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DOSSIER / 058 — 1972

Les coups de feu de la ferme Braeside

En 1972, un ouvrier de la ferme de Braeside vit une boule de feu suspendue au-dessus de la brousse. À midi, le fermier et deux policiers avaient tiré une quinzaine de coups de fusil sur un objet sombre et luisant qui se dérobait aux voix, changeait de couleur quand il était touché et s’enfuit avec fracas à travers les broussailles en laissant neuf empreintes dans l’argile. Un général de police déclara ne connaître aucune loi interdisant de tirer sur des envahisseurs venus de l’espace.

Large photographie couleur d’une prairie verte parsemée de petits arbres épineux derrière une clôture de fil affaissée sur des piquets de bois, avec une route goudronnée à deux voies qui file au loin à droite, sous un lourd ciel d’orage bleu-gris étagé, aux bandes de nuages bas au-dessus des collines lointaines.
1972
Veld d’épineux et terres agricoles clôturées près de Middledrift, à environ 30 kilomètres à l’est de Fort Beaufort, sous un ciel d’orage en 2008. Photo : Lysippos, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Un feu près du krans

Le lundi 26 juin 1972 fut une matinée d’hiver claire et douce dans le Cap-Oriental. À Braeside, une ferme située à une quinzaine de kilomètres de Fort Beaufort, un ouvrier agricole que les documents nommeront plus tard Boer de Klerk se trouvait dans le veld près du réservoir de la ferme quand il vit de la fumée près du krans, l’affleurement rocheux, puis une boule de feu suspendue à hauteur des arbres. La ferme appartenait à Bennie Smit, que les journaux décriraient comme un plombier d’East London les pieds sur terre, un tireur d’élite et, des années plus tard, un chasseur réputé. Selon son propre récit, publié par le Sunday Times le dimanche suivant, « à 9 h, un de mes ouvriers m’a signalé qu’il avait vu de la fumée près du krans, puis une grosse boule de feu ». Smit alla voir. « Effectivement, il y avait une boule de feu, en suspens à hauteur de la cime des arbres. Elle faisait environ 2½ pieds de large et des flammes en jaillissaient. Mon homme a crié, et elle s’est déplacée latéralement sur environ 300 yards avant de disparaître derrière un gros buisson. » Quand elle revint, elle changeait de couleur : « La première fois que je l’ai regardée, c’était une grosse boule rouge, mais là elle était verte, et elle est soudain devenue d’un blanc jaunâtre. » Neuf nuits plus tôt, à minuit, un voisin installé à environ un kilomètre, Fraser Moss, avait entendu un bruit de tambour dans le ciel sans rien voir.

Sources: The 1972 South African ‘Flap’The South African FlapStop Press: South Africa: Farmer and Police fire shots at UFONotice to unidentified flying objects: try to avoid South AfricaSouth African police fire at UFO

Le .303

« J’étais choqué et je sentais que cette chose pouvait être dangereuse, dit Smit. Je suis vite retourné à la maison chercher mon fusil .303 et j’ai téléphoné à la police. Je suis revenu à l’endroit et j’ai tiré plusieurs coups. Je suis sûr que mon huitième coup l’a touchée, car j’ai entendu un bruit sourd. Elle est montée et descendue, puis a de nouveau disparu derrière les arbres. » Vingt-cinq ans plus tard, il racontait l’histoire avec davantage de peur. Il était entré dans la brousse en pensant que ses ouvriers s’étaient trompés d’enclos et y avaient allumé un feu pour se réchauffer, et il les avait trouvés recroquevillés dans un hangar, marmonnant qu’il y avait quelque chose dans la brousse. « Quand je l’ai vue, j’ai eu la chair de poule de la tête aux pieds. J’ai couru jusqu’à la maison, j’ai pris mon .303 et j’ai dit à quelqu’un d’appeler la police. Je savais que j’étais en sécurité si j’avais mon arme. » Dans la version publiée par le journal danois Aalborg Stiftstidende, Smit expliquait pourquoi il n’avait pas tiré plus tôt : au début, ses hommes se trouvaient dans la ligne de tir, et quand l’objet s’abaissa, il tira sur son étoile.

Sources: The 1972 South African ‘Flap’The South African FlapFarmer shoots at UFO in 1972UFO fik en varm velkomst i Sydafrika

Deux policiers et une blague sur les Martiens

Au poste de police de Fort Beaufort, ville de garnison des anciennes guerres de la Frontière au confluent de la Kat et de la Brak, l’appel parvint au sergent P. C. Kitching. Il comptait huit ans de service dans la police sud-africaine. Il persuada son chef de poste, l’adjudant P. R. van Rensburg, de l’accompagner ; Van Rensburg raconta plus tard que Kitching avait fait irruption trois fois dans son bureau avant qu’il ne cède. Ils arrivèrent à Braeside vers 9 ou 10 heures, selon les récits, et trouvèrent Smit qui sortait en sueur de l’épaisse brousse. « Les premiers mots de Bennie furent qu’il pensait que l’ovni pouvait venir de l’espace, se souvenait Van Rensburg. J’ai alors plaisanté en disant que les Martiens étaient venus voler ses moutons. Puis je l’ai vu sortir des arbres et je ne voulais pas en croire mes yeux. » Kitching, dans un récit qu’il rédigea des décennies plus tard pour un enquêteur canadien, se souvenait autrement des premières minutes de calme. Ils étaient sept, quatre ouvriers, deux policiers et le fermier, à regarder une colline à environ 150 mètres, sans rien voir, et sceptiques. Puis « j’ai vu un objet sortir de l’épaisse brousse et de la végétation au pied de la colline et rester en suspens juste au-dessus de la végétation. Il s’est déplacé lentement vers notre droite et a de nouveau disparu derrière l’épaisse brousse… J’avais le sentiment que nous étions observés. »

Photographie couleur d’une tour ronde et trapue en blocs de grès brun miel patinés, percée d’une seule petite fenêtre, avec une saillie de pierre en forme de caisson près du sommet à gauche et un escalier extérieur rouge rouille montant jusqu’à une porte, dressée au-dessus d’une pelouse et d’une rocaille d’aloès et d’agaves sous un ciel bleu aux nuages blancs.
La tour Martello de Fort Beaufort, achevée en 1846 pour les guerres de la Frontière et réputée être la seule construite loin de la mer, photographiée en 1988. C’est du poste de police de cette ancienne ville de garnison que le sergent Kitching et l’adjudant van Rensburg partirent pour Braeside. Photo : Janek Szymanowski, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons. Source de l’image · CC BY-SA 3.0 · Janek Szymanowski

Sources: Stop Press: South Africa: Farmer and Police fire shots at UFOFarmer shoots at UFO in 1972South African police fire at UFOFort Beaufort

Une chose noire et luisante qui se dérobait

Ce que virent les policiers n’était pas une boule de feu. « Après que M. Smit et le sergent Kitching eurent tiré quelques coups en direction de la boule de feu, déclara Van Rensburg à la presse, nous avons vu un objet rond, noir et luisant, d’environ 2½ pieds de diamètre, sortir de derrière un arbre. Il a lentement disparu, puis il est réapparu. Les coups de feu restaient sans effet, mais dès que quelqu’un s’en approchait, il se dérobait derrière les buissons. » Kitching, s’adressant cette année-là au correspondant de Flying Saucer Review, Ivan Clark, décrivit une chose en forme d’œuf d’environ trois mètres de long, flottant dans le sens de la longueur et à demi cachée par la végétation, d’un noir bleuté comme le métal d’un revolver, qui se mit à rougeoyer tout entière pendant qu’ils l’observaient ; puis une lumière vive, semblable à une étoile, apparut sur l’un de ses côtés, clignotant par intervalles. Smit, dans la dépêche d’agence, vit « une protubérance en forme d’étoile à l’extrémité droite de l’objet ovale, quelque chose qui semblait grossir à mesure que la lumière blanche qu’elle émettait gagnait en intensité ». Le Natal Daily News, informé par la police de Grahamstown, retint « un objet ovale, couleur bronze à canon, d’environ 3/4 de mètre de large. Il luisait et changeait fréquemment de couleur, du vert au jaune puis au blanc. » Quoi que ce fût, la chose semblait écouter. Quand les ouvriers criaient depuis la brousse, elle s’enfonçait hors de vue ; quand on s’en approchait, elle s’éloignait. Les hommes de Smit tentèrent de la débusquer de la brousse, selon un récit, à peu près comme ils auraient rassemblé du bétail.

Sources: The 1972 South African ‘Flap’The South African FlapLanding ved Fort Beaufort: interview med politifolkene, et Den sydafrikanske mini-bølge 1972Notice to unidentified flying objects: try to avoid South AfricaMysterious VisitorsWorld Atlas of UFOs

Quinze coups de feu

C’était Kitching qui avait pris le fusil de Smit. « J’ai tiré trois coups sur lui, en le touchant à chaque fois, écrivit-il. Pendant que je tirais, j’ai vu une lumière vive et nette, vacillante, sur la droite de l’engin, juste au-dessus. » Les policiers dirent à Clark en 1972 que, sur les quinze cartouches, la septième avait porté, avec ce que Kitching appela un bruit mat, et que l’objet avait roulé d’un côté à l’autre avant de passer par le rouge, le vert et le jaune. Les premiers articles de presse comptaient au moins quinze balles de .303, dont certaines tirées par Smit à sept mètres à peine ; une dépêche néo-zélandaise faisait tirer la police au pistolet à huit yards. Selon un récit ultérieur, après que Smit eut tiré sur la lumière en forme d’étoile, l’objet cessa de changer de couleur et resta un corps sombre couleur bronze à canon. Rien de tout cela ne sembla lui faire le moindre mal. Smit dit qu’il s’était déplacé lentement pendant les quinze tirs et que sa trajectoire n’en avait pas été modifiée. Des années plus tard, il affirma que les balles avaient ricoché. On demanda un jour à Van Rensburg pourquoi il avait ordonné à son sergent de tirer. Dans une citation recueillie par le chercheur américain Bob Gribble, il répondit seulement : « L’affaire est close. »

Sources: South African police fire at UFOLanding ved Fort Beaufort: interview med politifolkene, et Den sydafrikanske mini-bølge 1972Mysterious VisitorsNotice to unidentified flying objects: try to avoid South AfricaLooking BackThe 1972 South African ‘Flap’Farmer shoots at UFO in 1972

Le mouchoir au bout d’un bâton

Puis Smit partit à sa poursuite ; dans la version que les policiers donnèrent à Clark, cette marche eut lieu d’abord, et la salve seulement après son échec. Les hommes coupèrent un roseau, ou un bâton, et nouèrent un mouchoir blanc à son extrémité pour que les policiers restés sur la hauteur puissent le suivre à travers la brousse et lui crier des indications. « J’avais tout aussi peur que les autres et j’ai été soulagé quand Bennie a décidé d’entrer dans la brousse avec le bâton », dit Van Rensburg en 1997. Smit la trouva. « Soudain je l’ai vue à environ 20 yards, maintenant d’un blanc grisâtre, j’ai tiré deux coups rapides, mais avec un fort vrombissement elle a viré par-dessus la cime des arbres en se taillant un chemin à travers le feuillage. Elle a vite disparu. » Dans le Sunday Tribune, il ajouta un détail auquel les auteurs ultérieurs revinrent sans cesse : « Quand elle a disparu dans la brousse dense, nous l’entendions s’écraser à travers les broussailles, mais quand nous l’avons suivie, nous n’avons vu aucune trace de son passage. » Au représentant sud-africain de l’APRO, Frank Morton, il assura que les arbres et les buissons s’étaient écartés devant la chose à son passage, et qu’aucun souffle d’air n’en était la cause. Elle ne laissa rien de brûlé. Selon Kitching, elle se redressa à la verticale avant de virer. Les observateurs restés sur la hauteur ne la virent jamais partir. Kitching ne comprit jamais, écrivit-il, comment l’objet avait pu « se volatiliser ». Le chien de Smit, son compagnon de tous les instants, resta introuvable pendant tout ce temps.

Photographie couleur d’un pont de pierre à une seule arche, au parapet de poteaux et de lisses en béton blanc, enjambant une ravine envahie d’une brousse verte et dense, avec de hautes herbes et un arbuste à fleurs jaunes au premier plan, et au-delà une éolienne et un toit de maison parmi les arbres sous un ciel pâle et nuageux.
Le pont Victoria, construit dans les années 1840 pour faire passer la route militaire au-dessus de la Kat à Fort Beaufort, en 2012. La brousse riveraine du district est le genre de couvert dans lequel l’objet entrait et sortait à Braeside. Photo : Lugerda, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons. Source de l’image · CC BY-SA 3.0 · Lugerda

Sources: Farmer shoots at UFO in 1972The 1972 South African ‘Flap’The South African FlapSouth African police fire at UFO

Neuf marques dans l’argile

Là où l’objet avait plané, Smit trouva un cercle de ce que la dépêche d’agence appela des empreintes en forme de poing dans le sable. Le mercredi, le brigadier A. Vosloo, commissaire divisionnaire de la police pour le Cap-Oriental, mena dès l’aube une équipe venue de Grahamstown ; douze policiers ratissèrent environ quatre kilomètres carrés, et un instructeur de vol, Sandy Matthew, et un photographe amateur, Brian Lawrie, prirent une quarantaine de photographies aériennes à la recherche de broussailles roussies. La police photographia les marques et en tira des moulages en plâtre. Un ordre de communiquer les photographies à la presse fut ensuite annulé. Clark compta trois séries de trois empreintes dans l’argile humide, chacune d’environ 6,5 centimètres de large et légèrement tordue dans le sens des aiguilles d’une montre, comme si une jambe avait été vissée dans le sol ; Van Rensburg en déterra une pour la lui montrer. C. S. Kingsley, maître de conférences en géologie à l’université de Fort Hare, qui avait été géologue du gouvernement lors de l’expédition antarctique de 1967, examina des échantillons et jugea que les empreintes n’étaient « certainement ni animales ni humaines ». De fines stries parallèles évoquaient selon lui « du métal plutôt que quelque chose de mou et de charnu ». Le Pretoria News décrivit les empreintes comme rondes, profondes d’environ dix millimètres au centre et moins vers le bord, « comme si un objet sphérique les avait faites ». Van Rensburg n’oublia jamais leur profondeur. « Il y avait neuf marques dans l’argile, et l’engin à trois pieds semblait s’y être posé trois fois, dit-il en 1997. Les marques étaient très profondes, au moins deux fois la profondeur de celles que faisaient mes chaussures à talons. Je pesais 90 kg et je laissais à peine une trace. »

Sources: Stop Press: South Africa: Farmer and Police fire shots at UFOMysterious VisitorsThe 1972 South African ‘Flap’Landing ved Fort Beaufort: interview med politifolkene, et Den sydafrikanske mini-bølge 1972The South African FlapFarmer shoots at UFO in 1972

L’accident de train et les bocaux à fruits

Les échantillons firent un étrange voyage. Un colis de moulages en plâtre partit vers le nord par le train, à destination des laboratoires du Council for Scientific and Industrial Research (CSIR) à Pretoria, le 29 juin, et n’arriva jamais : The Star rapporta qu’il avait été perdu dans un accident de train à Norvalspont. Van Rensburg dit plus tard qu’il avait proposé de porter lui-même les échantillons et qu’on lui avait répondu de les expédier par le train. Un second colis parvint bien à Pretoria, deux échantillons emballés dans des bocaux de fruits en conserve, l’un de terre ordinaire et l’autre du lieu d’atterrissage. « Les échantillons de sol ont été analysés de plusieurs façons, déclara un porte-parole du CSIR, mais aucune différence significative n’a pu être relevée entre eux. » Le Pretoria News rapporta que si quelque chose avait touché le sol, ce fut sans modifier la terre, et que rien n’indiquait une fusée.

Sources: The 1972 South African ‘Flap’Farmer shoots at UFO in 1972Occupants reported in Cape Province, and UFO damage at Rosmead?

Est-il légal de tirer sur une soucoupe volante ?

En un jour ou deux, comme l’écrivit Flying Saucer Review, la presse sud-africaine s’en donna à cœur joie. La question n’était pas de savoir si les hommes avaient vu quelque chose. Le correspondant de la New Zealand Press Association à Johannesburg résuma l’affaire : « Le débat national porte sur le protocole qu’il convient d’adopter pour recevoir des visiteurs extraterrestres. » Un général de police, cité sous le nom de D. A. Bester, déclara : « Je ne connais aucune loi qui interdise de tirer sur un envahisseur venu de l’espace. » Le Natal Mercury s’indignait que « des policiers et un fermier aient pu tenter d’abattre en plein jour ce qui était peut-être un vaisseau spatial venu d’une planète amie ». Tom Geary, directeur du planétarium de Johannesburg, conseilla : « Leur tirer dessus est la dernière chose à faire. Montrez-vous amical et observez-les aussi longtemps que possible. » Uli Resnik, un scientifique de Johannesburg, estima que la police avait eu de la chance que l’objet soit insensible aux balles : « C’était suicidaire de lui tirer dessus. S’il avait explosé, il aurait pu détruire toute la région. » Le professeur Arthur Bleksley, l’une des voix scientifiques les plus connues du pays sur le sujet, demanda pourquoi des visiteurs viendraient seulement à Fort Beaufort, et le Daily Dispatch d’East London lui répondit dans un éditorial qu’ils appréciaient peut-être « un réseau routier raisonnable, sur lequel les voitures roulent vraiment sans encombre », un air non pollué et « une croûte terrestre qui n’est pas criblée de galeries de mines ». Les supérieurs de Van Rensburg s’en amusèrent moins. « Tout ce qu’ils voulaient vraiment savoir, c’était en vertu de quelle loi nous avions décidé de tirer sur l’engin, et un supérieur n’a pas apprécié quand j’ai plaisanté : “la loi sur le vol de bétail”. » Lui et Kitching, dit-il, furent sévèrement réprimandés.

Sources: Occupants reported in Cape Province, and UFO damage at Rosmead?Notice to unidentified flying objects: try to avoid South AfricaLanding ved Fort Beaufort: interview med politifolkene, et Den sydafrikanske mini-bølge 1972Looking BackThe 1972 South African ‘Flap’Mysterious VisitorsFarmer shoots at UFO in 1972

La ville vient voir

La chose, ou quelque chose qui lui ressemblait, refusait de partir. Le soir du dimanche 2 juillet, une foule de Fort Beaufort regarda une lumière en forme de soucoupe, clignotant en rouge, bleu, vert et jaune, survoler la ville en projetant vers le bas un rayon continu, et envoya deux garçons courir au poste de police dire qu’elle semblait se poser. Le lendemain soir, le conseil municipal leva sa séance, et neuf voitures pleines de gens se rendirent à Braeside, où, rapporta The Star, ils « virent un objet s’élever des broussailles et partir en direction de Grahamstown ». Le 7 juillet, un homme qui se trouvait au Savoy Hotel, en ville, vit un ovni planer au-dessus de la ferme de Smit. Smit avait sa propre théorie. À qui lui montrait la photographie d’une lumière au-dessus de Port Elizabeth, il déclara au Rand Daily Mail, le 8 juillet, que la chose était « certainement fabriquée par l’homme », qu’elle avait une base sur sa ferme, et : « Je vais l’attraper. » Il comptait, apprit Clark, se servir d’un grand filet. Kitching se souvenait que l’ingénieur municipal, le Dr D. Verschoor, avait interrompu une séance du conseil un ou deux jours après les coups de feu pour montrer un ovni aux conseillers. Le 9 juillet, Dennis Gordon, reporter au Rand Daily Mail, et apparemment l’homme qui avait interviewé Smit debout dans son champ de luzerne fraîchement semé, vit dans le ciel une lumière vive qu’il ne put expliquer. Dans la version de 1997, une délégation de l’armée venue de Grahamstown avait bouclé la ferme pendant près de deux jours, et des curieux munis de paniers de pique-nique regardaient depuis la lisière de la brousse voisine de Fort Fordyce ; un porte-parole militaire de Grahamstown dit au même reporter que tous les officiers présents sur les lieux en 1972 étaient à la retraite et que tous les dossiers avaient été détruits.

Large photographie couleur prise d’une hauteur sur une vaste vallée verte parsemée de petites fermes et de villages et traversée de lignes sombres d’arbres, avec des collines ondulantes et un sommet pointu s’élevant dans le lointain brumeux sous un ciel bleu pâle.
La vallée de la Tyhume depuis le col de Hogsback, dans les monts Amathole, le pays de collines à l’est de Fort Beaufort, en 2008. L’université de Fort Hare, où enseignait le géologue qui examina les empreintes, se dresse là où la vallée s’ouvre, à Alice. Photo : Lysippos, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons. Source de l’image · CC BY-SA 3.0 · Lysippos

Sources: The 1972 South African ‘Flap’South African police fire at UFOFarmer shoots at UFO in 1972Landing ved Fort Beaufort: interview med politifolkene, et Den sydafrikanske mini-bølge 1972

Le réservoir éclate

Aux premières heures du samedi 8 juillet, douze jours après les coups de feu, deux explosions furent entendues et des lumières clignotantes aperçues au-dessus du district. Cette nuit-là, ou au point du jour selon d’autres récits, à Braeside, le réservoir de Smit, une cuve de briques et de ciment d’environ huit mètres de diamètre contenant des milliers de gallons, vola en éclats. Kitching se souvenait de gros blocs de béton gisant jusqu’à vingt mètres de distance ; en 1997, les morceaux étaient encore éparpillés dans la brousse, à vingt-cinq mètres. Sur le moment, Van Rensburg pensa que l’effondrement pouvait être dû à l’usure ordinaire. Les récits ultérieurs le rapprochèrent de l’objet. Une revue ovni française, résumant une revue belge, rapporta en 1973 que Smit avait dit à la police avoir vu l’ovni quelques minutes auparavant, et se demandait si le réservoir était une riposte à son agression. Cynthia Hind, l’enquêtrice installée à Harare, écrivit que Smit lui avait avoué avoir entendu l’objet peu avant que le réservoir n’éclate, le même vrombissement, bas au-dessus de son toit, en direction de la brousse de Fordyce. « Je ne suis pas sorti regarder. À quoi bon, personne ne voulait me croire. » Hind rangea l’affaire parmi les cas où les ovnis semblaient attirés par l’eau. « Coïncidence, demandait-elle, ou quelque signification en rapport avec l’EAU ? » Et en août, l’objet revint. Le beau-frère de Smit, R. Rudman, et plusieurs ouvriers agricoles observèrent pendant dix minutes une lumière au-dessus de la ferme ; elle faiblit lentement, rapetissa et disparut pendant qu’il allait chercher un appareil photo. De Klerk, qui l’avait vue le premier, dit que c’était la même chose qu’il avait vue en juin.

Sources: The 1972 South African ‘Flap’South African police fire at UFOFarmer shoots at UFO in 1972En Afrique du SudUFO Afrinews, no 5Water and its significance with regard to UFOs: Case No. 27, Fort Beaufort, Cape, South AfricaReport from South Africa and Rhodesia

« Comment tirer sur un fantôme ? »

L’affaire se répandit dans le Cap-Oriental et au-delà. En novembre, quand d’étranges trous apparurent sur un court de tennis d’école à Rosmead, le commandant de police de Middelburg déclara que les rapports de ses hommes concordaient avec l’objet de Fort Beaufort, et le receveur des postes de Middelburg promit : « Nous ne tirerions pas sur l’objet comme ils l’ont fait à Fort Beaufort. » Charles Bowen, de Flying Saucer Review, consacra un supplément spécial à l’affaire ; une décennie plus tard, il cita un chroniqueur de presse selon qui les hommes s’étaient simplement conduits selon le mode de vie sud-africain traditionnel : « ce que nous ne comprenons pas, nous l’abattons ». Hind consacra à l’affaire un chapitre de son livre de 1982, UFOs: African Encounters, et déclara à un auditoire londonien en 1984 qu’à l’époque personne n’avait même parlé de l’espace, bien que Van Rensburg se souvînt autrement des premiers mots de Smit. Pour De Klerk, qui l’avait vue le premier, c’était un fantôme, « et comment peut-on tirer sur un fantôme ? ». Hind elle-même se demandait s’il ne s’était pas agi d’un satellite très étrange, plutôt sinistre. Ce qui l’intriguait le plus, c’était sa façon de se déplacer : « l’objet de feu réagissait à la voix des ouvriers ».

Sources: Report from South Africa and RhodesiaOccupants reported in Cape Province, and UFO damage at Rosmead?Landing ved Fort Beaufort: interview med politifolkene, et Den sydafrikanske mini-bølge 1972The aliens strike backConférence de Cynthia Hind à la BUFORA, Londres, 3 novembre 1984World Atlas of UFOs

Le UFO Bar

Smit garda le fusil. En 1997, à soixante-sept ans, il raconta de nouveau l’histoire à David Macgregor, du Sunday Independent, autour d’un verre de vin rouge au bar du Savoy Hotel de Fort Beaufort, dont il était alors propriétaire et que les gens du coin avaient rebaptisé le UFO Bar pendant qu’il était en France ; il ne laissa le nom en place qu’après qu’ils eurent menacé de boycotter l’établissement. On s’était moqué de lui pendant vingt-cinq ans, dit-il, des professeurs et des scientifiques entre autres. « Je ne crois toujours pas aux extraterrestres et je doute même qu’ils existent, malgré ce que j’ai vu. Ça m’a donné la chair de poule. » Il en était venu à penser qu’il s’agissait d’un engin d’espionnage militaire tombé en panne au-dessus de sa ferme. « Je voulais attraper l’ovni, dit-il, et alors nous aurions eu de vraies réponses. Il est resté une semaine sur ma ferme, mais j’ai échoué. Si j’avais été le seul à le voir, j’aurais été convaincu d’être fou ou ivre. Nous étions au moins cinq à le voir ce lundi matin, et nous ne pouvions pas tous être fous. » Van Rensburg, retiré à Port Alfred, avait refusé les talk-shows américains, comme Smit. « Je ne sais vraiment pas ce que c’était. Si un scientifique venait demain avec des preuves et disait que c’étaient des extraterrestres, je serais d’accord, dit-il. S’il disait que non, je serais d’accord aussi. Je pense toujours que les marques n’ont pas été faites par un être humain. »

Sources: Farmer shoots at UFO in 1972

ALLER À LA SOURCE

Sources et entretiens

Les sources conservent leur langue d’origine ; leurs titres et descriptions sont traduits.

Stop Press: South Africa: Farmer and Police fire shots at UFOFlying Saucer Review, vol. 18, no 4, juillet–août 1972, p. 26–27 · Reprend la dépêche de la Sapa parue dans The Star, Johannesburg, le 27 juin 1972 · Internet ArchiveMysterious VisitorsBrinsley Le Poer Trench · Souvenir Press, 1973, p. 152–153 · Reprend « Saucer Trail Probe », Natal Daily News, 28 juin 1972 · Internet ArchiveThe 1972 South African ‘Flap’C. David Oakley-Hill · Paru d’abord dans GEMINI, vol. 1, no 4, octobre–décembre 1972 ; reproduit dans le New BUFORA Journal, no 7, avril 2003, p. 26–33 · Chronologie datée citant le Sunday Times, le Sunday Tribune, le Star, le Rand Daily Mail et le Pretoria News · Internet ArchiveThe South African FlapThe A.P.R.O. Bulletin, septembre–octobre 1972, p. 1, 3–4 · D’après des coupures de presse et un contact personnel avec Bennie Smit de Frank D. Morton, représentant de l’APRO pour l’Afrique du Sud · Internet ArchiveLanding ved Fort Beaufort: interview med politifolkene, et Den sydafrikanske mini-bølge 1972UFO-NYT, no 1, janvier–février 1973, p. 13–15 · Traductions danoises de l’entretien d’Ivan Clark avec les deux policiers et de « South African mini-wave, 1972 », 1re partie, de Charles Bowen, parus dans Flying Saucer Review, vol. 18, no 5, septembre–octobre 1972 · Internet ArchiveSouth African Mini-Wave, 1972—Part 2Charles Bowen · Flying Saucer Review, vol. 18, no 6, novembre–décembre 1972 · Avec l’éditorial du Daily Dispatch du 7 juillet 1972 · Internet Archive, collection Flying Saucer Review, fichier 106Notice to unidentified flying objects: try to avoid South AfricaArticle de la New Zealand Press Association depuis Johannesburg, dans un journal néo-zélandais, septembre 1972 · UFO Newsclipping Service, nos 42–43, octobre–novembre 1972 · Internet ArchiveUFO Research Newsletter, vol. II, no 7Octobre–novembre 1972 · Résume le reportage de Malcolm Balfour depuis la ferme dans le National Enquirer du 15 octobre 1972 · Internet ArchiveUFO fik en varm velkomst i SydafrikaAalborg Stiftstidende, 29 juillet 1972 · Reproduit dans Ufologen, 1972, no 1 · Internet ArchiveList of reported UFO sightings in South AfricaWikipédia · Son entrée sur Fort Beaufort date l’affaire de 1971Report from South Africa and RhodesiaThe A.P.R.O. Bulletin, janvier–février 1973, p. 4–5, 7 · Frank D. Morton sur le retour de l’objet à Braeside en août 1972 et sur l’affaire de Rosmead · Internet ArchiveEn Afrique du SudLumières dans la Nuit, no 124, 1973, p. 18–19 · Condensé de Visiteurs Spatiaux, no 29 (GESAG, Bruxelles), d’après son correspondant sud-africain John de Coster · Internet ArchiveThe aliens strike backCharles Bowen · The Unexplained: Mysteries of Mind, Space & Time, fascicule 66, Orbis, Londres, p. 1320 · Internet ArchiveConférence de Cynthia Hind à la BUFORA, Londres, 3 novembre 1984BUFORA Bulletin, no 18, juillet 1985 · Internet ArchiveWater and its significance with regard to UFOs: Case No. 27, Fort Beaufort, Cape, South AfricaCynthia Hind · UFO Afrinews, no 4, mars 1991, p. 17–18 · Internet ArchiveUFO Afrinews, no 5Cynthia Hind · Janvier 1992, p. 21–22 · Sur le réservoir qui éclata à Braeside · Internet ArchiveWorld Atlas of UFOsJohn Spencer (dir.) · Hamlyn, 1991 · Avec l’essai de Cynthia Hind « UFOs within African culture » · Internet ArchiveLooking BackBob Gribble · MUFON UFO Journal, no 290, juin 1992 · Cite The Star (Johannesburg) du 29 juin 1972 et l’Auckland Star du 18 septembre 1972 · Internet ArchiveFarmer shoots at UFO in 1972David Macgregor · Sunday Independent (Johannesburg), Eastern Cape News, 1997 · Tel que republié sur la liste de diffusion UFO UpDates le 23 novembre 1997 · Wayback MachineSouth African police fire at UFOLe récit de l’ancien sergent de police de Fort Beaufort qui tira sur l’objet, publié par Brian Vike · The Vike Factor · Octobre 2013Occupants reported in Cape Province, and UFO damage at Rosmead?Flying Saucer Review, vol. 19, no 1, janvier–février 1973 · Internet Archive, collection Flying Saucer ReviewFort BeaufortWikipédia · Sur l’histoire frontalière de la ville et sa tour Martello

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