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DOSSIER / 079 — 1965

Le champ de lavande de Valensole

À six heures moins le quart, un matin d’été, un lavandiculteur du plateau de Valensole contourna un tas de pierres et découvrit dans son champ un engin de la taille d’une petite voiture, dressé sur de frêles pattes, et deux silhouettes de la taille d’un enfant penchées sur ses plants. L’une d’elles pointa quelque chose vers lui, et il ne put plus bouger.

Photographie d’un mémorial au bord d’une route, en pleine campagne sous un ciel d’été bleu : une maquette grise de soucoupe volante à sommet bombé se dresse sur quatre minces pieds métalliques et un poteau central, sur un carré de gravier, à côté de rangs de lavande taillée dans une terre rouge, avec une route droite, une bétonnière et des collines au loin.
1965
Le mémorial au bord du champ de l’Olivol en août 2026. La maquette de soucoupe est un hommage moderne, non une reconstitution : Masse décrivit un engin en forme de ballon de rugby. Photo : Pampuco, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons. Recadrée.

Un voleur dans les lavandes

Le plateau de Valensole domine d’environ trois cents mètres la vallée de la Durance, dans ce qui était alors le département des Basses-Alpes : un immense plateau alluvial strié de rangs de lavande qui s’étendent, selon le mot d’un visiteur anglais, « à perte de vue ». Maurice Masse y cultivait un champ appelé l’Olivol, à deux kilomètres environ au nord-ouest du village, sur la route d’Oraison. En 1965, il avait quarante et un ans, il était marié, père de deux grands enfants, et il travaillait le champ avec son père. Il avait fait le maquis pendant la guerre, aimait la chasse et la pêche, et l’envoyé spécial du Provençal voyait en lui « un esprit solide, un homme sérieux qui généralement ne parle pas pour rien dire ». Pendant la dernière semaine de juin, les deux hommes remarquèrent que quelque chose clochait. Chaque matin, des brins avaient été cassés sur les jeunes plants de lavande et emportés, comme si quelqu’un venait la nuit prélever des échantillons. Rien n’était arraché. Les Masse étaient, selon les mots qu’Aimé Michel publia plus tard, « intrigués et agacés ».

Photographie de champs de lavande en pleine floraison violette s’étendant sur un plateau plat, avec une petite cabane de pierre au toit de tuiles au second plan, un arbre isolé, une ligne de bois et une longue crête montagneuse bleue sous des nuages blancs.
Lavande en fleur sur le plateau de Valensole, photographiée le 1er juillet 2017, cinquante-deux ans jour pour jour après la rencontre. Ce n’est pas l’Olivol. Photo : Ylliab Photo, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons. Source de l’image · CC BY 2.0 · Ylliab Photo

Sources: The Significant Report from France: G.E.P.A. Investigation · The Valensole AffairUne “soucoupe volante” a-t-elle atterri dans les Basses-Alpes ?A Visit to Valensole

Un sifflement derrière le tas de pierres

Le jeudi 1er juillet, Masse quitta vers cinq heures sa maison de la place du Marché pour biner ses jeunes lavandes à la fraîche. Vers 5 h 45, il s’arrêta pour fumer une cigarette à l’ombre d’un monticule de pierres et de gravats d’environ deux mètres de haut, au bout d’une petite vigne qui bordait le champ ; son tracteur était garé derrière. C’est alors qu’il entendit un sifflement. Il pensa d’abord à un hélicoptère. Les hélicoptères de l’armée étaient familiers sur le plateau et se posaient parfois dans son champ ou à proximité, et il avait pris l’habitude d’aller bavarder avec les pilotes, chasseurs comme lui pour beaucoup. « Il aurait pu se poser ailleurs que dans mes lavandes », se souvint-il avoir pensé. Il contourna le monticule. Dans le champ se tenait un engin du volume d’une Dauphine Renault, en forme de ballon de rugby, « de couleur mate », raconta-t-il au Provençal, surmonté d’une coupole, posé sur de minces pattes métalliques et sur un pivot central enfoncé dans le sol. « J’ai pensé à une monstrueuse araignée. » À côté, penchées sur un plant de lavande, se trouvaient deux silhouettes qu’il prit d’abord pour des garçons d’environ huit ans. Sa pensée suivante, écrivit Michel, fut qu’il tenait enfin ceux qui pillaient ses plants.

Sources: Une “soucoupe volante” a-t-elle atterri dans les Basses-Alpes ?The Significant Report from France: G.E.P.A. Investigation · The Valensole AffairA Visit to ValensoleUne soucoupe volante dans les Basses-Alpes ?

Cloué sur place

Masse s’avança vers eux. Dans la version qu’il donna en septembre à l’enquêteur du GEPA, il marcha « calmement », les mains vides, à travers les jeunes plants ; à Michel, il raconta s’être glissé entre les vignes pour surprendre les chapardeurs. Michel n’y vit aucune contradiction : Masse, selon lui, leur avait dit à tous deux qu’il s’était avancé calmement, mais en restant dans les vignes pour surprendre les voleurs. L’enquêteur jugea plus probable qu’il eût contourné la vigne, et attribua l’écart à la manière dont chacun avait posé ses questions. À cinq ou six mètres (il dira plus tard sept), les silhouettes se redressèrent et le virent, et l’une d’elles pointa vers lui un petit tube, « une sorte de tube ou de pistolet ». Il s’arrêta net. Il ne pouvait plus faire un pas ni lever la main, tout en restant parfaitement conscient, et l’idée d’appeler ne lui vint jamais. Il eut alors le temps de regarder. Les êtres avaient la taille d’un enfant de huit ans et portaient des combinaisons d’une seule pièce, ajustées, gris-vert ; ils avaient la tête et les mains nues. Leur tête était énorme, environ trois fois celle d’un homme, sans un cheveu, la peau blanche, « lisse comme celle d’un bébé » ; leurs yeux étaient grands et bridés, leurs pommettes hautes, leur menton très pointu, et à la place de la bouche il n’y avait qu’un petit trou sans lèvres. Ils émettaient de doux gargouillements qui semblaient venir de leur gorge, et il eut l’impression qu’ils se moquaient de lui. Jamais il n’eut le sentiment d’avoir affaire à des monstres, et la façon dont ils le regardaient n’était, écrivit l’enquêteur, « pas désagréable, bien au contraire ».

Sources: The Significant Report from France: G.E.P.A. Investigation · The Valensole AffairA Tentative Reply to Luis Schönherr’s Questionnaire · Valensole: Further DetailsA Visit to Valensole

Disparu à vingt mètres

Au bout d’un moment, les deux êtres regagnèrent leur engin avec une agilité surprenante et y entrèrent par une porte à glissière. Masse les voyait l’observer de l’intérieur. Le pivot s’enfonça dans le sol avec un bruit sourd, les pattes se mirent à tourner et à se replier, et l’engin s’éleva avec le même sifflement, sans poussière ni fumée, et partit vers l’ouest, à environ quarante-cinq degrés, en direction de Manosque. Puis il ne fut tout simplement plus là. Quand Michel lui demanda s’il n’était pas simplement parti trop vite pour être suivi des yeux, il admit ne pas voir d’autre explication, « mais mon impression a été différente : à un moment je le voyais très bien, et l’instant suivant je ne voyais plus rien ». Il se serait donc volatilisé sur place ? Il eut un geste d’impuissance : « Je ne sais pas, Monsieur. Je n’y ai absolument rien compris. Mais c’est bien l’impression que j’ai eue. » L’engin avait disparu, selon son estimation, à une vingtaine de mètres de l’endroit où il s’était posé. Masse ne retrouva l’usage de ses membres qu’au bout d’un autre quart d’heure environ, et ils ne lui revinrent que lentement. Autour du trou laissé par le pivot, dit-il, la terre avait pris la consistance d’une boue presque liquide, alors qu’il n’avait pas plu depuis longtemps.

Sources: The Significant Report from France: G.E.P.A. Investigation · The Valensole AffairA Tentative Reply to Luis Schönherr’s Questionnaire · Valensole: Further DetailsA Visit to ValensoleUne “soucoupe volante” a-t-elle atterri dans les Basses-Alpes ?

Ce qu’il ne voulait pas dire au Café des Sports

Masse ne reprit pas le travail. Il redescendit au village voir son ami, le patron du Café des Sports, qui vit tout de suite qu’il était bouleversé. Il lui parla de l’engin, des marques dans le champ et de son départ stupéfiant, mais presque pas de ses occupants. Ce n’était pas tout, ajouta-t-il, mais personne ne croirait le reste. Quand son ami le pressa d’aller trouver les gendarmes, Masse, qui n’avait jamais eu d’ennuis et ne tenait pas à en avoir, déclara que toute l’histoire était une plaisanterie. Le patron du café fila à l’Olivol, trouva les marques, et l’histoire se répandit. Le soir, Masse emmena au champ sa fille de dix-huit ans, en la tenant à l’écart du trou de peur qu’il ne lui fasse du mal. La boue tout autour avait pris comme du ciment. Le 2 juillet à 20 heures, il fit une déposition à la brigade de Valensole, commandée par l’adjudant Oliva ; la synthèse de la gendarmerie consigne une « soucoupe volante » du volume d’une Dauphine avec deux passagers, dont l’un, « taille 1 m environ, de forte corpulence, vêtu d’une combinaison, tête nue », serait descendu quelques instants avant que l’engin ne disparaisse « à la vitesse d’un éclair ». Le capitaine Valnet, commandant la compagnie de gendarmerie de Digne, monta sur place le soir même ; la brigade entendit de nouveau Masse à 23 h 15, et l’enquête sur le terrain se poursuivit presque toute la nuit.

Sources: The Significant Report from France: G.E.P.A. Investigation · The Valensole AffairProcès-verbal n° 445 · déclaration de M. Maurice MasseRencontre de ValensoleLe mystère reste entier sur la “soucoupe volante” de Valensole

Un trou de la taille d’une bouteille

Ce que les gendarmes et les premiers visiteurs trouvèrent le 2 juillet, d’après le compte rendu minutieux d’un témoin, c’était une cuvette peu profonde d’environ 1,20 mètre de diamètre dans une terre fraîchement binée, avec en son centre un trou cylindrique de 18 centimètres de large et de 40 de profondeur, et quatre sillons peu profonds, chacun d’environ 8 centimètres de large et deux mètres de long, formant une croix autour de lui. La terre était fortement tassée ; le reporter du Provençal, venu avec les gendarmes, la trouva autour du trou « dure comme du ciment », alors qu’ailleurs elle s’effritait en poussière sous les doigts. Les chiffres se multiplièrent vite. Le Provençal donna au trou 20 centimètres sur 50, Le Monde 20 sur 80, et Masse lui-même décrivit un entonnoir renversé de 60 à 80 centimètres de profondeur. Entre-temps, la foule était arrivée. Des centaines de personnes montèrent sur le plateau depuis le Var, les Bouches-du-Rhône, Paris et même la Belgique, piétinèrent la lavande et creusèrent le trou, qui avait la taille d’une bouteille et atteignait près d’un mètre de profondeur le 7 juillet. Chacun, rapporta Var-Matin, repartait avec une pierre ou un peu de terre. La brigade de recherches de la gendarmerie préleva des échantillons de sol le 3 juillet ; la presse signala sur le site un ingénieur du centre atomique de Marcoule, et des spécialistes de l’armée de l’Air en route.

Photographie d’une terre rouge marquée d’une croix de quatre sillons pâles et peu profonds convergeant vers un petit trou sombre, quelques herbes clairsemées dans les angles, et à gauche un panneau métallique gris sur un poteau portant l’inscription « Reproduction des traces laissées par l’OVNI ».
Une reproduction des marques, avec le panneau « Reproduction des traces laissées par l’OVNI », sur le site du mémorial au bord du champ, en août 2026. Les gendarmes relevèrent un trou de 18 centimètres au centre de quatre sillons peu profonds formant une croix ; un visiteur mesura le 2 juillet des sillons d’environ deux mètres. Photo : Pampuco, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons. Source de l’image · CC BY 4.0 · Pampuco

Sources: A Tentative Reply to Luis Schönherr’s Questionnaire · Valensole: Further DetailsUne “soucoupe volante” a-t-elle atterri dans les Basses-Alpes ?La soucoupe volante était sans doute un hélicoptèreLa soucoupe volante de Valensole… Les curieux affluent, M. Masse est dépriméUne soucoupe volante dans les Basses-Alpes ?La “soucoupe” de Valensole : dépression nerveuse pour l’auteur du récit

« La prétention de savoir reconnaître un hélicoptère »

Les journaux ne s’accordaient pas sur ce qu’avait dit Masse. Le premier article du Provençal, le 3 juillet, donnait à l’engin quatre pattes, un être au sol et un autre entrevu à l’intérieur ; l’Agence France-Presse habillait la petite silhouette d’une combinaison orange et relevait que Masse était connu au village pour sa verve et ses exploits imaginaires, comme ces truites « comme ça ». La distance passait de trente mètres à soixante, quatre-vingts et cinquante. Le 4 juillet, Le Monde titrait « La soucoupe volante était sans doute un hélicoptère ». Les milieux militaires de Marseille désignaient « Provence 65 », les manœuvres de la 9e région militaire en cours depuis le 29 juin, pendant lesquelles l’aviation légère de l’armée de Terre faisait voler des hélicoptères Alouette depuis Saint-Auban ; Valensole se trouvait juste au-delà de la zone d’exercice, à dix-neuf kilomètres de sa limite orientale, à Manosque. L’AFP suggéra que la combinaison orange pouvait être un gilet de sauvetage de pilote, un « Mae West ». Le reporter du Provençal retrouva Masse caché chez des amis dans la presqu’île de Giens et obtint sa réponse : « L’engin avait la forme d’une araignée géante. J’ai nettement compté six “pattes” et un pivot central. Les “pattes” se sont mises à tourner lorsque l’appareil a décollé dans un bruit sourd qui n’a rien à voir avec celui d’un avion ou d’un hélicoptère. L’engin ne possédait ni rotor ni pales. J’ai tout de même la prétention de savoir reconnaître un hélicoptère. Ce n’en était pas un. Je suis formel. […] je n’ai jamais dit qu’il s’agissait d’une soucoupe volante. » Pendant ce temps, l’adjudant Oliva répondait à des appels venus « de New York et de Londres ».

Photographie d’un petit hélicoptère vert olive à cockpit en bulle de verre arrondie, avec une poutre de queue en treillis ouvert, une turbine apparente et des patins d’atterrissage, exposé sur une pelouse devant un bâtiment moderne incurvé ; « armée de TERRE » est peint sur le flanc.
Une Alouette II de l’aviation légère de l’armée de Terre, le type désigné par les militaires le 3 juillet 1965. Dominique Caudron soutint plus tard que le sifflement de sa turbine correspondait à celui qu’avait entendu Masse. Photo : Eric Gaba (Sting), 2001, CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons. Source de l’image · CC BY-SA 2.5 · Eric Gaba

Sources: Une “soucoupe volante” a-t-elle atterri dans les Basses-Alpes ?La soucoupe volante de ValensoleLa soucoupe volante était sans doute un hélicoptèreUne soucoupe volante dans les Basses-Alpes ?“Soucoupe” ? Engin inconnu ? … mais pas un hélicoptèreFrenchman sees ‘Flying Object’

Douze heures de sommeil

« Ma première réaction a été de passer la charrue dans le champ et de faire disparaître toutes les traces du passage de cet engin », confia Masse au Provençal. « J’aurais dû obéir à ma première impulsion. […] je suis littéralement pourchassé par une meute de reporters et de curieux sans parler des interrogatoires officiels. J’ai fait si souvent le récit de ce qui m’est arrivé que j’en suis fatigué. » Il se réfugia chez des amis à Giens, sur la côte, où un reporter de la radio Europe n° 1 le retrouva malgré tout. Le 6 juillet, Le Méridional rapporta que des villageois dissuadaient les journalistes de le rencontrer : il était en proie à une dépression nerveuse. Puis vint le sommeil. Pendant les trois jours qui suivirent la rencontre, apprit Michel, Masse ne ressentit rien ; le quatrième, il s’effondra, terrassé par un irrésistible besoin de dormir. Cet homme qui dormait quatre ou cinq heures par nuit dormait désormais douze à quinze heures, et aurait dormi jour et nuit si sa femme et son père ne l’avaient pas réveillé pour manger. Il cessa de parler et se replia sur lui-même. Oliva confirma cette somnolence à Michel, qui nota aussi un léger tremblement des mains encore visible le 8 août. Un soir, après Giens, raconta sa femme à l’enquêteur du GEPA, il éclata en sanglots, « se laissa aller » et lui raconta toute l’histoire.

Sources: Le mystère reste entier sur la “soucoupe volante” de ValensoleLa “soucoupe” de Valensole : dépression nerveuse pour l’auteur du récitThe Significant Report from France: G.E.P.A. Investigation · The Valensole AffairLa soucoupe volante de Valensole… Les curieux affluent, M. Masse est déprimé

Sept mètres

Le 18 août, Masse fit une déclaration plus complète à « certaines personnes de Valensole » que l’enquêteur du GEPA tenait pour absolument dignes de confiance, sans les nommer. Elle commençait ainsi : « Lorsque vous m’avez interrogé le 2 juillet 1965, je ne vous ai pas révélé tout ce que j’avais vu, car c’était si extraordinaire que je craignais d’être pris pour un fou et enfermé », ce qui donne à penser qu’il s’agissait des gendarmes. Il ne s’était pas arrêté à distance ; il s’était approché jusqu’à sept mètres en longeant la vigne. Les deux êtres se trouvaient au sol, accroupis, l’un lui tournant le dos, comme s’ils examinaient un plant de lavande, et tous deux étaient remontés à bord après l’avoir immobilisé. Cinq jours plus tard, le 23 août, la gendarmerie recueillit une troisième déposition consignant ces nouveaux détails. Michel, lui, était déjà venu à Valensole le 8 août. À Digne, le capitaine Valnet lui avait montré le premier procès-verbal, un plan des lieux et les photographies, en le prévenant que Masse, encouragé par Oliva, avait reconnu s’être approché tout près. Dans une distillerie de lavande, en présence d’Oliva et de Gustave, le frère de Michel, Masse lui raconta son histoire. Michel avait apporté la photographie en couleurs d’une maquette construite d’après la description que Lonnie Zamora avait faite de l’engin ovoïde de Socorro, au Nouveau-Mexique, l’année précédente, et il la garda pour la fin. Masse, écrivit-il, eut l’air d’avoir vu sa propre mort ; il crut que quelqu’un avait photographié son engin. Quand on lui apprit que celui-ci avait été vu en Amérique par un policier, il se détendit. « Vous voyez bien que je n’ai pas rêvé, et que je ne suis pas fou. »

Sources: A Tentative Reply to Luis Schönherr’s Questionnaire · Valensole: Further DetailsValensole (04) 01.07.1965 · cas 1965-07-00050A Visit to Valensole

« Je mourrai sans le dire à personne »

Michel ne publia l’épisode de Socorro qu’en 1968, après s’être rendu à Valensole le 21 août 1967 avec Charles Bowen, rédacteur en chef de Flying Saucer Review. Les gendarmes ne plaisantaient pas à son sujet, et les hommes de sa distillerie étaient certains de sa bonne foi. L’homme lui-même avait changé du tout au tout : anxieux, nerveux et, à deux reprises, visiblement bouleversé en 1965, il était désormais serein. « Je n’ai pas tout dit, reconnut-il. Mais j’en ai déjà trop dit. » Puis : « Ce que je ne vous ai pas dit, je ne l’ai dit à personne, pas même à ma femme, et personne ne me le fera dire. » À l’Olivol, Michel lui raconta l’histoire de Betty et Barney Hill. Masse ne se montra pas impressionné. « Si ces gens disent qu’on les a forcés, ce n’est pas vrai. […] Ils ne forcent personne. » Il dit qu’il savait parfois quand « ils » étaient dans les parages : dans la nuit du 17 au 18 juillet 1967, il s’était réveillé dehors avec le sentiment qu’ils allaient se montrer et, vingt minutes plus tard, avait vu quelque chose traverser le ciel. L’emplacement de l’atterrissage était toujours visible : un cercle d’environ trois yards de diamètre où ne poussaient que quelques mauvaises herbes, entouré de lavandes rabougries. Il l’avait relabouré et replanté, dit-il, et tous les nouveaux plants étaient morts. Michel s’aperçut aussi qu’il s’était mal souvenu du champ. La vigne se trouvait au moins quatre fois plus loin de l’emplacement de l’atterrissage que sur le croquis qu’il avait publié, si bien que Masse avait dû traverser quinze mètres de terrain découvert sous les yeux des êtres. Pour Michel, cela signifiait qu’ils l’avaient laissé approcher.

Sources: A Visit to ValensoleThe Significant Report from France: G.E.P.A. Investigation · The Valensole Affair

Un plateau plein d’histoires

Valensole eut bientôt d’autres récits. Dans le même article de 1965, Michel mentionnait deux autres observations au-dessus du plateau en août et en septembre, ainsi qu’un chasseur des environs de Manosque, en octobre 1954, dont le chien, lui avait-on dit, était revenu à moitié paralysé. Le catalogue de Figuet et Ruchon (1979), qui s’appuie sur le bulletin du GEPA, ajoute qu’à la fin de juillet 1965, à 22 heures, des habitants virent un objet semblable à celui de Masse planer à quatre ou cinq mètres du sol au bord de la route de Gréoux-les-Bains, près de châtaigniers, à trois cents mètres de l’Olivol, tandis que de petits êtres en sortaient et y rentraient sans échelle visible. Dans la nuit du 17 au 18 septembre, trois astronomes de l’Observatoire de Haute-Provence, à Saint-Michel, observèrent pendant dix à quinze minutes un ovale rouge orangé immobile, exactement au niveau du plateau ; Michel fit allumer, lors de nuits d’essai, les lampes des antennes ionosphériques de l’École normale supérieure à Valensole et montra qu’on ne pouvait pas les voir depuis les coupoles. En 1967, Phénomènes Spatiaux publia le récit de cinq habitants qui auraient acculé dans une pièce vide d’une ferme un petit homme semblable à celui de Masse, mais barbu, avant que « quelque chose comme une force invisible » ne le fasse glisser entre leurs mains. Et tandis que Michel et Bowen attendaient à la distillerie, un ouvrier leur raconta qu’un vieux couple, mort depuis longtemps, avait vu un jour, vers 1913, un œuf rouge lumineux se poser pendant un quart d’heure tout à côté de l’Olivol. L’homme était reparti avant qu’ils aient pu l’interroger de nouveau.

Sources: The Significant Report from France: G.E.P.A. Investigation · The Valensole AffairURECAT-000642 · End July 1965, ValensoleA Visit to Valensole

Une soucoupe au bord de la route

Masse ne raconta jamais la suite. Il continua de cultiver la lavande et refusa l’examen psychiatrique que l’enquêteur du GEPA aurait souhaité lui voir accepter. D’autres continuèrent à creuser. L’astronome du CNRS Pierre Guérin et Jacques Vallée enquêtèrent sur l’affaire, et en 1980 Guérin et le psychiatre Beaudouard la réexaminèrent dans la revue belge Inforespace. Masse mourut en 2004. Le GEPAN, le groupe d’étude officiel créé en 1977, rassembla des documents sur l’affaire mais ne publia jamais d’enquête propre ; pour le cinquantième anniversaire, en 2015, son successeur le GEIPAN rendit publics les trois procès-verbaux de gendarmerie, présentés comme « les documents les plus fiables de cette affaire », et, « vu son étrangeté », classa le cas D, inexpliqué, « par défaut ». En juillet de la même année, une soucoupe et deux petits hommes verts furent installés sur le site, et la municipalité monta une exposition. Les petits-fils de Masse dirent à France 3 que leur grand-père était « quelqu’un qui ne racontait pas d’histoires », et l’héritier de ses biens, Maurice Chaspoul, affirma qu’il ne pouvait s’agir d’« une pure invention ». Six ans plus tôt, un Niçois avait écrit au GEIPAN qu’au début de juillet 1965, alors adolescents, son frère aîné et lui avaient vu depuis l’arrière de la Peugeot 203 décapotable verte de leur père, dans un champ de lavande, « comme une grosse assiette renversée dans un champ », et que « des enfants étaient sortis de cette assiette » ; c’était le soir, et non le matin. Le mémorial se compose aujourd’hui d’une soucoupe grise sur quatre pieds au bord de rangs de lavande, d’un panneau de bois portant l’inscription « SITE OVNI » et d’une plaque : « Ici, le 1er juillet 1965 s’est posé un OVNI qui a donné lieu à une rencontre du 3ème type. Respectez ce lieu. » En 2025, l’histoire est arrivée sur les écrans avec Valensole 1965, un drame de Dominique Filhol.

Photographie d’un panneau de bois rustique fixé sur deux poteaux métalliques verts dans un champ de lavande, portant l’inscription « SITE OVNI » en lettres blanches avec une soucoupe dessinée, surmonté d’une silhouette découpée d’extraterrestre gris aux grands yeux noirs qui regarde par-dessus le bord, et d’une petite étiquette « Mémoire Vivante de Valensole ».
Le panneau « SITE OVNI » de l’association Mémoire Vivante de Valensole, au mémorial en bordure du champ de l’Olivol, en août 2026. Photo : Pampuco, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons. Source de l’image · CC BY 4.0 · Pampuco

Sources: L’observation de Valensole 1965, cinquante ans après…Fiftieth anniversary of the arrival of aliens to ValensoleTémoignage direct · correspondance avec un témoin de début juillet 1965Rencontre de ValensoleA Tentative Reply to Luis Schönherr’s Questionnaire · Valensole: Further DetailsRencontre du troisième type à Valensole

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Sources et entretiens

Les sources conservent leur langue d’origine ; leurs titres et descriptions sont traduits.

Valensole (04) 01.07.1965 · cas 1965-07-00050GEIPAN · CNES · La page officielle du cas, classification D, avec les trois procès-verbaux de gendarmerie des 2 juillet, 5 juillet et 23 août 1965L’observation de Valensole 1965, cinquante ans après…GEIPAN · CNES · Toulouse, 26 juin 2015 · La note rendant publics les procès-verbaux de gendarmerie pour le cinquantenaireProcès-verbal n° 445 · déclaration de M. Maurice MasseGendarmerie nationale · Brigade de Valensole · Déclaration recueillie le 2 juillet 1965, telle que publiée par le GEIPANTémoignage direct · correspondance avec un témoin de début juillet 1965GEIPAN · CNES · Courriels du 17 août au 2 septembre 2009, noms non communiqués · Deux frères se souviennent d’une « assiette » posée près de ValensoleUne “soucoupe volante” a-t-elle atterri dans les Basses-Alpes ?Victor Nathan · Le Provençal · 3 juillet 1965 · Page 1 · Transcription et traduction de Patrick GrossUne soucoupe volante dans les Basses-Alpes ?Le Dauphiné Libéré · 4 juillet 1965 · Avec la déclaration des militaires, « Vraisemblablement un hélicoptère de l’A.L.A.T. » · Transcription de Patrick GrossLe mystère reste entier sur la “soucoupe volante” de ValensoleVictor Nathan · Le Provençal · 4 juillet 1965 · Transcription de Patrick GrossLa soucoupe volante de ValensoleAgence France-Presse · Le Méridional · 4 juillet 1965 · Page 9 · Transcription de Patrick GrossLa soucoupe volante était sans doute un hélicoptèreLe Monde · 4 juillet 1965 · Page 18 · Transcription de Patrick Gross“Soucoupe” ? Engin inconnu ? … mais pas un hélicoptèreLe Provençal · 5 juillet 1965 · Masse interrogé à Giens · Transcription de Patrick GrossFrenchman sees ‘Flying Object’Waverley Root · The Washington Post · 5 juillet 1965 · Transcription de Patrick GrossLa “soucoupe” de Valensole : dépression nerveuse pour l’auteur du récitLe Méridional · 6 juillet 1965 · Page 14 · Transcription de Patrick GrossLa soucoupe volante de Valensole… Les curieux affluent, M. Masse est dépriméVar-Matin République · 7 juillet 1965 · Transcription de Patrick GrossThe Significant Report from France: G.E.P.A. Investigation · The Valensole Affair« G.C. » pour le GEPA et Aimé Michel · Flying Saucer Review 11(6) · Novembre/décembre 1965 · p. 5–8 · Via l’Internet ArchiveA Tentative Reply to Luis Schönherr’s Questionnaire · Valensole: Further Details« G.C. » et Aimé Michel · Flying Saucer Review 12(3) · Mai/juin 1966 · p. 21–24 · Via l’Internet ArchiveA Visit to ValensoleAimé Michel et Charles Bowen · Flying Saucer Review 14(1) · Janvier/février 1968 · p. 6–12 · Le retour à l’Olivol en août 1967 · Via l’Internet ArchiveValensole, France, 1965Patrick Gross · UFOs at close sight · Page du cas et index de presse, mise à jour du 4 août 2023URECAT-000642 · End July 1965, ValensolePatrick Gross · UFO Related Entities Catalog · Le second signalement de Valensole, d’après Figuet et Ruchon (1979) et Phénomènes SpatiauxMaurice Masse Encounter (Valensole, 07/01/1965): Hoax inspired by a French Comic Book?Gilles Fernandez, présentant l’hypothèse de Raoul Robé · Sceptiques vs. les Soucoupes Volantes · 20 novembre 2017, révisé en décembre 2017Le Baron noir et ses ancêtresDominique Caudron · Communications 52, Rumeurs et légendes contemporaines · 1990 · p. 219–248 · Via PerséeFiftieth anniversary of the arrival of aliens to ValensoleFrance 3 Marseille · 3 juillet 2015 · 2 min · INARencontre du troisième type à ValensoleAffaires sensibles · France Inter · 28 mai 2018 · Podcast audio, 54 minRencontre de ValensoleWikipédia · Édition française · Avec les synthèses de la gendarmerie, les chiffres de Pierre Guérin sur le sol et les hypothèses sceptiques

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Le ravin de SocorroL’œuf sur pattes que Masse reconnut : une maquette de l’engin de Lonnie Zamora, qu’on lui montra en août 1965, le convainquit qu’il n’était pas fou.L’atterrissage de Trans-en-ProvenceSeize ans plus tard et à soixante kilomètres de là, un autre agriculteur provençal, un autre atterrissage sans autre témoin et une couronne dans la terre sur laquelle l’agence spatiale française, elle, enquêta.Les petits hommes de KellyDix ans plus tôt, dans le Kentucky : de petites silhouettes à la tête démesurée autour d’une ferme, et une famille qui fila droit à la police.Betty and Barney HillLe couple américain dont Masse entendit l’histoire en 1967, et qu’il écarta : « Eux, ils ne forcent personne. »Jacques ValléeL’un des enquêteurs à qui le GEIPAN attribue un travail sur l’affaire des années avant que l’agence spatiale ne se dote d’un service consacré aux ovnis.Les rencontres rapprochées, expliquéesPourquoi deux êtres et un engin posé font de Valensole un récit du troisième type, quoi qu’il y ait eu dans la lavande.
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