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DOSSIER / 073 — 1954

Les nains velus du Venezuela

En novembre 1954, un livreur arrêta sa camionnette en lisière de Caracas parce que la route devant lui s’était illuminée comme en plein midi. Il raconta s’être empoigné avec un petit être velu et l’avoir frappé d’un couteau qui glissa comme sur de la pierre. En trois semaines, le Venezuela eut sa vague de nains velus : des chasseurs en combattirent quatre à coups de crosse de fusil, et un jeune homme fut griffé. Les nains entrèrent quand même dans la légende.

Illustration peinte montrant un livreur reculant devant une petite silhouette velue près de sa camionnette, avec des êtres portant de la terre et une sphère lumineuse au fond d’une rue sombre de Petare.
1954
Ce n’est pas une vraie photo. Illustration inspirée de la version du récit de Petare publiée par l’APRO : la sphère lumineuse, la confrontation et les êtres portant de la terre. Les apparences, la rue et la mise en scène sont des choix artistiques, et ne constituent pas des preuves historiques.

Une ville à l’est de Caracas

En 1954, Petare était encore une ville à part entière, un damier colonial de toits de tuiles dominé par un clocher blanc, à l’extrémité orientale de la vallée de Caracas, à une vingtaine de minutes de route de la capitale qui l’engloutissait à vive allure. Le Venezuela, enrichi par le pétrole, était gouverné par le général Marcos Pérez Jiménez, dont la police politique, la Seguridad Nacional, terrorisait quiconque parlait à tort et à travers. Les journaux ne pouvaient pas écrire librement sur la politique ; ils pouvaient écrire sur les soucoupes volantes. Tout l’automne, les agences de presse avaient relayé la grande vague française de 1954, avec ses histoires de nains et d’êtres plus étranges encore à côté d’engins posés, et l’Amérique du Sud commençait à produire les siennes.

Vue en noir et blanc, depuis une colline, d’une ville dense aux maisons basses coiffées de tuiles, avec au centre un clocher et une coupole, une rue filant vers les collines et des montagnes à l’arrière-plan.
Petare au début du XXe siècle, alors ville distincte à l’extrémité orientale de la vallée de Caracas. En 1954, la capitale l’atteignait, mais le centre colonial autour de l’église ressemblait encore beaucoup à ceci. Photographe inconnu ; domaine public, via Wikimedia Commons. Source de l’image

Sources: APRO Bulletin, vol. 3 no 3 (« Deadline Dope » : le récit de Petare)OVNIS en Caracas (1953)Close Encounter at Kelly and Others of 1955Flying Saucers: The Startling Evidence of the Invasion from Outer Space

Deux heures du matin, Calle Bella Vista

Gustavo González était un Cubain de 24 ans selon la reprise arubaise d’El Universal (25 dans la traduction du même article par l’APRO et dans les récits ultérieurs). Il habitait Catia, à l’ouest de Caracas, et gagnait sa vie avec une petite camionnette à lui, chargeant des marchandises avant l’aube pour les revendre dans un Mercado Libre, l’un des marchés de producteurs de Caracas. Son aide s’appelait José Ponce. Sa tournée, expliqua plus tard le correspondant de l’APRO à Caracas, le menait à Petare vers 2 h du matin, afin que ses marchandises arrivent en ville à temps pour l’affluence matinale. Au petit matin du dimanche 28 novembre 1954, les deux hommes s’engagèrent dans la Calle Bella Vista, en direction de la charcutería Scheper, l’« usine de saucisses » de l’APRO. Dans la déclaration que González fit à la police, telle qu’El Universal l’imprima, il arrêta brusquement la camionnette parce que la rue devant lui s’était illuminée « como si fuesen las doce del día », comme en plein midi. Les deux hommes descendirent. Ponce, dit González, s’enfuit aussitôt « al ver lo que yo segundos más tarde pude observar », en voyant ce que González vit quelques secondes plus tard. « No estábamos borrachos », ajouta-t-il : nous n’étions pas ivres, nous allions au marché vendre nos marchandises.

Sources: Platillo Volador Aterrizo en VenezuelaUFOs: A History, 1954 November–December, Supplemental NotesAPRO Bulletin, vol. 3 no 3 (« Deadline Dope » : le récit de Petare)

Le corps-à-corps

La déclaration officielle, diffusée par le service de presse du commandement de la police de Caracas et reprise par El Universal, est le plus ancien récit conservé. « Al bajarme de la camioneta pude ver cómo un extraño ser viviente se acercaba a nosotros », déclara González : en descendant, il vit un étrange être vivant s’approcher d’eux, et il eut d’abord l’impression que quelque chose l’empêchait de bouger. Puis il s’avança, prit la créature dans ses bras et tenta de la maîtriser, mais le petit homme, comme il l’appelait, était très fort et se dégagea. González tomba sur la chaussée et se releva vite. Quand il regarda de nouveau, deux autres petits hommes arrivaient, apparemment pour aider leur compagnon, « uno de los cuales me alumbró como una linterna », dont l’un l’éclaira comme avec une lampe torche. La lumière l’aveugla, et quand il reprit ses esprits tout avait disparu. Sorti de cette « transe », il se retrouva le couteau à la main droite et se souvint d’avoir frappé la créature qui fonçait sur lui : « El arma rozó sobre el cuerpo áspero del extraño ser, y se deslizó como si hubiese caído sobre algún material muy fuerte », la lame effleura le corps rugueux et glissa comme si elle avait heurté une matière très dure.

Sources: Platillo Volador Aterrizo en VenezuelaUFOs: A History, 1954 November–December, Supplemental Notes

Velu, pieds nus, en pagne

González et Ponce, poursuivait la déclaration, virent tous deux « algo así como un platillo luminoso », quelque chose comme une soucoupe lumineuse, d’où les trois petits êtres étaient descendus. Celui que González avait empoigné « era peludo », était velu, pieds nus, et portait « un traje muy raro — parecía un guayuco », un vêtement très bizarre qui ressemblait à un guayuco, le pagne des peuples autochtones du Venezuela. Ses deux yeux brillaient. « Se me zafó dando un salto felino », il m’a échappé d’un bond félin. Une phrase de la reprise arubaise dit « no tenía nada de baja estatura », littéralement qu’il n’était pas petit du tout, ce qui détonne au milieu de tous les « hombrecillo » qui l’entourent ; une traduction conservée dans les dossiers de l’APRO, due à un membre de Caracas signant « Joe » (presque certainement Joe Rolas), rendait le même passage par « de petite taille (3 pieds, soit 36 pouces) » et ajoutait qu’il « n’avait pas de nez du tout ». Le journal a-t-il déformé la phrase, ou le traducteur l’a-t-il lissée ? Les archives ne permettent pas de le dire.

Sources: Platillo Volador Aterrizo en VenezuelaUFOs: A History, 1954 November–December, Supplemental Notes

Au poste de la circulation

Ponce courut jusqu’à l’Inspectoría del Tránsito, le poste de la police de la circulation, qui se trouvait dans la même rue. Quelques minutes plus tard, González entra à son tour, but un peu d’eau et raconta son histoire à des agents qui les dévisageaient. « Ustedes, lo que han visto es una visión como consecuencia de las libaciones », lança quelqu’un : ce que vous avez vu est une vision due à la boisson. Les deux hommes montrèrent que leur haleine ne sentait pas l’alcool et expliquèrent qu’ils se rendaient chez Scheper. Les reporters d’El Universal ajoutèrent leur propre argument : si les hommes avaient été ivres, la police de la circulation les aurait arrêtés. Quelques heures plus tard, González fut conduit au poste central de premiers secours de l’Esquina de Salas, à Caracas, où le personnel médical de garde constata « contusiones simples en el costado izquierdo », de simples contusions au flanc gauche ; les reporters ajoutèrent qu’il était très nerveux. Selon les notes de Joe dans les dossiers de l’APRO, il était « pâle et tremblant » et prenait des cachets pour ses nerfs. Le suivi d’El Universal rapporta que « el señor Cherchi duda que pueda estar loco », M. Cherchi doutait qu’il puisse être fou, et un journal anglophone de Caracas cita le 7 décembre Antonio Cherchi, gérant de la charcutería où González chargeait ses marchandises : c’était, disait-il, un homme calme et de bon jugement, qui faisait ce travail depuis plus d’un an, maniait l’argent d’environ un millier d’articles par jour « et tient toujours ses comptes en ordre ».

Sources: Platillo Volador Aterrizo en VenezuelaUFOs: A History, 1954 November–December, Supplemental Notes

Des centaines de personnes dans la rue

Le lundi 29 novembre, El Universal publia l’histoire, et Bella Vista devint un lieu de pèlerinage. Son article de suivi, le mardi, rapporta que des centaines de personnes s’étaient rassemblées dans la rue la veille, et ses intertitres étaient plus froids que la légende qui suivit : « No hay huellas en el lugar donde González jura haber combatido con un enanito. Ninguna otra persona vio iluminarse el cielo », aucune trace à l’endroit où González jurait s’être battu avec un petit nain, et personne d’autre n’avait vu le ciel s’illuminer. Un autre sous-titre annonçait « una detonación en la madrugada », une détonation au petit matin. D’après une coupure traduite conservée aujourd’hui dans les dossiers du NICAP (le National Investigations Committee on Aerial Phenomena, un groupe américain d’étude des soucoupes fondé en 1956), un habitant nommé Paolo montra aux reporters un talus descendant vers deux maisonnettes : « c’est l’endroit d’où Ponce dit avoir vu sortir l’un des bonshommes avec de la terre dans les mains. S’il l’a ramassée là, il a dû prendre de la terre noire dans la partie cultivée. » Luis Felipe Toro, commandant de bord de la compagnie TACA, raconta aux reporters que son copilote et lui avaient vu quelque chose de rapide à environ quinze mille pieds pendant leur descente vers l’aéroport de Maiquetía, et qu’ils n’avaient appris qu’à l’atterrissage ce qui s’était passé à Petare. Le 11 décembre, un journal néerlandophone de Curaçao rapportait que les habitants de Caracas téléphonaient à toute heure à des officiers de l’armée de l’air, à des directeurs d’observatoire, aux attachés de l’air des ambassades et à des prêtres pour demander si des hommes venus de Mars avaient vraiment atterri à Petare, et que deux hommes avaient annoncé la création d’une société d’étude des soucoupes volantes.

Sources: UFOs: A History, 1954 November–December, Supplemental NotesPlatillos voladores todavía vuelen en VenezuelaVenezuela maakt zich druk om de vliegende schotelsClose Encounter at Kelly and Others of 1955

Le récit le plus spectaculaire

L’APRO, l’Aerial Phenomena Research Organization, que Coral et Jim Lorenzen dirigeaient depuis leur domicile d’Alamogordo, au Nouveau-Mexique, comptait deux membres à Caracas : Horacio González Ganteaume, un jeune homme d’origine trinidadienne employé par General Motors au Venezuela, et Joe Rolas. Le 30 novembre, González Ganteaume écrivit à Lorenzen : « Cette affaire, je peux vous le dire, a mis le pays en émoi ! » Joe fit savoir que son père s’était rendu au poste de Petare et avait parlé aux hommes qui avaient vu les deux témoins ce matin-là : « Il dit que tout est vrai, et tous les agents aussi. » Lorenzen retarda le bulletin daté du 15 novembre pour y imprimer l’histoire, et la version qui parvint aux lecteurs américains avait grossi. Désormais, une sphère lumineuse de huit à dix pieds de diamètre flottait à six pieds au-dessus de la rue. González souleva le nain du sol, « dans l’intention de le mettre dans le camion », et fut surpris par sa légèreté ; le corps donnait la sensation « de poils raides, et dur ». Une seule poussée le projeta à quinze pieds. Dans cette version, Ponce ne s’enfuit pas tout de suite : il vit deux autres petits hommes sortir des buissons « avec ce qui ressemblait à des mottes de terre dans les mains » et bondir dans la sphère. La première créature fonça sur González « les yeux brillants » et « les griffes sorties », son couteau de scout glissa sur son épaule, et un quatrième être, penché hors de la sphère avec « une sorte de tube », l’aveugla d’un rayon. « Nous tenons ce récit pour vrai, disait le bulletin, et pour le plus spectaculaire que nous ayons jamais reçu à ce jour. »

Illustration peinte montrant un livreur reculant devant une petite silhouette velue près de sa camionnette, avec des êtres portant de la terre et une sphère lumineuse au fond d’une rue sombre de Petare.
Ce n’est pas une vraie photo. Illustration inspirée de la version du récit de Petare publiée par l’APRO : la sphère lumineuse, la confrontation et les êtres portant de la terre. Les apparences, la rue et la mise en scène sont des choix artistiques, et ne constituent pas des preuves historiques. Source de l’image

Sources: APRO Bulletin, vol. 3 no 3 (« Deadline Dope » : le récit de Petare)UFOs: A History, 1954 November–December, Supplemental NotesOVNIS en Caracas (1953)Flying Saucers: The Startling Evidence of the Invasion from Outer Space

Zeppelins, poignards et un aide nommé Carrizalez

Même à Caracas, les détails se multipliaient. Selon les notes de Joe, le quotidien La Esfera affirmait que González avait été projeté à quinze pieds et que l’engin était un « zeppelin » lumineux, argenté et en forme de cigare, descendu au milieu de la rue ; d’autres journaux donnaient au nain un visage rond et faisaient repartir la machine dans des éclairs aveuglants. Hors du Venezuela, les versions concordaient à peine. Une dépêche de l’agence AL, imprimée à Santiago du Chili le 7 décembre et à La Paz le 11 décembre, situait Petare à 30 kilomètres de la capitale et décrivait trois membres d’équipage sans nez, portant « una gran coraza », une grande cuirasse, et armés de poignards ; le chauffeur, nommé Gustavo González de León, en arracha un et frappa son adversaire sans le blesser, l’équipage le reprit et s’en alla à la verticale, et lui-même était à l’hôpital, une main presque broyée. Une dépêche de l’agence SICO, imprimée à La Paz le 27 décembre, décrivait un engin en forme de zeppelin lançant des éclairs aveuglants, quatre nains d’un mètre dix « la cara redonda, los ojos centellantes y sin nariz », au visage rond, aux yeux étincelants et sans nez, et un aide nommé José Carrizalez, 19 ans, qui s’enfuit en hurlant pendant que González était projeté à cinq mètres contre un rocher ; les psychiatres, disait-elle, ne parvenaient toujours pas à expliquer ce qui était arrivé à un homme d’abord jugé dérangé et désormais reconnu en parfaite santé. En février 1955, le Waco Tribune-Herald, au Texas, fit état de la lettre d’une ancienne habitante de Waco qui travaillait dans une école normale rurale du Táchira, avec une troisième version : un « disque lumineux » de deux mètres sur un, en suspension « à environ 16 centimètres » au-dessus de la rue, une lampe torche lancée qui manqua sa cible, un coup violent dans les côtes gauches et un couteau qui heurta « une surface comme de la pierre ». À côté figurait le dessin d’une créature hirsute et griffue aux énormes yeux ronds, censé reproduire celui que González avait fait pour la police de la circulation.

Sources: Dépêche d’agence, « Caracas, 6 (AL) »Fantástico relato sobre el aterrizaje de un plato voladorEl Cubano Gustavo González Asegura que Luchó con un Marciano Cerca de CaracasEx-Wacoan in Venezuela Relates Saucer Saga ThereUFOs: A History, 1954 November–December, Supplemental Notes

Des disques sur Coro, des petits hommes à La Floresta

Petare fit aussi resurgir des histoires plus anciennes. Selon l’APRO Bulletin, un typographe qui s’était tu par crainte du ridicule se manifesta après Petare pour raconter que le 4 novembre, alors qu’il chassait depuis une vedette dans le « district du Delta », vraisemblablement le delta de l’Orénoque, il avait vu une sphère lumineuse en suspension juste à l’intérieur des terres et observé trois ou quatre créatures naines y porter de la terre dans leurs mains, tandis que les Autochtones qui l’accompagnaient prenaient la fuite. Les trois semaines suivantes firent de Petare le lever de rideau d’une vague nationale. Selon Keyhoe et l’APRO, un prêtre signala un disque lumineux au-dessus de Coro, un autre plana près du sol à Borburata, et un pilote nommé Saúl Páez Paredes fit demi-tour vers Maracaibo après qu’un disque eut croisé sa route. Début décembre, le directeur d’une école de Barquisimeto affirma qu’un disque lumineux avait poursuivi sa voiture près de Guanare et qu’il avait tiré dessus, douze fois selon le décompte de l’APRO. Le soir du 8 ou du 10 décembre (les sources divergent), un médecin réputé de Caracas, qui roulait avec son père près de La Floresta, entre l’aérodrome de La Carlota et l’Avenida Francisco de Miranda, s’arrêta quand son père cria « Regarde ! » et vit deux petits hommes courir vers les fourrés, d’où un disque lumineux s’éleva « avec un sifflement aigu ou un grésillement ». Le 10 décembre, un ingénieur pétrolier américain d’El Tigre photographia cinq objets semblables à des « tortues » volant en formation. À Chacao, à l’est de Caracas, The Caracas Journal rapporta qu’un certain Tomás Betancourt avait lutté avec l’un des membres d’équipage d’une soucoupe : « Hij was gelatineachtig en erg glibberig », dans le néerlandais du journal de Curaçao, il était gélatineux et très glissant, et l’homme avait lâché prise.

Carte du nord du Venezuela sur fond pâle, avec la mer des Caraïbes en haut, indiquant Petare près de Caracas, Carora à l’ouest de Barquisimeto, Valencia, Guanare, San Carlos del Zulia au sud du lac de Maracaibo et le delta de l’Orénoque à l’est, chacun avec une date et le nom des témoins.
Les principaux récits de la vague, en novembre et décembre 1954 : le typographe du Delta (4 novembre), Petare (28 novembre), l’enseignant de Guanare (début décembre), Carora (9 ou 10 décembre), San Carlos del Zulia (15 ou 16 décembre) et Valencia (19 décembre). Positions des villes, non des lieux des rencontres. Carte uap.fun d’après les données Natural Earth (domaine public). Source de l’image

Sources: APRO Bulletin, vol. 3 no 3 (« Deadline Dope » : le récit de Petare)The Flying Saucer Conspiracy, chapitre « Angel’s Hair »APRO Bulletin, vol. 3 no 4 : « South American Issue » (« Hairy Dwarves in Venezuela » et commentaire)UFOs: A History, 1954 November–December, Supplemental NotesVenezuela ziet vliegende schotels: Tomás Betancourt valt marsmannetje aanFlying Saucers: The Startling Evidence of the Invasion from Outer Space

Entre Chirico et les Trois Tours

Le deuxième corps-à-corps eut lieu dans la nuit du jeudi 9 décembre (le 10 selon certains récits anglophones), dans les collines arides de l’État de Lara, au bord de la route transandine, à la sortie de Carora. Un télégramme du correspondant d’El Nacional à Carora, tel que l’a reproduit en 2016 le bulletin chilien NOUFA (l’original de 1954 n’a pas été retrouvé), nomme les témoins : Lorenzo Flores, 18 ans, et Jesús Gómez, 17 ans, ouvriers, partis chasser entre « los sitios denominados Chirico y Cerro de Las Tres Torres ». Ils virent une lumière à une cinquantaine de mètres et la prirent pour une voiture, laissèrent leurs bicyclettes et s’approchèrent à pas de loup. « Logramos apreciar un aparato redondo, que tenía la forma de dos palanganas superpuestas », raconta Flores : un appareil rond en forme de deux cuvettes posées l’une sur l’autre, d’environ trois mètres de diamètre, qui crachait du feu par-dessous et flottait à quelque quatre-vingts centimètres du sol. Quatre petits hommes d’environ un mètre en sortirent, se jetèrent sur Gómez et tentèrent de le traîner dans la machine. Flores n’avait que son fusil, non chargé, et en abattit la crosse sur eux, des coups qui semblaient frapper « una roca o algo muy fuerte », un rocher ou quelque chose de très dur, jusqu’à ce que l’arme vole en éclats sans laisser la moindre marque sur sa cible. Gómez déclara à la police : « no pudimos ver ojos ni las uñas largas », ils n’avaient pas pu distinguer d’yeux ni de longs ongles, « pero sí pudimos apreciar el vello fuerte que les cubría todo el cuerpo », mais ils avaient bien vu l’épais pelage qui leur couvrait tout le corps. Ils se dégagèrent, coururent vingt mètres jusqu’à la route et, se retournant, virent que l’engin avait disparu.

Vue large d’une plaine aride parsemée de cactus colonnaires et de broussailles, avec une route goudronnée sinueuse et quelques petites maisons blanches au premier plan, des terres agricoles plates au-delà et une chaîne de montagnes brunes et dénudées sous des nuages épars.
Broussailles à cactus sur la route qui quitte Barquisimeto vers l’ouest, en direction de Carora et de Trujillo, en 2013. Flores et Gómez chassaient dans un paysage de ce genre, non loin de la route transandine, près de Carora. Photo : Menu1973, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons ; redimensionnée. Source de l’image · CC BY-SA 3.0 · Menu1973

Sources: En Venezuela: el caso Petare, el más extraño de los avistamientos / Otro caso similar: Carora 1954APRO Bulletin, vol. 3 no 4 : « South American Issue » (« Hairy Dwarves in Venezuela » et commentaire)The Flying Saucer Conspiracy, chapitre « Angel’s Hair »Passport to Magonia: From Folklore to Flying Saucers, cas 344 à 357 du catalogue

Chemises en lambeaux au poste de Carora

Un camion de la laiterie Inlaca les prit en charge ; son chauffeur, selon le télégramme, avait lui-même vu une forte lumière peu avant minuit. Ils arrivèrent à la caserne de police de Carora pieds nus, la chemise en lambeaux, Gómez légèrement griffé, et les photographies publiées par la presse vénézuélienne montrent les deux garçons dans leurs chemises déchirées. Une patrouille de deux officiers et quatre agents se rendit sur place et, selon le télégramme, trouva le fusil brisé, une machette, les bicyclettes abandonnées, des traces de lutte, les empreintes de chaussures des garçons et des traces plus petites « parecidas a las de un mono », pareilles à celles d’un singe sans être celles d’un singe, dans une forte odeur de soufre. Le chef de la police, Manuel Azuaje, déclara que tous deux étaient connus à Carora comme des jeunes gens honnêtes et qu’il lui paraissait très étrange qu’ils aient inventé une chose pareille. Keyhoe, écrivant en 1955 à partir des documents de l’APRO, ajouta qu’un camionneur avait vu un disque lumineux s’élever de l’endroit, que l’histoire avait semé un début de panique à Carora, que les garçons avaient été incarcérés et qu’une commission de médecins et de psychiatres était venue de Caracas. Soumis à un long interrogatoire de police, écrivait-il, ils auraient rétracté une partie de leur récit, mais, interrogés de nouveau par des reporters, ils affirmèrent qu’il était vrai. Le texte de 2016 va ensuite bien au-delà de ce que le télégramme d’une seule nuit pouvait savoir. Il raconte que les garçons furent remis au capitaine Julio Chacón, chef local de la Seguridad Nacional, qui traita d’abord l’histoire de farce et les interrogea séparément, et qu’à la fin les enquêteurs furent convaincus qu’ils avaient vu une soucoupe volante. Joe, dans une lettre confidentielle à Lorenzen, écrivit que la Seguridad Nacional avait tenté de faire taire les garçons et qu’ils continuaient à dire la vérité malgré ses menaces.

Une rue goudronnée tranquille bordée de maisons coloniales de plain-pied peintes en blanc, ocre et bleu, aux fenêtres grillagées, menant à une église blanche avec un clocher et une coupole sous un ciel bleu, un grand arbre débordant en haut à gauche.
Le centre colonial de Carora et son église paroissiale San Juan Bautista, en 2016. Les deux jeunes chasseurs furent conduits cette nuit-là à la caserne de police de la ville. Photo : José Ocanto, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons ; redimensionnée. Source de l’image · CC BY-SA 4.0 · José Ocanto

Sources: En Venezuela: el caso Petare, el más extraño de los avistamientos / Otro caso similar: Carora 1954The Flying Saucer Conspiracy, chapitre « Angel’s Hair »UFOs: A History, 1954 November–December, Supplemental Notes

Sains d’esprit, ou faibles d’esprit

Le verdict des médecins dépend de qui le rapporte. Le bulletin de janvier de l’APRO affirma que les garçons avaient été examinés par des psychiatres et « jugés sains d’esprit, des jeunes gens responsables », et Keyhoe écrivit qu’un psychiatre avait déclaré au représentant de l’APRO que la commission les avait trouvés « parfaitement sains d’esprit et en bonne santé ». González Ganteaume faisait valoir qu’aucun jeune ouvrier ne briserait un fusil coûteux pour monter un canular. Mais le 18 décembre 1954, l’Amigoe di Curaçao publia une brève venue de Caracas sous le titre « Zwakken van geest zagen vliegende schotel », des faibles d’esprit ont vu une soucoupe volante : deux jeunes Vénézuéliens qui avaient fait sensation en affirmant s’être battus avec des nains sortis d’une soucoupe avaient été examinés à la clinique psychiatrique de Barquisimeto, qui avait établi qu’ils étaient déficients mentaux, et tous deux maintenaient leur récit. La brève ne nomme personne, mais les détails correspondent à Flores et Gómez, et c’est le seul constat clinique de la presse conservée, bien que d’autres journaux, tels que Joe les traduisit, aient décrit les garçons « en parfaite santé ». Les récits ultérieurs ne firent qu’amplifier la bagarre. En 1968, la Crónica de Buenos Aires montrait les garçons brisant « las escopetas y un hacha », des fusils et une hache, sur des petits hommes durs comme la pierre, puis soignés à l’hôpital de Carora.

Sources: APRO Bulletin, vol. 3 no 4 : « South American Issue » (« Hairy Dwarves in Venezuela » et commentaire)The Flying Saucer Conspiracy, chapitre « Angel’s Hair »Flying Saucers: The Startling Evidence of the Invasion from Outer SpaceZwakken van geest zagen vliegende schotelUFOs: A History, 1954 November–December, Supplemental NotesTambién en Venezuela (encadré)

Jesús Paz, près du parc

La troisième agression, selon l’APRO, eut lieu le soir où le président Eisenhower déclara en conférence de presse que les soucoupes volantes ne venaient pas de l’espace, soir que le bulletin datait du 16 décembre (la conférence de presse avait eu lieu le 15). Jesús Paz et deux amis avaient dîné dans un restaurant de San Carlos et rentraient en voiture quand, près du parc des expositions du ministère de l’Agriculture, Paz demanda au conducteur de s’arrêter et passa derrière des buissons. Ses amis entendirent « un cri perçant qui leur fit littéralement dresser les cheveux sur la tête », coururent jusqu’à l’endroit et le trouvèrent inconscient sur le sol, à temps pour voir un nain velu courir vers « un engin plat et brillant » en suspension à quelques pieds de hauteur. L’un d’eux, Luis Mejía, membre de la Garde nationale, chercha son arme, se rappela qu’il l’avait laissée à la caserne et lança une pierre à la place, tandis que l’engin s’élevait dans « un bourdonnement assourdissant ». Paz passa la nuit à l’hôpital, en état de choc, avec « plusieurs griffures larges, longues et profondes sur le flanc droit et le long de la colonne vertébrale, comme si un animal sauvage l’avait lacéré ». L’APRO recensa ensuite une rencontre « de Zulia », González Ganteaume l’appela « la rencontre de Zulia », et Creighton la situa à San Carlos del Zulia, au sud du lac de Maracaibo. Aucun article de la presse vénézuélienne sur l’affaire Paz n’a été retrouvé.

Sources: APRO Bulletin, vol. 3 no 4 : « South American Issue » (« Hairy Dwarves in Venezuela » et commentaire)APRO Bulletin, vol. 3 no 5 (le médecin témoin ; les reporters américains à Caracas)Situation Red: The UFO SiegeMiddle American Creature Reports (avec Brian Stross sur l’ihk’al tzeltal)Flying Saucers: The Startling Evidence of the Invasion from Outer Space

Le jockey de la cimenterie

Au petit matin du 19 décembre, selon l’APRO, José Parra, jockey de 18 ans originaire de Valencia, fit irruption dans les bureaux de la Seguridad Nacional, la police politique, « en hurlant, sans sa chemise ». Il était allé courir sur la grand-route pour perdre une ou deux livres quand, près d’une cimenterie, il vit six petits hommes, « tous très velus », arracher des blocs de pierre au bord de la route et les charger dans un engin en forme de disque qui flottait à moins de neuf pieds du sol. Quand il se retourna pour courir chercher de l’aide, l’un d’eux pointa sur lui un appareil émettant une lumière violette, et il resta paralysé tandis qu’ils sautaient à bord et que l’engin disparaissait dans le ciel. Les inspecteurs envoyés sur place, selon l’APRO, trouvèrent des traces qu’ils ne purent identifier ni comme humaines ni comme animales, et une heure après l’aventure de Parra, un disque vivement éclairé fut vu en suspension à quelques pieds du sol près du sanatorium antituberculeux de Bárbula, à Valencia, par deux employés, à des moments différents de la nuit. Les notes de Joe situent la course de Parra à dix heures la veille au soir, ce qui laisse des heures inexpliquées avant son arrivée à la police. El Nacional publia son histoire, soulignait Joe, sans la tourner en ridicule.

Illustration peinte montrant un coureur observant six petites silhouettes velues près d’un disque en suspension à côté d’une cimenterie ; plusieurs portent des pierres et l’une tient une lumière violette.
Ce n’est pas une vraie photo. Illustration inspirée du récit de l’APRO concernant José Parra près de Valencia : des êtres velus chargeant des rochers et une lumière violette. Les apparences, l’usine et la mise en scène sont des choix artistiques, et ne constituent pas des preuves historiques. Source de l’image

Sources: APRO Bulletin, vol. 3 no 4 : « South American Issue » (« Hairy Dwarves in Venezuela » et commentaire)UFOs: A History, 1954 November–December, Supplemental NotesFlying Saucers: The Startling Evidence of the Invasion from Outer Space

Vénus, ballons et Martiens en parade

Les sceptiques répondirent dans les mêmes pages. Antonio Ornés, qui travaillait depuis quatorze ans à l’observatoire Cagigal de Caracas, déclara aux reporters que toutes ces lumières étaient la planète Vénus, alors bien visible depuis Caracas, et qu’il ne croirait aux soucoupes que lorsqu’il en verrait une et la prendrait en photo ; l’urbaniste Luis Roche évoqua des ballons à hydrogène lâchés par des farceurs locaux « pour rompre l’ennui de notre vie quotidienne ». À la fin du mois, les nains étaient devenus une plaisanterie autant qu’une crainte. Le 28 décembre, jour du Día de los Inocentes, l’équivalent vénézuélien du 1er avril, un commerce de Puerto La Cruz fit défiler deux « marcianos » costumés et un « platillo volador » dans la ville et dans la voisine Barcelona, où, au pied de la statue d’Anzoátegui, ils déclarèrent au correspondant local qu’ils venaient de Mars pour une tournée d’« inspección ». Des centaines de personnes les suivirent dans les rues.

Sources: Venezuela ziet vliegende schotels: Tomás Betancourt valt marsmannetje aanEn los cielos, como carros de fuego (numéro anniversaire)Platillo volador con sus marcianos hizo recorrido por calles

Le médecin qui avait tout vu

Le détail le plus souvent répété de l’affaire de Petare n’apparaît dans aucune source de 1954. En avril 1955, l’APRO Bulletin annonça « un dénouement saisissant » : un médecin vénézuélien réputé, dont l’APRO connaissait le nom mais le taisait, avait débouché dans la rue pendant la bagarre et « s’était empressé de quitter les lieux aussi vite que possible », sans rien dire jusqu’à ce qu’on l’appelle pour soigner « deux autres personnes qui avaient eu affaire aux mystérieux petits bipèdes velus » ; il avait ensuite été invité aux États-Unis pour faire une déposition, ce qui prouvait aux yeux de l’APRO que l’armée de l’air était « parfaitement au courant des événements ». Sur la même page, l’APRO laissait entendre un intérêt plus large, en notant que des reporters de Business Week, de United Press et de la North American Newspaper Alliance s’étaient tous trouvés à Caracas « par coïncidence » deux jours après Petare. Dans les livres de Lorenzen, le médecin devint « l’un des médecins qui avaient examiné Flores et Gomez », alors que Carora se trouve à quelque 350 kilomètres de Caracas ; Gordon Creighton et Antonio Ribera en firent l’un des médecins qui avaient soigné González et Ponce et leur avaient avoué avoir vu la scène en rentrant d’une visite de nuit ; Frank Edwards le faisait « rouler derrière Gonzales ». Deux autres personnages se cachent peut-être sous la légende : le médecin anonyme qui vit des petits hommes à La Floresta et, dans un récit vénézuélien des environs de 2002, un « Dr » Julio Garcés, laborantin à l’hôpital Pérez de León de Petare, qui dit être passé en voiture devant Bella Vista juste après deux heures ce dimanche-là, avoir entendu des cris de terreur et n’avoir rien vu.

Sources: APRO Bulletin, vol. 3 no 5 (le médecin témoin ; les reporters américains à Caracas)Flying Saucers: The Startling Evidence of the Invasion from Outer SpaceMiddle American Creature Reports (avec Brian Stross sur l’ihk’al tzeltal)“Platillos volantes” en Iberoamérica y EspañaFlying Saucers—Serious Business, chapitre « Who’s Driving? »URECAT-000061: Petare, Venezuela, November 29, 1954

Dans les livres

L’APRO déplorait qu’aucun journal américain ne reprenne les histoires vénézuéliennes (la lettre de Waco de février 1955 fut une rare exception), et les nains velus atteignirent le public anglophone par ses bulletins et par les livres qui s’en inspirèrent. Dès 1965, Anatomy of a Phenomenon de Jacques Vallée comptait au moins quatre signalements de « nains velus » en Amérique du Sud. Donald Keyhoe les raconta en 1955 dans The Flying Saucer Conspiracy, tout en admettant que « certains des récits vénézuéliens sonnaient aussi de manière suspecte ». Coral Lorenzen qualifia l’affaire Paz de « l’un des premiers récits crédibles de contact avec des occupants d’ovnis » et se demanda si les nains velus n’étaient pas des êtres d’un rang inférieur « réquisitionnés » ; dans la typologie ultérieure des Lorenzen, « les petits êtres velus, d’allure animale, griffus et colériques semblent être des travailleurs subalternes ». Elle publia aussi la lettre inédite d’un lecteur vénézuélien au magazine Time, qui suggérait que si l’on revoyait des bipèdes velus arracher des blocs de pierre au bord des routes, ce devaient être des pilotes de l’US Air Force « envoyés par Quarles » (Donald Quarles, secrétaire américain à l’Air Force) « pour recueillir des échantillons de terre et de roches vénézuéliennes ». Jacques Vallée inscrivit les affaires au catalogue de Passport to Magonia, un livre qui rapprochait les nains velus des récits modernes des farfadets du Poitou, petits hommes « très noirs et velus » qui vivaient dans des grottes ; Gordon Creighton les rattacha à l’ihk’al, le petit ravisseur volant, noir et velu des croyances mayas tzeltal et tzotzil, le Venezuela étant « très proche du foyer traditionnel de l’ihk’al ». Frank Edwards donna au nain de Petare des yeux « comme des yeux de chat jaunes » et des mains palmées aux griffes d’un pouce de long, et fit tomber Paz sur une créature velue « qui examinait les fleurs ».

Sources: APRO Bulletin, vol. 3 no 4 : « South American Issue » (« Hairy Dwarves in Venezuela » et commentaire)The Flying Saucer Conspiracy, chapitre « Angel’s Hair »Flying Saucers: The Startling Evidence of the Invasion from Outer SpaceEncounters with UFO Occupants (d’abord paru sous le titre Flying Saucer Occupants, 1967)Passport to Magonia: From Folklore to Flying Saucers, cas 344 à 357 du catalogueAnatomy of a PhenomenonMiddle American Creature Reports (avec Brian Stross sur l’ihk’al tzeltal)Flying Saucers—Serious Business, chapitre « Who’s Driving? »

De Petare à Hopkinsville

La vague atteignit les États-Unis l’été suivant par un autre chemin. Quand la famille Sutton, à Kelly, dans le Kentucky, signala en août 1955 que de petits lutins lumineux assiégeaient sa ferme, l’APRO conclut que l’expression des journaux, « petits hommes verts », devait venir de « quelqu’un qui connaissait les faits concernant les nains verts d’Amérique du Sud », bien qu’aucun témoin vénézuélien n’ait dit les nains verts, et que la ressemblance renforçait les deux histoires. Ted Bloecher, présentant en 1978 l’étude sur Kelly qu’il avait menée avec Isabel Davis, écrivit que six récits vénézuéliens, « riches en détails circonstanciels — le genre de détails qui ne viennent pas à l’esprit d’un menteur délibéré ou d’un mystificateur », étaient d’un réalisme troublant, et que s’ils étaient vrais, « il faudrait peut-être réexaminer les histoires européennes ». Le sceptique Martin Kottmeyer releva un autre enchaînement : Betty Hill, dont le récit d’enlèvement de 1961 avec son mari Barney servit de modèle à ceux qui suivirent, avait lu le livre de Keyhoe avant les cauchemars qui suivirent leur observation, et, dans le récit de Carora que donne ce livre, quatre petits hommes tentent de traîner un jeune homme vers leur engin. En 1978, une bande dessinée de Golden Press, UFO Encounters, mit en images les histoires de Petare, de Carora et de Paz. En 1996, le Field Guide to Extraterrestrials de Patrick Huyghe classait l’être de Petare parmi les « mammifères velus » et notait que les nains velus si souvent signalés dans les années 1950 « sont plutôt rares dans les récits contemporains ».

Sources: APRO Bulletin, novembre 1955 (sur les « little green men » de Hopkinsville)Close Encounter at Kelly and Others of 1955Entirely UnpredisposedThe Flying Saucer Conspiracy, chapitre « Angel’s Hair »UFO Encounters (« The Saucers Strike at South America » et « Incident in the Park »)The Field Guide to Extraterrestrials

Petare se souvient

Au Venezuela, l’histoire devint une légende nationale à part entière. L’astronome F. Aniceto Lugo la reprit en 1959 dans son livre Los visitantes del espacio, et Horacio González Ganteaume, qui passa dans l’émission de télévision Reportaje Universal, rassembla toute la vague dans Platillos voladores sobre Venezuela en 1961. En 1994, le groupe de heavy metal vénézuélien Gillman mit « El extraño caso de Petare » sur son album Escalofrío, à côté de chansons sur El Silbón et La Sayona, les fantômes siffleur et gémissant du folklore vénézuélien, et sur le conquistador Lope de Aguirre. Le numéro anniversaire d’El Nacional, en 2000, citait le rapport de police selon lequel la créature « pesait dans les 50 kilos » et avait « des bras avec des mains comme des armes tranchantes ». Vers 2002, un auteur nommé Gabriel Gutiérrez publia un long récit, présenté comme le rapport de police, qui se trouve derrière bien des versions hispanophones circulant sur le web : la plaque d’immatriculation de la camionnette, un commandant Jesús Antonio Yanes jugeant l’événement extrêmement insolite, Cherchi déclarant « s’ils disent qu’ils ont vu quelque chose, je les crois », une sphère de deux mètres de diamètre à deux hublots et une coupole, flottant à un demi-mètre au-dessus de la rue, une créature aux mains comme quatre griffes acérées et à la peau de rhinocéros, et un chœur de voisins qui avaient vu la lumière, entendu un sifflement ou une explosion, ou regardé la police fouiller les rues. L’essentiel n’a pu être rattaché à aucun journal de 1954, même si le suivi d’El Universal faisait bien état des doutes de Cherchi sur la folie de González et d’une détonation au petit matin.

Un clocher colonial rose et blanc coiffé d’une coupole blanche, s’élevant parmi des arbres verts devant un flanc de colline rocheux entaillé, avec des immeubles d’habitation sur la crête au-dessus et des maisons basses au premier plan.
Le clocher de l’église du Dulce Nombre de Jesús, sur la place coloniale de Petare, en 2009, avec les tours d’habitation du Grand Caracas à l’arrière-plan. Le tronçon exact de la Calle Bella Vista où la camionnette s’arrêta n’a pas été identifié. Photo : Fev, versée dans le domaine public, via Wikimedia Commons ; redimensionnée. Source de l’image

Sources: OVNIS en Caracas (1953)“Platillos volantes” en Iberoamérica y EspañaURECAT-000061: Petare, Venezuela, November 29, 1954En los cielos, como carros de fuego (numéro anniversaire)Escalofrío, titres « Relato de El Extraño Caso de Petare » et « El extraño caso de Petare »FIRSTHUMCAT: Catálogo de los primeros casos de humanoides

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Sources et entretiens

Les sources conservent leur langue d’origine ; leurs titres et descriptions sont traduits.

Platillo Volador Aterrizo en VenezuelaArubaanse Courant, Oranjestad, Aruba · 1er décembre 1954, p. 4 · Reprise d’El Universal (Caracas) et de la déclaration du service de presse de la police · Biblioteca Nacional Aruba, Internet ArchivePlatillos voladores todavía vuelen en VenezuelaArubaanse Courant, Oranjestad · 2 décembre 1954 · Sur le pilote de la Taca Luis Felipe Toro · Biblioteca Nacional Aruba, Internet ArchiveDépêche d’agence, « Caracas, 6 (AL) »La Nación, Santiago du Chili · 7 décembre 1954 · Internet ArchiveFantástico relato sobre el aterrizaje de un plato voladorEl Diario, La Paz, Bolivie · 11 décembre 1954 · Dépêche AL, « Caracas, 9 » · Internet ArchiveVenezuela maakt zich druk om de vliegende schotelsAmigoe di Curaçao, Willemstad · 11 décembre 1954 · Internet ArchiveVenezuela ziet vliegende schotels: Tomás Betancourt valt marsmannetje aanAmigoe di Curaçao, Willemstad · 17 décembre 1954, une · Citant The Caracas Journal · Internet ArchiveZwakken van geest zagen vliegende schotelAmigoe di Curaçao, Willemstad · 18 décembre 1954 · Internet ArchiveEl Cubano Gustavo González Asegura que Luchó con un Marciano Cerca de CaracasEl Diario, La Paz, Bolivie · 27 décembre 1954 · Dépêche SICO depuis Caracas · Internet ArchivePlatillo volador con sus marcianos hizo recorrido por callesArubaanse Courant, Oranjestad · 29 décembre 1954 · Biblioteca Nacional Aruba, Internet ArchiveAPRO Bulletin, vol. 3 no 3 (« Deadline Dope » : le récit de Petare)Aerial Phenomena Research Organization, Alamogordo · Daté du 15 novembre 1954, expédié en décembre · Internet Archive (exemplaire du CUFOS)APRO Bulletin, vol. 3 no 4 : « South American Issue » (« Hairy Dwarves in Venezuela » et commentaire)Aerial Phenomena Research Organization · 15 janvier 1955 · Internet Archive (exemplaire du CUFOS)APRO Bulletin, vol. 3 no 5 (le médecin témoin ; les reporters américains à Caracas)Aerial Phenomena Research Organization · Avril 1955 · Internet ArchiveAPRO Bulletin, novembre 1955 (sur les « little green men » de Hopkinsville)Aerial Phenomena Research Organization · Novembre 1955 · Internet Archive (exemplaire du CUFOS)The Flying Saucer Conspiracy, chapitre « Angel’s Hair »Donald E. Keyhoe · Henry Holt, New York, 1955 · Internet ArchiveEx-Wacoan in Venezuela Relates Saucer Saga ThereMary Louise Edgar · Waco Tribune-Herald, 13 février 1955 · Coupure et transcription par Patrick Gross, UFOs at close sightSituation Red: The UFO SiegeLeonard H. Stringfield · Doubleday, 1977 · Citant Horacio González Ganteaume dans Orbit (CRIFO), mars 1956 · Internet Archive“Platillos volantes” en Iberoamérica y EspañaAntonio Ribera · Pomaire, Barcelone, 1969, p. 394–398 · Citant F. Aniceto Lugo, Los visitantes del espacio (Buenos Aires, 1959) · Internet ArchiveAnatomy of a PhenomenonJacques Vallée · Henry Regnery, Chicago, 1965 · Internet ArchiveFlying Saucers: The Startling Evidence of the Invasion from Outer SpaceCoral E. Lorenzen · Signet, New York, 1966 (version augmentée de The Great Flying Saucer Hoax, 1962) · Internet ArchiveFlying Saucers—Serious Business, chapitre « Who’s Driving? »Frank Edwards · Lyle Stuart, New York, 1966 · Internet ArchiveEncounters with UFO Occupants (d’abord paru sous le titre Flying Saucer Occupants, 1967)Coral et Jim Lorenzen · Berkley, New York, 1976 · Internet ArchiveMiddle American Creature Reports (avec Brian Stross sur l’ihk’al tzeltal)Gordon Creighton · Flying Saucer Review, vol. 14 no 3, mai–juin 1968 · Internet ArchivePassport to Magonia: From Folklore to Flying Saucers, cas 344 à 357 du catalogueJacques Vallée · Henry Regnery, Chicago, 1969 · Exemplaire Internet Archive de la réédition Contemporary Books de 1993Close Encounter at Kelly and Others of 1955Isabel Davis et Ted Bloecher · Center for UFO Studies, Evanston, 1978 · Internet ArchiveUFO Encounters (« The Saucers Strike at South America » et « Incident in the Park »)Golden Press / Western Publishing, 1978 · Internet ArchiveEntirely UnpredisposedMartin Kottmeyer · Magonia no 35, janvier 1990 · Internet ArchiveThe Field Guide to ExtraterrestrialsPatrick Huyghe · Avon, New York, 1996 · Internet ArchiveEscalofrío, titres « Relato de El Extraño Caso de Petare » et « El extraño caso de Petare »Gillman · Venezuela, 1994 · Fiche de l’album sur MusicBrainzEn los cielos, como carros de fuego (numéro anniversaire)Sara Maineiara Montiel · El Nacional, Caracas, 3 août 2000 · Traduction anglaise de Patrick Gross, UFOs at close sightUFOs: A History, 1954 November–DecemberLoren E. Gross · Fremont, Californie · Archives du Sign Oral History Project (PDF)UFOs: A History, 1954 November–December, Supplemental NotesLoren E. Gross · Fremont, Californie, 2002 · D’après les dossiers de l’APRO et du NICAP, avec des traductions d’El Universal · Archives du Sign Oral History Project (PDF)URECAT-000061: Petare, Venezuela, November 29, 1954Patrick Gross · UFOs at close sight · Seize versions comparées, dont le récit de la déclaration de police par Gabriel Gutiérrez (vers 2002)En Venezuela: el caso Petare, el más extraño de los avistamientos / Otro caso similar: Carora 1954NOUFA – Noticiero Ufológico Autónomo (Chili), no 45 · 30 octobre 2016 · Reproduit le télégramme du correspondant d’El Nacional à Carora daté du 9 décembre 1954 · Internet ArchiveFIRSTHUMCAT: Catálogo de los primeros casos de humanoidesCuadernos de Ufología, 3e série, no 31, p. 138–139 · Internet ArchiveTambién en Venezuela (encadré)Crónica, Buenos Aires · 14 octobre 1968 · Internet ArchiveOVNIS en Caracas (1953)Blog du Museo del Transporte de Caracas · Mai 2016 · Sur Horacio González Ganteaume et la presse sous la dictature

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