Un contremaître dans une ville nouvelle
En 1979, Livingston n’avait pas encore vingt ans : ville nouvelle créée en 1962 et tracée sur les terres agricoles du West Lothian, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Édimbourg, elle comptait encore parmi ses espaces verts beaucoup de jeunes plantations forestières. Robert David Taylor en entretenait une bonne partie. Né le 25 juillet 1918 près de Pitlochry, il avait travaillé la terre toute sa vie en Écosse et, depuis seize ans, pour la Livingston Development Corporation, dont il était le contremaître forestier. Il avait 61 ans, était marié à Mary et vivait au 4 Broomieknowe Drive, dans le quartier de Deans, avec Lara, sa chienne setter irlandais. Steuart Campbell, l’architecte d’Édimbourg qui enquêta sur l’affaire pour la British UFO Research Association (BUFORA), le jugea « honnête et responsable, pas le genre d’homme à inventer une histoire ou à faire une farce », un homme d’un « tempérament flegmatique » qui réagit à son expérience « comme s’il s’agissait d’un simple accident de la route ». Il avait entendu parler des soucoupes volantes et ne s’y intéressait pas. The Economist, dans sa nécrologie, le dépeignit avec « une épaisse brosse de cheveux blancs et un visage buriné d’homme du grand air », dans une maison qui comptait très peu de livres.
Sources: Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1Robert TaylorThe UFO sighting investigated by the police
Là où deux layons se croisaient
Le vendredi 9 novembre fut une journée froide et âpre. La station météorologique de l’aéroport d’Édimbourg, à huit milles à l’est, releva environ trois degrés à dix heures, un léger vent d’ouest-sud-ouest et une averse de neige fondue dans l’heure précédente. Taylor prit son travail à 7 h 45 aux pépinières de Rosebank, emmena une équipe dans un bois près de Bellsquarry, remplit quelques feuilles de présence, fit le plein de son pick-up Bedford et rentra prendre son petit déjeuner. Vers dix heures dix, selon sa propre déposition, il se rendit en voiture à Woodlands Park, puis s’enfonça dans les bois de Dechmont, les plantations qui enveloppent le flanc nord de Dechmont Law, pour vérifier les clôtures et les barrières. Il laissa le véhicule sur un chemin et continua à pied avec la chienne ; le bruit de l’autoroute Édimbourg–Glasgow, à deux ou trois cents yards au nord, était étouffé par les conifères. Là où son layon, une piste herbeuse coupe-feu tracée à travers la plantation, croisait un layon transversal, s’ouvrait une clairière. « Comme je sortais des arbres et entrais dans la clairière », déclara-t-il à la police, « j’ai vu cet objet devant moi. » Il situa l’heure vers 10 h 30 ; Campbell, en reconstituant la matinée, l’estima plutôt à 10 h 15.

Sources: Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1The UFO sighting investigated by the policeRobert Taylor
Le dôme qui ne cessait de disparaître
« Il faisait environ 30 pieds de haut, mais pas autant que les arbres », poursuit sa déposition à la police. « Il était de couleur grise, bien que j’aie eu l’impression que le haut de la forme en dôme passait continuellement du gris au translucide. Le haut de l’objet était en forme de dôme et il y avait autour du milieu un rebord sur lequel se trouvaient plusieurs antennes surmontées d’objets semblables à des rotors. Il y avait aussi plusieurs ouvertures rondes, genre hublots, sur la forme en dôme au-dessus du rebord. Je ne sais pas à quoi ressemblait le dessous de l’objet. » En parlant plus tard avec Campbell, il donna des chiffres plus modestes : environ six mètres de diamètre et quatre de haut, l’objet suspendu, silencieux et immobile, juste au-dessus de l’herbe, d’un gris sombre, avec une texture de toile émeri. Cette surface ne tenait pas en place. Par plaques, d’abord à un endroit puis à un autre, elle perdait son grain et devenait lisse et brillante, si bien que Taylor, écrivit The Economist, « pouvait voir les sapins à travers, comme s’il essayait de se camoufler ». Il ne sut jamais avec certitude si l’objet était devenu transparent ou s’il s’était simplement mis à refléter les bois comme un miroir. Sur le rebord se dressaient, à intervalles réguliers, des tiges portant des formes semblables à des hélices ou à des nœuds papillon, et elles ne tournaient pas. Au Glasgow Herald, quatre jours plus tard, il dit simplement : « J’étais hypnotisé. »
Sources: Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1Robert Taylor
Les mines marines
Puis deux objets plus petits sortirent de sous le dôme, ou de derrière lui, trop vite pour qu’il pût dire d’où, et foncèrent vers lui à travers l’herbe. « Ces objets avaient la forme de mines marines, avec environ 6 pattes fixées dessus », déclara-t-il à la police. « Ces sphères ont roulé vers moi d’une patte sur l’autre et elles sont arrivées toutes les deux à mes côtés. » Elles avaient le même gris, la même texture de papier de verre, et il dit plus tard à Campbell qu’elles mesuraient peut-être entre un demi-mètre et un mètre de diamètre. Chaque fois qu’une pointe touchait le sol, elle produisait un bruit de succion, une sorte de « plop » ; invité plus tard à le reproduire, il convint que cela ressemblait au bout d’un tuyau d’aspirateur posé sur l’herbe. Elles se postèrent de part et d’autre de lui. « À ce moment-là, j’ai senti une odeur forte et âcre, suffocante. Bien que je sois en train de sombrer dans l’inconscience, j’ai senti qu’on m’empoignait de chaque côté des jambes, en haut des cuisses. J’ai aussi senti une pression sous mon menton et une sensation de brûlure au menton. » Il raconta à Campbell qu’il s’était senti tiré en avant, vers le dôme, ses bottes en caoutchouc traînant sur le sol tandis qu’il résistait, et que l’odeur rappelait celle de garnitures de freins brûlées. Suffoquant, il tomba en avant et perdit connaissance.
Sources: Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1Close Encounter in Scotland
À moitié rampant, à moitié titubant
« Ce dont je me souviens ensuite, c’est d’un bruit de souffle et de ma chienne, qui courait dans les arbres en aboyant », poursuit sa déposition. Il ne put dire si ce souffle était venu avant qu’il ne s’évanouisse ou après son réveil. Quand il rouvrit les yeux, la clairière était vide. Lara tournait autour de lui en aboyant furieusement, et quand il voulut la calmer, il s’aperçut qu’il n’avait plus de voix. Ses jambes ne le portaient plus ; il remonta donc le chemin à quatre pattes, puis marcha d’un pas mal assuré jusqu’au véhicule. Il prit la radio émetteur-récepteur pour appeler le dépôt et ne put pas prononcer un mot. Il tenta de faire marche arrière, ne parvint pas à coordonner ses mains et ses pieds et fit sortir le pick-up du chemin, dans un terrain meuble où il s’enlisa. Il rentra donc chez lui à pied par un raccourci à travers champs et bois, plus d’un mille selon la mesure faite plus tard par Campbell, et sa voix lui revint en chemin. Campbell, en remontant le temps à partir d’une rencontre vers 10 h 15 et en chronométrant chaque étape du trajet, estima qu’il était resté inconscient une vingtaine de minutes. Chez lui, il souffrit pendant des heures d’un mal de tête frontal, d’une brûlure au menton et de nausées, avec le goût de l’odeur encore dans la bouche et une soif qui dura deux jours.
Sources: Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1The UFO sighting investigated by the police
« Non, un truc de vaisseau spatial »
Mary Taylor le vit par la fenêtre de la cuisine vers 11 h 15, remontant la rue. « Il est entré dans la maison et je lui ai dit : “Qu’est-ce qui s’est passé ?”, en pensant qu’il y avait eu un accident », déclara-t-elle à la police. « Il avait le visage sale, et ses vêtements aussi. Il a dit : “Non, j’ai été attaqué.” J’ai dit : “Par des hommes ?” Il a dit : “Non, un truc de vaisseau spatial.” Je lui ai dit : “Ça n’existe pas, et je vais appeler le médecin.” » Il ne voulut pas du médecin. Il parlait sans cesse de l’odeur, qu’elle ne sentait pas, et demanda un bain. Elle le lui fit couler et téléphona à son patron, Malcolm Drummond, responsable des aménagements paysagers et forestiers de la corporation, qui vint à la maison, puis monta jusqu’aux bois, trouva le véhicule abandonné et ne trouva rien d’autre. Le médecin de famille, Gordon Adams, du centre de santé de Blackburn, arriva vers midi et trouva son patient habillé et soigné, assis sur le canapé. « Il m’a dit que je ne croirais pas son histoire. » Adams constata une éraflure à la cuisse gauche et une éraflure à peine visible sous le menton, une température et une tension normales et aucun signe de traumatisme crânien, et l’envoya à l’hôpital général de Bangour pour une radiographie du crâne et un entretien avec un psychiatre. Mary, pendant ce temps, découvrit que son pantalon était déchiré des deux côtés, juste sous les poches.
Sources: Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1
« Des empreintes très marquées »
Drummond était déjà monté une fois aux bois et n’y avait trouvé que le véhicule embourbé. Taylor insistait maintenant : la chose était lourde et avait dû laisser des marques. Avec la permission du médecin, il conduisit Drummond jusqu’à la clairière elle-même. Là, où il disait que le dôme s’était tenu, deux traces parallèles étaient imprimées dans l’herbe haute, entourées d’une série de trous frais. Drummond, qui s’était montré « très sceptique », déclara au West Lothian Courier avoir été « stupéfait de trouver des empreintes très marquées à cet endroit. On aurait dit qu’un bulldozer avait été posé puis soulevé de là, sans aucune trace menant aux marques ou en partant ». Il fit clôturer l’endroit par le service des domaines de la corporation. Puis il téléphona à la police. L’ambulance arriva vers une heure. À Bangour, après avoir attendu quelque deux heures sans voir de médecin, Taylor signa lui-même sa sortie. Plus tard dans la journée, Mary et lui partirent pour Keswick, dans le Lake District anglais, où vivait sa fille, pour une visite prévue à l’avance. Il se trouva ainsi injoignable quand l’histoire éclata. Le soir même, un journaliste du Glasgow Herald appela Campbell avec une version déformée : un ouvrier forestier de Livingston attaqué par de « petites créatures à fourrure » sorties d’un vaisseau transparent. Taylor n’avait rien décrit de tel.
Sources: Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1Scotland’s Socorro: the Dechmont Robert Taylor UFO, 1979
Une affaire d’agression par un objet non identifié
La police de Lothian and Borders n’avait jamais eu affaire à rien de semblable, et elle traita l’affaire comme n’importe quelle agression présumée. L’inspecteur MacDonald, de la police judiciaire, conduisit des agents à la clairière à deux heures de l’après-midi ; l’agent William Douglas mesura et dessina le site et fouilla les bois à la recherche de traces de grue ou de véhicule, et l’agent de police judiciaire Ian Wark, de Bathgate, photographia et mesura les marques. Des agents examinèrent le Bedford au dépôt et n’y trouvèrent aucune trace d’accident, ni rien à bord « qui puisse dégager des vapeurs susceptibles de provoquer des hallucinations ». Le dimanche soir, une fois Taylor rentré de Keswick, Douglas recueillit sa déposition et ses vêtements. Le 12 novembre, Wark remit le pantalon, le caleçon long, les pulls, le maillot de corps et les chaussettes au laboratoire de police scientifique de la force, à Édimbourg, dont le rapport, L615/79, était intitulé « Affaire d’agression par un objet non identifié ». Les lecteurs de journaux de toute la Grande-Bretagne découvrirent l’affaire ce week-end-là, et dans les jours suivants la police fut citée avec une rare bienveillance. « M. Taylor est une personne tout à fait respectable, et son intégrité ne fait aucun doute », déclara un porte-parole au West Lothian Courier ; « Cet homme a assurément vu quelque chose », dit un autre au Daily Record. Le Telegraph y verrait, dans la nécrologie de Taylor, « le seul exemple d’observation d’extraterrestres devenue l’objet d’une enquête criminelle ». Quarante ans plus tard, Wark déclara à la BBC : « Il faudrait que je le voie moi-même pour le croire. » Mais il avait interrogé Taylor à trois reprises et entendu chaque fois la même histoire. « Il croyait à ce qu’il avait vu, et il était impossible qu’il ait inventé ça. »
Sources: Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1Scotland’s Socorro: the Dechmont Robert Taylor UFO, 1979The UFO sighting investigated by the policeBob Taylor
L’homme qui ne changea jamais sa version
Les auteurs de ses nécrologies s’accordèrent à dire qu’il n’était ni un illuminé ni un homme de spectacle : il ne rechercha jamais la publicité, ne tira jamais d’argent de son histoire et s’en tint à son récit pendant les vingt-sept années qui lui restaient à vivre. Longtemps, il emporta un appareil photo chaque fois qu’il retournait à la clairière, au cas où la chose reviendrait. En 1994, alors âgé de 75 ans et se remettant d’un accident vasculaire cérébral, il dit au Guardian ce qu’il pensait de la dernière explication scientifique en date : « Je peux vous assurer que Vénus n’y était pour rien. Je suis à peu près certain que ce que j’ai vu était bien réel, un véhicule venu de l’espace. » À la veille du 25e anniversaire, en 2004, il déclara à l’Edinburgh Evening News : « Je maintiens chaque mot de mon récit de l’incident. Je l’ai raconté comme c’est arrivé et c’est aussi clair que si c’était hier. C’est la chose la plus extraordinaire qui me soit jamais arrivée. Je sais ce que j’ai vu, et ça ressemblait à un vaisseau spatial, un énorme dôme volant. » Il mourut le 14 mars 2007, à 88 ans. Son pantalon avait alors fait le tour des salles de conférence et, selon The Economist, de réunions spirites, où des médiums le manipulaient et déclaraient : « Je sens de la douleur dans ce pantalon. »
Sources: The Livingston incident: Guardian (May 1994) and Observer (June 2002) reportsI’m after the aliens that beat up BobBob TaylorRobert Taylor
Un rocher, une plaque et un sentier municipal
Vers le tournant de l’année 1992, la Livingston Development Corporation scella une plaque dans un gros rocher sur le site (Campbell la date de l’automne 1991) ; elle fut volée en quelques mois. En septembre 2018, le West Lothian Council inaugura un sentier ovni partant du côté de Deans de Dechmont Law, avec des bornes et un panneau d’information dans les bois. Le conseil présenta son dépliant comme un dossier de police « Top Secret », sous le numéro de dossier 1013, et The Scotsman le décrivit comme le seul site ovni officiellement reconnu d’Écosse. « La rencontre des bois de Dechmont est l’incident ovni présumé le plus célèbre d’Écosse », déclara Tom Conn, le conseiller municipal chargé du dossier. Malcolm Robinson, de Strange Phenomena Investigations, qui affirme avoir parcouru la clairière le lendemain et qui milita trois ans pour la création du sentier, publia pour le 40e anniversaire une étude de la longueur d’un livre consacrée à l’affaire, où il examine onze explications. La rencontre a depuis été intégrée à la légende du Falkirk Triangle, la bande du centre de l’Écosse autour de Bonnybridge, à l’ouest de Livingston, dont la vague d’observations commença en 1992. The Economist conclut sa nécrologie sur une pirouette : les extraterrestres « cherchaient simplement Bob Taylor, ou son chien, ou sa camionnette ».

Sources: Report on the investigation of the Bob Taylor encounterWest Lothian Council create ‘UFO trail’ at site of famous close encounterDechmont Law UFO trail · Case File Number: 1013TV show to probe famous Livingston UFO encounter40 years on from the Dechmont incident, author looks back at baffling flying saucer sighting near LivingstonRobert Taylor
Deux traces et quarante trous
Le dossier de police donne les marques en chiffres bruts. L’agent Douglas releva des « marques centrales » semblables à celles d’un tracteur à chenilles, « de taille uniforme », qui « indiquaient qu’un objet de plusieurs tonnes s’était trouvé là, mais rien ne montrait qu’il fût reparti en roulant ou en remorque » ; sa vaste battue sur le sol meuble, détrempé par la pluie, ne révéla aucune trace de grue. Autour d’elles se trouvaient des trous d’environ trois pouces et demi de diamètre et d’autant de profondeur, chacun muni d’un « orteil » qui s’enfonçait sous le gazon, parfois sur quatre pouces. « Il semblait n’y avoir aucune explication rationnelle à ces marques. » Wark mesura deux traces de dix pieds de long chacune sur un pied de large, espacées de sept pieds, chacune entourée de vingt trous enfoncés obliquement dans le sol. Campbell, en reportant les mesures de la police sur un plan, découvrit quelque chose de plus étrange : chaque anneau de trous penchait de manière constante dans un même sens autour de sa trace, l’un dans le sens des aiguilles d’une montre, l’autre dans le sens inverse. Les trous laissaient voir de la terre fraîche et ne portaient l’empreinte d’aucun outil. Wark, qui se souvenait d’environ 32 trous quarante ans plus tard, le formula ainsi : « Ces marques sont simplement apparues. Elles ne venaient de nulle part et n’allaient nulle part. Elles sont simplement apparues, comme si un hélicoptère ou quelque chose avait atterri depuis le ciel. » Le rapport du service d’investigation criminelle de la police (CID) ajoute la seule note qui cadre mal avec un atterrissage à dix heures et demie : de l’eau de pluie stagnait dans les traces, « ce qui laissait penser que les marques n’avaient pas été faites ce matin-là », même si l’aéroport d’Édimbourg avait enregistré une averse de neige fondue dans l’heure précédant dix heures.
Sources: Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1The UFO sighting investigated by the police
Ce dont l’herbe se souvenait
Campbell se rendit sur place le 10 novembre avec des policiers, puis de nouveau une semaine plus tard, et ce qu’il vit compliquait l’idée d’une lourde machine. Les traces en forme d’échelle étaient des barreaux d’herbe pliée net autour d’une forme carrée, chacun large et profond de deux ou trois centimètres, et un jour plus tard les brins gardaient encore cette forme. Mais le sol en dessous ne semblait pas avoir été enfoncé ni écrasé le moins du monde, et une fois que la neige eut aplati l’herbe et qu’elle eut dépéri pour l’hiver, la terre ne montrait plus aucune trace des empreintes. Rien n’était brûlé, roussi ni flétri, et l’herbe repoussa normalement en 1980. Les visiteurs n’arrangèrent rien. Quand Campbell arriva le samedi, il était clair que beaucoup de gens avaient marché sur les marques et autour, et la neige et les curieux les effacèrent bientôt ; le meilleur témoignage en est une série de photographies prises tôt le samedi matin par un amateur de la région, Alistair Sutherland, alors que le givre couvrait encore l’herbe. Un échantillon de sol prélevé dans un trou dans les jours qui suivirent, ainsi qu’un échantillon témoin pris sur une taupinière, furent confiés à un chimiste du BUFORA et à l’université de Glasgow pour une analyse par fluorescence X ; l’échantillon du trou contenait un peu plus de manganèse, de rubidium et de plomb, mais personne ne connaissait les variations locales, et le flacon se brisa dans la poste avant que l’équipe de l’association chargée des traces ait pu l’analyser correctement. Les mesures de radioactivité ne révélèrent rien d’anormal.
Sources: Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1Close Encounter in Scotland
Un pantalon au laboratoire
Les vêtements sont la pièce la plus insolite du dossier, car un laboratoire de police scientifique les examina dans le cadre ordinaire d’une enquête pour agression. Lester Knibb et Jennifer Hendry indiquèrent le 22 novembre 1979 que le pantalon présentait « une déchirure à chaque hanche », à gauche une déchirure horizontale de trois pouces rejointe par de courtes déchirures verticales, à droite une déchirure d’un pouce avec deux déchirures verticales de deux pouces, et que « les deux déchirures étaient compatibles avec le fait que le tissu ait été tiré vers le haut pendant que le pantalon était porté ». Le caleçon long présentait à la hanche gauche une déchirure en forme de S « compatible avec le fait d’avoir été faite au même moment ». Knibb déclara à Campbell que les déchirures n’avaient été faites ni par brûlure ni par coupure, ni par un point unique comme un clou ; leur largeur, rapporta Campbell, « indique une prise large », comme un tissu saisi avec des pinces et tiré brusquement vers le haut. La seule autre possibilité qu’envisagea Knibb était que celui qui le portait ait sauté vers le bas et l’ait accroché à quelque chose. Campbell refit le trajet de Taylor jusqu’à chez lui précisément pour chercher un endroit où cela aurait pu se produire, et ne trouva aucun point où il aurait dû escalader ou sauter. Une poudre blanche sur le tissu, que le laboratoire rapprochait de l’amidon de maïs, avait probablement une explication bien domestique, pensait Campbell : le pantalon était arrivé au quartier général dans l’un des sacs à provisions de Mary Taylor, qui avait peut-être contenu de la farine. Elle jeta le caleçon long ; le pantalon passa au BUFORA, puis finalement à Malcolm Robinson, qui le conserve depuis.
Sources: Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1Close Encounter in ScotlandThe UFO sighting investigated by the police
Un mirage de Vénus et une crise unique
La réflexion de Campbell lui-même fit un long chemin. En novembre 1979, pressé par les journalistes de donner un avis, il avança l’idée de la foudre en boule, et reconnut plus tard qu’il avait été difficile de résister à des intervieweurs « déterminés à obtenir de quoi remplir leurs colonnes ». En 1982, ayant constaté que « l’enquête n’a pas ébranlé le récit du témoin », il écrivit que ce récit « devrait être accepté comme vrai » et penchait encore pour un phénomène électromagnétique naturel, tandis que la médecin d’Édimbourg Patricia Hannaford suggérait une épilepsie du lobe temporal pour expliquer la perte de connaissance, l’odeur que seul Taylor avait perçue et la faiblesse qui suivit. Dans The UFO Mystery Solved (1994), il opta pour un mirage. Vénus, de magnitude −3,7, se trouvait bas au sud-est, à seulement trois degrés au-dessus de l’horizon, à l’azimut 138°, avec Mercure tout près, toutes deux cachées dans des conditions normales par la crête de Deer Hill, à un peu plus de cinq degrés ; un mirage, soutenait-il, aurait pu les soulever et les grossir en un dôme et deux boules hérissées de pointes, et ce spectacle aurait déclenché une crise d’épilepsie. « L’hypothèse du mirage explique pourquoi Taylor a subi une crise d’épilepsie au moment et à l’endroit où elle s’est produite. » Philip Mantle, du BUFORA, la jugea « convaincante jusqu’à un certain point », mais estima que « vouloir tout expliquer par cette hypothèse met quelque peu l’imagination à rude épreuve ». Les obstacles sont réels. D’après les propres chiffres de Campbell, les deux planètes se trouvaient derrière une colline en plein jour ; il admit qu’« aucune donnée de la haute atmosphère n’est disponible pour confirmer » le mirage, et celui-ci aurait dû ressembler à des objets solides à quelques yards de distance. Aucune crise ne fut jamais diagnostiquée. Taylor déclina la proposition du docteur Adams de consulter un neurologue, mais affirma aussi n’avoir jamais fait de crise ni avant ni après. La méningite mentionnée dans son dossier médical remontait à quatorze ans, même s’il avait été hospitalisé pour de violents maux de tête en juillet de cette année-là. La réponse de Wark à la théorie de l’épilepsie fut brève : « Mais alors, et les marques au sol ? »
Sources: Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1Scotland’s Socorro: the Dechmont Robert Taylor UFO, 1979The Livingston incident: Guardian (May 1994) and Observer (June 2002) reportsThe UFO sighting investigated by the police
Tuyaux, châteaux d’eau et belladone
Les marques ont suscité leurs propres explications. En 1982, Campbell nota que la compagnie des eaux avait posé des canalisations à moins de cent mètres du site, « mais leurs tuyaux et leur matériel n’avaient pas été laissés sur le site de la rencontre » ; plus tard, ayant vu des tuyaux en plastique dans un champ voisin, il suggéra que des piles de tuyaux avaient pu être entreposées dans la clairière et y laisser les traces. Aucun document attestant un entreposage de tuyaux dans la clairière n’a été publié. En 2012, un homme d’affaires de la région, John Alison, défendit l’hypothèse d’un accident ischémique transitoire, un mini-AVC, dont l’image aurait été fournie par un château d’eau en forme de dôme situé à environ deux cents yards, de l’autre côté de la M8, et suggéra que Drummond avait cherché du mauvais côté de l’autoroute ; un an plus tard, un fabricant d’enseignes de Livingston, Phill Fenton, publia une théorie semblable du château d’eau. Robinson répondit que Taylor avait toujours conduit les enquêteurs à la clairière d’origine, non à un réservoir, et qu’il avait lui-même vu les marques dans l’herbe. En 2010, l’écrivain David Slater proposa la lecture la plus baroque : la belladone, qui pousse autour de Livingston sur les bings, les terrils de l’ancienne industrie du pétrole de schiste du West Lothian, et dont l’empoisonnement provoque sécheresse de la gorge, perte de la parole et hallucinations ; le chien qui aboyait, vu en double, pour les sphères hérissées de pointes ; et la soucoupe du feuilleton Doctor Who City of Death, que la BBC diffusait cet automne-là, comme modèle du dôme. Slater la présentait comme une spéculation. Aucune de ces propositions ne rend compte de tout à la fois : la prise sur les deux hanches, les anneaux de trous obliques, et un récit qui, d’après le dossier même de la police, ne changea jamais et ramena toujours à la même clairière.
Sources: Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1Scotland’s Socorro: the Dechmont Robert Taylor UFO, 1979Author attempting to debunk Lothians UFO mysteryUFO investigator claims he has answer to one of Scotland’s greatest unexplained alien encounter mysteriesSpaceships, Spheres and the Devil’s Herb
Note sur la classification et les éléments de preuve
Cette archive classe l’affaire des bois de Dechmont comme une rencontre rapprochée du deuxième type signalée, car un témoin unique décrivit un engin et deux objets à quelques yards de distance en plein jour, et parce que la police releva l’après-midi même des marques au sol à l’endroit qu’il avait indiqué et que son laboratoire examina ses vêtements déchirés. Cette étiquette décrit le récit, non sa cause. Les éléments de preuve se composent des déclarations de Taylor, de son épouse, de son médecin, de l’agent Douglas et de l’agent de police judiciaire Wark versées au dossier de police, du rapport du CID du 7 janvier 1980, du rapport de police scientifique L615/79, des photographies de la police et de Sutherland telles que les décrit l’historique de cas publié par le BUFORA en 1982, d’un petit échantillon de sol compromis, du pantalon et des entretiens accordés à la presse en 1979. Personne d’autre ne vit les objets, la police n’a jamais communiqué ses photographies, et le site fut piétiné et recouvert de neige en l’espace d’une journée. Police Scotland a confirmé en août 2023 qu’elle détient toujours le dossier et a refusé de le communiquer. Sources examinées le 29 septembre 2026 ; nouvel examen prévu au plus tard en septembre 2028, ou si Police Scotland communique le dossier ou ses photographies.
Sources: Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1UFO sighting (Taylor), Livingston incident, Dechmont Woods encounter · FOI 23-1429
- 9 NOV 1979 · 7 H 45
Robert Taylor prend son travail aux pépinières de Rosebank, emmène une équipe à Bellsquarry, puis rentre prendre son petit déjeuner.
- VERS 10 H
Il s’enfonce avec le pick-up Bedford dans les bois de Dechmont, se gare sur un chemin et continue à pied avec sa chienne setter irlandais, Lara.
- VERS 10 H 15–10 H 30
En entrant dans une clairière sous Dechmont Law, il voit un dôme gris et silencieux muni d’un rebord ; deux sphères hérissées de pointes roulent vers lui et agrippent son pantalon ; une odeur suffocante, et il perd connaissance.
- QUELQUES MINUTES PLUS TARD
Après peut-être vingt minutes d’inconscience, selon l’estimation de Campbell, il revient à lui incapable de parler, regagne le véhicule en rampant et en titubant, ne parvient pas à se servir de la radio et embourbe le pick-up dans un terrain meuble.
- VERS 11 H 15
Mary Taylor le voit remonter la rue vers la maison, sale et épuisé : « Non, un truc de vaisseau spatial. »
- VERS MIDI
Le docteur Gordon Adams constate des éraflures à la cuisse et au menton et prescrit une radiographie du crâne à Bangour ; Taylor emmène son patron, Malcolm Drummond, à la clairière, où ils découvrent les marques.
- VERS 13 H
Taylor se rend en ambulance à l’hôpital général de Bangour et signe sa sortie au bout d’environ deux heures sans avoir été examiné.
- 14 H
L’inspecteur MacDonald, l’agent Douglas et l’agent Wark examinent, mesurent et photographient la clairière clôturée.
- SOIRÉE
Les Taylor partent pour Keswick ; un journaliste du Glasgow Herald parle de « petites créatures à fourrure » à Steuart Campbell, du BUFORA.
- 10 NOV 1979
The Scotsman, le Glasgow Herald et l’Edinburgh Evening News publient l’histoire ; Alistair Sutherland photographie les marques dans le givre ; Campbell se rend sur place avec la police.
- 11 NOV 1979
Le Sunday Express diffuse l’histoire dans toute la Grande-Bretagne ; le soir, la police recueille la déposition de Taylor et ses vêtements.
- 22 NOV 1979
Le laboratoire de police scientifique conclut que les deux déchirures du pantalon sont compatibles avec un tissu tiré vers le haut pendant qu’il était porté.
- 7 JANV 1980
Le rapport du CID conclut que des recherches approfondies n’ont rien permis d’établir sur l’origine des marques.
- MARS 1980
L’article de Campbell « Close Encounter in Scotland » paraît dans le Journal of Transient Aerial Phenomena.
- JUIL 1982
Le BUFORA publie Close Encounter at Livingston, son Case History No. 1, avec les documents de police en annexe.
- 1991–1992
La Livingston Development Corporation scelle une plaque commémorative dans un rocher sur le site ; elle est volée en quelques mois.
- 1994
The UFO Mystery Solved, de Campbell, propose un mirage de Vénus et de Mercure et une crise d’épilepsie ; Taylor affirme que Vénus n’y était pour rien.
- 14 MARS 2007
Robert Taylor meurt à 88 ans sans avoir jamais changé sa version.
- SEPT 2018
Le West Lothian Council inaugure un sentier ovni menant à la clairière, avec des bornes et un panneau d’information.
- 31 AOÛT 2023
Police Scotland confirme qu’elle détient toujours le dossier et rejette une demande d’accès à l’information visant à le rendre public.
Sources et entretiens
Les sources conservent leur langue d’origine ; leurs titres et descriptions sont traduits.
Close Encounter at Livingston · BUFORA Case History No. 1Steuart Campbell, sous la direction de Charles F. Lockwood et Leslie W. Bayer · British UFO Research Association · Juillet 1982 · Avec en annexe le rapport de police scientifique, les dépositions des policiers et des témoins, le rapport du CID et des transcriptions de presse de 1979Close Encounter in ScotlandSteuart Campbell · Journal of Transient Aerial Phenomena 1(2) · Mars 1980 · Premier compte rendu de l’affaire dans la presse ufologique, avec l’avis du spécialiste de police scientifique sur le pantalonThe UFO sighting investigated by the policeSteven Brocklehurst · BBC News Scotland · 9 novembre 2019 · Les dépositions recueillies par la police et un entretien avec l’agent de police judiciaire Ian WarkThe Dechmont Woods UFO incident, forty years onBBC News Scotland · Novembre 2019 · Reportage vidéo tourné dans la clairièreBob TaylorThe Daily Telegraph · Nécrologie · 23 mars 2007Robert TaylorThe Economist · Nécrologie · 29 mars 2007I’m after the aliens that beat up BobGareth Edwards · Edinburgh Evening News · 9 novembre 2004 · Copie d’archive · Taylor, à qui le journal donnait 87 ans, à la veille du 25e anniversaireThe Livingston incident: Guardian (May 1994) and Observer (June 2002) reportsPatrick Gross · ufologie.patrickgross.org · Compilation transcrivant l’entretien accordé par Taylor au Guardian en 1994 au sujet de la théorie de Vénus de CampbellReport on the investigation of the Bob Taylor encounterSteuart Campbell · 1994 · Republié par UFO Evidence · Synthèse ultérieure de l’enquêteur, avec la plaque et son volScotland’s Socorro: the Dechmont Robert Taylor UFO, 1979Forum Metabunk · 2024 · Cite le chapitre 9 de The UFO Mystery Solved (1994) de Campbell et reproduit les coupures du Daily Record et du West Lothian Courier de 1979TV show to probe famous Livingston UFO encounterThe Scotsman · 10 novembre 2012 · Malcolm Robinson et Nick Pope à propos de l’affaireAuthor attempting to debunk Lothians UFO mysteryThe Scotsman · 13 août 2012 · La théorie du château d’eau et du mini-AVC de John AlisonUFO investigator claims he has answer to one of Scotland’s greatest unexplained alien encounter mysteriesBrian McIver · Daily Record · 22 novembre 2013 · La théorie du château d’eau de Phill FentonSpaceships, Spheres and the Devil’s HerbDavid Slater · Anomalous Culture · 30 mai 2010 · L’hypothèse de la belladone et de Doctor Who40 years on from the Dechmont incident, author looks back at baffling flying saucer sighting near LivingstonThe Sunday Post · 5 mars 2019 · Malcolm Robinson et son livre sur l’affaireDechmont Woods incident: BBC’s The One Show revisits Scotland’s most famous UFO encounterNeil Pooran · Edinburgh Live · 27 février 2020West Lothian Council create ‘UFO trail’ at site of famous close encounterThe Scotsman · 30 septembre 2018Dechmont Law UFO trail · Case File Number: 1013West Lothian Council · Dépliant et carte du sentier menant au site de la rencontreUFO sighting (Taylor), Livingston incident, Dechmont Woods encounter · FOI 23-1429Police Scotland · Réponse du 31 août 2023 à une demande d’accès à l’information · La police confirme détenir le dossier et refuse de le communiquerVous avez repéré une erreur ou connaissez une meilleure source ? Écrivez à hello@uap.fun.
Dossiers liés
L’atterrissage de Trans-en-ProvenceQuatorze mois plus tard, en Provence : un autre homme de la campagne, seul, un autre engin au sol, et une trace que les autorités portèrent au laboratoire.Le ravin de SocorroUn policier, un objet posé au sol et des empreintes obliques dans la terre, que les enquêteurs mesurèrent le jour même.La grille brûlante de Falcon LakeUn autre homme seul dans les bois, qui rentra chez lui blessé après s’être trop approché d’un engin posé au sol.La forêt de RendleshamL’autre atterrissage britannique dans une clairière forestière, un an plus tard dans le Suffolk, avec ses propres empreintes et ses documents officiels.Les rencontres rapprochées, expliquéesPourquoi des marques au sol et des vêtements déchirés font de Dechmont une affaire du deuxième type, quoi qu’il ait tiré sur le pantalon de Taylor.Discuter de ce cas
Comparez vos notes avec d’autres lecteurs : détails des témoins, sources et tout ce qui ne colle toujours pas. Le forum est en anglais.
Ouvrir la discussion