf.

Sources: Altai-Himalaya: A Travel DiaryExpédition d’Asie centraleNicholas RoerichRed Shambhala: Magic, Prophecy, and Geopolitics in the Heart of AsiaThe Heart of AsiaTrails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian Expedition
Un stupa pour Shambhala
Le camp se trouvait dans le Shara-gol, « rivière jaune » en mongol, une haute vallée à environ 9 000 pieds selon l’estimation de George Roerich, où les Mongols kurluk du Tsaidam menaient leurs troupeaux l’été. Le journal de Roerich pour ces semaines-là déborde de rites et de présages. Le 5 juillet, les lamas célébrèrent la fête de Maitreya sous une « tente de Shambhala », et les Mongols du voisinage se joignirent à leurs chants. Roerich dessina le plan d’un suburgan, un stupa bouddhique, destiné à marquer l’endroit « où le Grand Gardien s’arrêta pour la nuit », et le 24 juillet des Mongols aidèrent à l’ériger, apportant de minuscules pierres et des graines comme trésor pour son calice. Un lama du monastère de Kumbum apporta des prophéties et une nouvelle prière du Tashi Lama, nom que les Européens donnaient au Panchen Lama, la seconde grande incarnation du bouddhisme tibétain. Le 28 juillet, au moment même où le colonel Kordashevsky, de l’expédition, arrivait au galop, le paisible ruisseau du canyon se changea en un torrent qui emporta la cuisine, la tente-réfectoire et la tente de George, et les voyageurs traversèrent le camp avec de l’eau jusqu’à la taille. Le stupa, le Suburgan de Shambhala, devait être consacré le 7 août. L’observation eut lieu deux jours plus tôt.

Sources: Altai-Himalaya: A Travel DiaryTrails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian Expedition
Une observation, quatre récits
Roerich raconta l’histoire au moins quatre fois, et elle changea à chaque fois. L’édition anglaise d’Altai-Himalaya (1929) donne la version ci-dessus. Le texte russe du même journal est plus court et plus étrange : à dix heures et demie, « un appareil sphérique d’un blanc éclatant, brillant au soleil » survola le camp du nord-est vers le sud, sept personnes le regardèrent, et l’entrée se termine en abrégé : « Énergie A. Frère D. K. Remarquable ! » Dans The Heart of Asia (1929), l’oiseau est un « énorme vautour sombre ». Un lama bouriate, l’un des bouddhistes mongols de Sibérie qui accompagnaient la caravane, demande : « Qu’est-ce que c’est ? Un ballon blanc ? Un aéroplane ? » On apporte des tentes trois puissantes jumelles, l’« énorme corps sphéroïde » disparaît derrière la chaîne Humboldt aux sommets enneigés, et « les lamas murmurent : “Le Signe de Shambhala !” ». Juste avant, tout le camp sent soudain, parmi des rochers nus, un parfum « comme des meilleurs encens de l’Inde », et un lama demande : « Sentez-vous le parfum de Shambhala ? » Dans l’essai « La Lumière dans le désert », écrit à Gangtok en 1928, l’objet disparaît derrière l’Ulan Davan, « le col rouge de la chaîne Humboldt », la caravane se dispute (« Un ballon aérien ? Un Ebolite ? Un appareil inconnu ? ») et un lama dit : « Rigden-jyepo lui-même veille sur nous ! »

Sources: Altai-Himalaya: A Travel DiaryАлтай – ГималаиThe Heart of AsiaСердце АзииShambhala
Les jumelles du docteur
Les autres diaristes du camp virent cette matinée autrement. Le docteur Konstantin Ryabinin, dont le journal fut publié en Russie en 1996, se tenait près des chevaux, en train de parler du Tibet avec George Roerich, quand des voix crièrent : « Un aigle ! Un aigle noir au-dessus du camp ! » Il leva les yeux et ne vit pas un aigle, mais « une énorme boule d’un blanc jaunâtre, brillant au soleil ». « Quel aigle ? C’est une boule », dit-il à Roerich, et il courut à sa tente chercher des jumelles. À environ un demi-kilomètre de hauteur, écrivit-il, la boule se déplaçait en ligne droite d’est en ouest, puis vira brusquement vers le sud à angle droit et rapetissa derrière la crête la plus proche ; il n’y avait ni cordes ni nacelle. Les Bouriates affirmaient que l’aigle avait d’abord plané entre la boule et le sol, mais quand Ryabinin regarda, il avait disparu. Son livre contient une seconde entrée, plus complète, pour le même jour : dix heures et demie, un Bouriate nommé Tsultim qui fixe le nord-est, trois paires de jumelles, un objet arrondi et oblong éclairé d’un côté, et Kordashevsky qui le regarde virer selon un angle aigu. Pavel Portnyagin, responsable du transport, assistait au ferrage des chevaux à 10 h 30 quand une étrange tache blanche passa du nord-est au sud-ouest ; aux jumelles, elle avait la forme d’un fuseau. Le colonel Kordashevsky parla d’un aérostat sphérique qui changeait de cap « en obéissant à un coup de gouvernail précis », à la différence de tous les aéronefs qu’il connaissait. Le livre de George Roerich lui-même sur l’expédition, Trails to Inmost Asia, relate la crue, le stupa et la visite du grand lama du Tsaidam, et ne dit absolument rien de l’objet.
Sources: Рерих Е.И. – Дневник, 5 августа 1927 [Шараголджи]«Летательные аппараты» в буддизме, или Что видела экспедиция Рериха в небе над Тибетом?Тетрадь 24 (30.03.1927 – 25.11.1927)Trails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian Expedition
Notre appareil volant
Helena Roerich ne le vit pas. Ce même jour, à Sharagolji, elle nota dans son cahier un message du Maître qu’elle appelait M., et ce message éclaire l’abrégé du journal russe de son mari. « Je vous permets solennellement d’annoncer à tous que Notre appareil volant a avisé le Tashi Lama de votre venue », commençait-il, ainsi que de la nécessité d’un lama incarné spécial pour la Mongolie. L’aigle noir, disait-il, était caractéristique : « par là, ils essaient de gâter l’impression ». Puis Helena posa des questions. Quelle énergie le mouvait ? « Énergie A mixte. » Elle écrivit qu’elle souffrait de ne pas l’avoir vu ; il n’y avait rien à voir, vint la réponse, « très haut, tout comme une pierre blanche ». Quelle forme ? « Une boule, un peu allongée. » Où un tel appareil se pose-t-il ? « La nuit, dans les montagnes. » Qui se trouvait à bord ? Djwal Kul, l’un des Maîtres des théosophes : « D[jwal] K[ul], vêtu en simple lama. » Le lendemain matin, écrivit Ryabinin, toute la mission apprit que l’objet brillant avait été un appareil aérien de la Fraternité, comme les Roerich appelaient la confrérie des Maîtres, qui rentrait au Tibet depuis les environs de Moukden, en Mandchourie, après une mission auprès du Tashi Lama. Le journal de Portnyagin, à la même date, dit que le camp l’avait d’abord pris pour un ballon-jouet lâché depuis la ville chinoise la plus proche.

Sources: Рерих Е.И. – Дневник, 5 августа 1927 [Шараголджи]Тетрадь 24 (30.03.1927 – 25.11.1927)«Летательные аппараты» в буддизме, или Что видела экспедиция Рериха в небе над Тибетом?Алтай – Гималаи
Chaque phrase, une légende
Les Roerich savaient qu’ils fabriquaient une histoire. Le lendemain de l’observation, le cahier d’Helena consigna : « Vous êtes déjà devenus des figures légendaires ; acceptez ce vêtement de l’accomplissement. Le succès grandit à mesure que grandit la légende. » L’historien Andrei Znamenski, dans Red Shambhala, cite les consignes du Maître pour cette étape du voyage : organiser ses déplacements de sorte « que chaque phrase que vous prononcez se change en légende » et, à propos du stupa de Sharagolji, en des mots que le cahier date du 24 juillet, jour de son érection : « L’érection du suburgan affermit la légende, et c’est pourquoi elle est utile. » Le 7 août, le Gegen du Tsaidam, le grand lama de la région, le consacra devant une trentaine d’invités mongols, qui promirent de le garder. Le 10 août, un fonctionnaire de Sining arriva à cheval avec une escorte chinoise pour examiner les passeports ; George Roerich nota combien les rumeurs grossissent en Asie centrale, car on raconta bientôt cette visite comme celle d’une armée chinoise repoussée par les étrangers. Puis, quelques jours avant le départ, un inconnu en robe mongole brodée d’or entra au galop dans le camp à la tombée du jour pour avertir d’une embuscade sur la route du Tibet, et repartit au galop. Le 19 août, la caravane franchit l’Ulan Davan et entra dans le Tsaidam.

Sources: Тетрадь 24 (30.03.1927 – 25.11.1927)Red Shambhala: Magic, Prophecy, and Geopolitics in the Heart of AsiaAltai-Himalaya: A Travel DiaryTrails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian Expedition
Cinq mois sur le Changtang
Ce qui protégeait la caravane, quoi que ce fût, ne la mena pas à bon port à travers le Tibet. Le 6 octobre 1927, à deux jours au nord de Nagchu, des fonctionnaires tibétains l’arrêtèrent, et elle fut retenue cinq mois à environ 15 000 pieds, dans des tentes d’été, pendant tout l’hiver du plateau du Changtang. Cinq hommes moururent, trois lamas mongols et deux Tibétains, et 90 des 104 bêtes de la caravane périrent avant que l’expédition ne soit autorisée, le 4 mars 1928, à repartir vers le sud, en direction du Sikkim ; derrière ce retard, les historiens désignent la méfiance britannique envers un Russe porteur d’un programme bouddhique qui entrait au Tibet. Roerich alla ensuite vivre et peindre dans la vallée de Kullu, en Inde. Il y mourut en décembre 1947, six mois après l’observation de Kenneth Arnold, avant que quiconque ait rapproché les nouvelles soucoupes volantes de son ovale.

Sources: Altai-Himalaya: A Travel DiaryTrails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian ExpeditionRed Shambhala: Magic, Prophecy, and Geopolitics in the Heart of Asia
Devenir une soucoupe volante
Après les neuf objets de Kenneth Arnold en 1947, les chercheurs en soucoupes partirent en quête de signalements plus anciens, et les pages 361 et 362 de Roerich furent l’une des premières trouvailles. Donald Keyhoe l’inclut dans The Flying Saucers Are Real (1950), d’après un dossier de signalements historiques tenu par le magazine True : l’aigle devint une buse, l’ovale brillait « comme du métal bien poli », et l’année devint 1934. « Ce fut la dernière observation répertoriée avant la Seconde Guerre mondiale », écrivit-il. En 1952, l’Air Intelligence Digest de l’Air Force elle-même publia un article sur les premières observations, avec une entrée, « Mongolie : 1927 », qui citait la page de Roerich et le présentait comme « peintre, voyageur et mystique ». Le QG de l’USAF, concluait le Digest, ne pouvait évaluer de tels signalements que d’un seul mot : « intéressant ». Harold Wilkins, dans Flying Saucers on the Attack (1954), la déplaça en 1920 et la situa « dans les profondeurs du désert du Kokonor, en Asie centrale ». Anatomy of a Phenomenon (1965), de Jacques Vallée, la rapporta correctement : le 5 août 1927, à 9 h 30. Andrew Tomas alla le plus loin. Il disait avoir rencontré Roerich à Shanghai en 1935 et, dans Shambhala: Oasis of Light (1977), il plaça un « disque brillant » près du Karakoram en 1926, avec des lamas qui s’écriaient : « C’est le signe de Shambhala ! » Les objets étaient-ils « des aéronefs ou des vaisseaux spatiaux venus de Shambhala ? », demandait-il. « C’est l’explication que j’ai donnée à Shanghai en 1935, et elle tient toujours aujourd’hui, faute de toute autre. »

Sources: The Flying Saucers Are RealArticle de l’Air Intelligence Digest sur les premières observations, « Mongolie : 1927 »Flying Saucers on the AttackAnatomy of a Phenomenon: Unidentified Objects in SpaceShambhala: Oasis of LightAndrew Tomas, Nicolas Roerich et l’observation de soucoupe volante de 1927
Une pierre venue d’un autre monde
Dans le cercle des Roerich, l’objet rejoignit une légende plus vaste. L’essai « La Lumière dans le désert », dont l’observation s’achève sur le « Rigden-jyepo lui-même veille sur nous ! » d’un lama, passe en l’espace d’un paragraphe au Chintamani, une pierre miraculeuse tombée « de quelque autre monde », dont un fragment « voyage sur la terre, manifestant l’ère nouvelle ». Tomas écrivit plus tard que, dans la version qu’il avait entendue de la bouche de Roerich, la pierre avait été apportée sur terre par un voyageur de l’espace venu de la constellation d’Orion. En 1950, alors que les soucoupes faisaient les journaux, Helena Roerich écrivit à des disciples américains que les soucoupes volantes étaient des purificateurs de l’atmosphère, si bien qu’on pouvait accueillir favorablement leurs apparitions. Les auteurs russes qui écrivent sur les Roerich appellent toujours l’objet de Sharagolji un appareil de la Fraternité, et l’écrivain R. V. Nutrikhin écrivait en 2016 qu’il est toujours considéré comme l’une des observations d’ovnis les plus fiables jamais consignées dans les pays bouddhiques d’Asie. En octobre 2019, un chercheur spécialiste des Roerich, Igor Yanchenko, trouva ce qu’il identifia comme l’emplacement du stupa dans la vallée de Sharagolchi (la graphie moderne de Sharagolji), aujourd’hui dans le xian autonome mongol de Subei, au Gansu : un carré de terre avec un tas de pierres au bord d’une route goudronnée.
Sources: ShambhalaShambhala: Oasis of Light«Летательные аппараты» в буддизме, или Что видела экспедиция Рериха в небе над Тибетом?Найдено место установленного Рерихами в 1927 году субургана Шамбалы в Шарагольчи
Ce qui subsiste
Il n’existe ni photographie, ni document officiel de 1927, ni signalement extérieur à l’expédition. Ce qui subsiste est pourtant d’une richesse inhabituelle pour une observation d’avant-guerre : les récits publiés de Nicholas Roerich en anglais (1929–30) et en russe (The Heart of Asia, 1929 ; le texte russe du journal d’Altai-Himalaya, imprimé pour la première fois en 1974) ; l’entrée datée du journal d’Helena Roerich, écrite au camp ; et les journaux du docteur Ryabinin, de Portnyagin et du colonel Kordashevsky, cités par leurs éditeurs russes. Ils s’accordent sur une matinée claire à Sharagolji, des cris à propos d’un grand oiseau sombre, un objet brillant très haut dans le ciel, se déplaçant vite depuis le nord, le nord-est ou l’est, des jumelles, un virage vers le sud ou le sud-ouest, et une disparition derrière les montagnes. Ils divergent sur l’heure (9 h 30 ou 10 h 30), la forme (ovale, sphère, fuseau, boule légèrement allongée), l’oiseau (aigle, vautour ou milan) et le nombre de témoins (sept, ou tout le camp). George Roerich, le savant de l’expédition, l’omit de son livre.
Sources: Altai-Himalaya: A Travel DiaryАлтай – ГималаиThe Heart of AsiaShambhalaРерих Е.И. – Дневник, 5 августа 1927 [Шараголджи]Тетрадь 24 (30.03.1927 – 25.11.1927)«Летательные аппараты» в буддизме, или Что видела экспедиция Рериха в небе над Тибетом?Trails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian Expedition
Comment l’histoire a dérivé
La date glissa presque aussitôt. Le journal de Roerich range l’entrée sous « Mongolie (1926–1927) », et les récits ultérieurs l’ont placée en 1920, 1926 et 1934 ; la liste des observations d’ovnis de Wikipédia la donne toujours vers 1926, au Tibet. Le lieu erra du Shara-gol à la « Mongolie », aux « solitudes du Tibet », au désert du Kokonor, à l’Himalaya et au Karakoram. Wilkins changea le « sept d’entre nous » de Roerich en « plusieurs d’entre nous ». L’ovale devint du métal poli, puis un disque. Le « Signe de Shambhala » des lamas, qu’on ne trouve que dans The Heart of Asia, devint un élément fixe de l’histoire, tandis que l’abrégé du journal russe, « Énergie A. Frère D. K. », n’atteignit jamais les récits de langue anglaise, et que l’explication médiumnique d’Helena Roerich ne parut imprimée que dans les années 1990 et 2000, avec les journaux de l’expédition et ses cahiers.
Sources: The Flying Saucers Are RealFlying Saucers on the AttackShambhala: Oasis of LightList of reported UFO sightings5 août 1927 ; Himalaya, Nicholas RoerichAndrew Tomas, Nicolas Roerich et l’observation de soucoupe volante de 1927
Les explications
Un ballon fut la première explication, avancée sur place par un lama bouriate et reprise dans « La Lumière dans le désert ». Ryabinin la rejeta dans son journal : l’endroit le plus proche d’où un ballon aurait pu venir était Suzhou, l’actuelle Jiuquan, à six jours de route, et le vent soufflait de l’ouest. Le meilleur candidat apparut plus tard. L’expédition sino-suédoise de Sven Hedin traversait le Gobi cet été-là, et son météorologue, Waldemar Haude, lâcha quelque 350 ballons-pilotes ; Hedin en décrit un, en juin 1927, « étincelant comme un diamant sur le fond d’un ciel bleu turquoise », tandis que des Mongols le suivaient des yeux « jusqu’à ce qu’on ne pût plus le voir qu’aux jumelles ». L’auteur de livres sur les soucoupes Leon Davidson proposa un ballon de Hedin, et Mark Pilkington (2010) et Jason Colavito (2015) ont jugé l’hypothèse plausible. La difficulté est la distance : début août 1927, la colonne de Hedin se trouvait encore en Mongolie-Intérieure, à des centaines de kilomètres au nord-est (l’analyste du NICAP Brad Sparks estime que les deux expéditions ne furent jamais à moins de 400 milles environ l’une de l’autre), et Sparks soutient qu’un ballon-pilote de quelques pieds de diamètre n’aurait pas pu être repéré à plus d’un mille environ.
Sources: The Heart of AsiaShambhala«Летательные аппараты» в буддизме, или Что видела экспедиция Рериха в небе над Тибетом?Across the Gobi Desert5 août 1927 ; Himalaya, Nicholas Roerich
Note sur la classification
Classé comme observation de masse : plusieurs membres d’une même caravane, Européens, Mongols et lamas bouriates, observèrent l’objet ensemble, certains aux jumelles, et au moins quatre d’entre eux le consignèrent par écrit. Aucun type de rencontre rapprochée n’est attribué, car l’objet ne fut jamais vu que haut dans le ciel. Le Signe de Shambhala, l’appareil de la Fraternité et la soucoupe volante sont des interprétations plaquées après coup ; ce que décrivent les témoins, c’est un objet brillant, haut dans le ciel, qui se déplace vite et change de cap.
Sources: Altai-Himalaya: A Travel DiaryРерих Е.И. – Дневник, 5 августа 1927 [Шараголджи]«Летательные аппараты» в буддизме, или Что видела экспедиция Рериха в небе над Тибетом?
- 6 MARS 1925
Après plus d’un an passé à Darjeeling, l’expédition Roerich en Asie centrale part pour le Cachemire et le Ladakh.
- JUIN 1926
Les Roerich rencontrent des responsables soviétiques à Moscou, avec de la terre himalayenne et une lettre des « Mahatmas ».
- 13 AVR 1927
L’expédition quitte Ourga (Oulan-Bator) pour le Gobi.
- FIN JUIN 1927
La caravane campe à Sharagolji, au pied de la chaîne Humboldt, pour attendre la saison des chameaux.
- 24 JUIL 1927
Des Mongols aident à ériger le Suburgan de Shambhala.
- 28 JUIL 1927
Une crue subite emporte la cuisine et les tentes du camp.
- 5 AOÛT 1927 · MATIN
En observant un grand oiseau noir, le camp voit un ovale brillant passer très haut au-dessus de lui et virer vers le sud-ouest ; on sort les jumelles.
- 5 AOÛT 1927
Le journal d’Helena Roerich consigne un message qui l’appelle « Notre appareil volant », avec à son bord le Maître Djwal Kul.
- 7 AOÛT 1927
Le Gegen du Tsaidam consacre le stupa.
- 19 AOÛT 1927
La caravane franchit l’Ulan Davan et entre dans le Tsaidam.
- 6 OCT 1927 – 4 MARS 1928
Des fonctionnaires tibétains retiennent l’expédition sur le Changtang ; cinq hommes et 90 bêtes meurent.
- 1929–30
Altai-Himalaya, The Heart of Asia et Shambhala publient l’observation en anglais et en russe.
- 1950
Donald Keyhoe la cite, datée de 1934, dans The Flying Saucers Are Real.
- 1952
L’Air Intelligence Digest de l’Air Force range « Mongolie : 1927 » parmi les premières observations.
- 1954
Harold Wilkins la raconte comme une observation de 1920 dans le désert du Kokonor.
- 1977
Andrew Tomas, dans Shambhala: Oasis of Light, en fait un disque venu de Shambhala.
- OCT 2019
Igor Yanchenko identifie l’emplacement du stupa dans la vallée de Sharagolchi, au Gansu.
Sources et entretiens
Les sources conservent leur langue d’origine ; leurs titres et descriptions sont traduits.
Altai-Himalaya: A Travel DiaryNicholas Roerich · Frederick A. Stokes Company, New York, 1929 · partie XI, « Mongolie (1926–1927) », p. 358–362 · Internet ArchiveАлтай – ГималаиNicholas Roerich · texte russe d’Altai-Himalaya, publié pour la première fois à Moscou en 1974 · chapitre XI, « Монголия » · bibliothèque rerih.orgThe Heart of AsiaNicholas Roerich · Roerich Museum Press, New York, copyright 1929 · chapitre II, « Shambhala », p. 148–150 · Internet ArchiveСердце АзииNicholas Roerich · Alatas, Southbury, Connecticut, 1929 · partie II, « Шамбала » · bibliothèque rerih.orgShambhalaNicholas Roerich · Frederick A. Stokes Company, New York, 1930 · essai « La Lumière dans le désert », daté de Gangtok, 1928, p. 243–244 · Internet ArchiveTrails to Inmost Asia: Five Years of Exploration with the Roerich Central Asian ExpeditionGeorge N. Roerich · Yale University Press, New Haven, 1931 · p. 240–247 sur le camp de Sharagolji · Internet ArchiveРерих Е.И. – Дневник, 5 августа 1927 [Шараголджи]Helena Roerich, entrée de journal avec des notes des éditeurs citant les journaux d’expédition de Konstantin Ryabinin et de Pavel Portnyagin · TeopediaТетрадь 24 (30.03.1927 – 25.11.1927)Helena Roerich, journaux, avec une note des éditeurs citant N. V. Kordashevsky · Lebendige Ethik«Летательные аппараты» в буддизме, или Что видела экспедиция Рериха в небе над Тибетом?R. V. Nutrikhin · Delphis no 88 (4/2016) · citant Konstantin Ryabinin, Развенчанный Тибет (Amrita-Ural, 1996)Найдено место установленного Рерихами в 1927 году субургана Шамбалы в ШарагольчиSociété Roerich de Sibérie · 24 mars 2020 · sur l’identification en 2019 de l’emplacement du stupa par Igor YanchenkoExpédition d’Asie centraleCentre international des Roerich, Moscou · Musée N. K. RoerichNicholas RoerichWikipédiaRed Shambhala: Magic, Prophecy, and Geopolitics in the Heart of AsiaAndrei Znamenski · Quest Books, Wheaton, Illinois, 2011 · p. 190, 197–202 · Red Wheel/WeiserAcross the Gobi DesertSven Hedin · traduit par H. J. Cant · E. P. Dutton, New York, tirage de 1933 (première publication en 1932) · préface et p. 60–61 sur les ballons-pilotes de Waldemar Haude · Internet ArchiveThe Flying Saucers Are RealDonald E. Keyhoe · Fawcett Gold Medal, New York, 1950 · Project GutenbergArticle de l’Air Intelligence Digest sur les premières observations, « Mongolie : 1927 »HQ USAF Directorate of Intelligence · 1952 · copie dans les microfilms du Project Blue Book, bobine 87 · Internet ArchiveFlying Saucers on the AttackHarold T. Wilkins · Citadel Press, New York, 1954 · p. 17–18 · Internet ArchiveAnatomy of a Phenomenon: Unidentified Objects in SpaceJacques Vallée · Henry Regnery, Chicago, 1965 · Internet ArchiveShambhala: Oasis of LightAndrew Tomas · Sphere Books, Londres, 1977 · p. 35, 40, 57, 61 · notice de l’Open LibraryAndrew Tomas, Nicolas Roerich et l’observation de soucoupe volante de 1927Jason Colavito · blog · 7 novembre 20155 août 1927 ; Himalaya, Nicholas RoerichNICAP · répertoire de cas avec une analyse de Brad SparksList of reported UFO sightingsWikipédiaVous avez repéré une erreur ou connaissez une meilleure source ? Écrivez à hello@uap.fun.
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