La plaine sans arbres
Le Nullarbor tire son nom du latin signifiant « aucun arbre », et l’Eyre Highway en longe la bordure sud sur plus de mille kilomètres entre Norseman, en Australie-Occidentale, et Ceduna, en Australie-Méridionale, sans rien de plus grand qu’un relais routier entre les deux. À l’est de Madura, la route descend un escarpement calcaire vers les Roe Plains, une bande d’arroches et de broussailles de mallee entre une ligne de collines d’une centaine de mètres au nord et la Grande Baie australienne au sud. Les gens du coin appellent ce tronçon « the Basin », le Bassin. Mundrabilla y est un relais routier doublé d’un motel ; Eucla, dernière localité d’Australie-Occidentale, se trouve quelque 68 kilomètres plus à l’est selon le panneau routier, avec un petit poste de police ; Border Village est posé sur la frontière entre les États. Les relais de ce secteur vivent à leur propre heure non officielle, l’heure du Centre-Ouest, en avance de quarante-cinq minutes sur Perth. Juste de l’autre côté de la frontière, l’Australie-Méridionale était à l’heure d’été en janvier 1988, deux heures et demie en avance sur Perth : le trajet nocturne de la famille traversa donc trois horloges, un imbroglio qui allait empoisonner toutes les tentatives ultérieures de dire à quel moment la rencontre avait eu lieu. Le Nullarbor avait déjà sa place dans le folklore australien : en 1971 et 1972, Eucla avait attiré l’attention du monde entier avec la Nymphe du Nullarbor, une blonde presque nue qui courait, disait-on, avec les kangourous, et qui se révéla être un canular monté par des habitants.

Sources: The Mundrabilla IncidentThe 1988 Nullarbor UFO Mystery – SolvedTime in AustraliaDossier de presse : « What happened out there on the Nullarbor? » et autres coupures
Un voyage préparé en une heure
Faye Knowles, quarante-trois ans selon le décompte des enquêteurs (quarante-huit dans certaines dépêches), vivait avec ses fils Patrick, vingt-quatre ans, Sean, vingt et un ans, et Wayne, dix-huit ans, à Midland, dans la banlieue de Perth. Le 19 janvier 1988, ils décidèrent de rouler jusqu’à Melbourne pour faire une surprise à sa sœur, alors qu’aucun d’eux, Henley l’apprit plus tard, n’avait jamais traversé le Nullarbor. D’après ce qu’ils racontèrent aux enquêteurs, les préparatifs prirent environ une heure : ils jetèrent des vêtements dans le coffre, retirèrent de l’argent à la banque, laissèrent un mot à M. Knowles et partirent vers trois heures de l’après-midi dans une berline Ford Telstar bleue de 1984, avec les deux chiens de la famille. Ils comptaient traverser aussi vite que possible, en se relayant au volant et en ne s’arrêtant que pour faire le plein. Vers 1 h 30 le lendemain matin, ils s’arrêtèrent au relais de Caiguna, où deux routiers, Graham Henley, de Forest Hill, dans le Victoria, et John « Porky » De Jong, remarquèrent une femme et trois jeunes hommes qui remplissaient d’essence un bidon de cinq litres avant de repartir vers l’est.

Sources: The Mundrabilla Incident – An UpdateThe Mundrabilla IncidentAustralian family tells of close encounter with UFOUS TV firm interested in UFO report
Des camions dans le noir
Henley et De Jong étaient partis ensemble de Norseman, chacun dans son camion. Vers 3 h 30, ils avaient atteint le col de Madura, et Henley nota un ciel sans nuages, sans tonnerre ni éclair nulle part ; De Jong, qui vérifiait son camion au sommet du col, vit des étoiles et pas de lune. Là, De Jong céda le volant à sa coéquipière, une femme que les enquêteurs désignèrent seulement sous le nom d’Anne, et grimpa dans la couchette. Henley prit les devants et tenta de joindre De Jong par radio sur une quarantaine de kilomètres, sans réponse. Il faisait nuit, la route était presque déserte, et les deux camions étaient assez éloignés pour qu’Anne ne voie jamais les feux de Henley. Quelque part devant elle, et derrière Henley, la Telstar des Knowles filait vers l’est en direction de Mundrabilla.

Sources: The Mundrabilla Incident – An UpdateThe Mundrabilla Incident
Un œuf dans un coquetier
Sean conduisait, et aux horloges des routiers il était un peu moins de quatre heures du matin. Dans la version que la famille donna le lendemain à Keith Basterfield et Ray Brooke, d’UFO Research (South Australia), un groupe d’Adélaïde qui publiait aussi sous le nom d’UFO Research Australia, il vit ce qu’il prit d’abord pour le phare d’un camion venant vers eux par la route, depuis l’est. La chose disparut après avoir « un peu sautillé », réapparut et continua d’avancer, de plus en plus brillante et de plus en plus grosse ; Sean dit qu’elle ressemblait à un « vaisseau spatial ». À la police, ils décrivirent une lumière d’un blanc éclatant au cœur jaune, large d’environ un mètre, qui leur masquait la route et zigzaguait d’un côté à l’autre devant eux. Sean la dessina pour un policier à Ceduna, et le dessin devint l’emblème de l’affaire : on aurait dit, écrivit le policier, un œuf dans un coquetier, le sol étant au pied du coquetier. Puis un véhicule roulant vers l’ouest arriva en sens inverse, un break Holden blanc tractant une caravane selon la description que la famille en fit plus tard. En faisant une embardée pour éviter la lumière, Sean faillit le percuter ; au poste de police, Faye et Sean dirent que la lumière s’était lancée à la poursuite de ce second véhicule, en tournant autour par leur droite. Puis elle fut derrière eux. Sean fit demi-tour et roula vers l’ouest un moment, puis fit de nouveau demi-tour. Fuyaient-ils la lumière ou la suivaient-ils ? Cela ne fut jamais clair ; dans la toute première version donnée à la presse, Sean disait : « On s’est arrêtés pour retourner jeter un œil. »
Sources: The Mundrabilla Incident – January 20th 1988: Report, edition twoThe Mundrabilla IncidentThe Mundrabilla Incident – An UpdateAustralian family tells of close encounter with UFOUFO encounter on Nullarbor Plain reported
Quelque chose sur le toit
La suite, la famille ne parvint jamais à la remettre dans l’ordre, et les enquêteurs finirent par l’imprimer sous forme de liste. Il y eut un choc sourd sur le toit. Faye, assise derrière le conducteur, baissa sa vitre, leva le bras et sentit quelque chose. Au policier, elle dit que c’était « mou, spongieux et caoutchouteux, et chaud », sans pour autant la brûler, et sa main revint couverte d’une poussière gris-noir ; à une journaliste de Melbourne, Sean raconta qu’elle lui avait dit que cela faisait l’effet d’« une ventouse en caoutchouc ». Une brume gris-noir pénétra dans la voiture, avec une odeur que la famille compara à celle de « cadavres ». Il y avait un vrombissement ou un bourdonnement ; l’un des garçons le qualifia de « vrombissant », et non du « teuf-teuf » d’un hélicoptère, et Patrick l’imita plus tard à la télévision par un « voum, voum, voum » ; un autre membre de la famille, selon Henley, le compara à « une tronçonneuse, un hurlement aigu ». Leurs voix devinrent lentes et graves, comme un 78 tours joué en 33 tours, d’après le souvenir que Henley garda de leur description. « C’était comme si on était dans une distorsion temporelle », dit Faye. Les chiens devinrent fous. Tout le monde criait et pleurait, et Faye crut qu’ils allaient mourir. Patrick, sur le siège passager avant, dit avoir ouvert sa vitre et reçu une pluie de poudre noire, et avoir eu l’impression que la chose « prenait possession de son corps ». Ils crurent que la voiture avait été soulevée de la route puis plaquée violemment au sol, et le pneu arrière droit éclata alors. Sean dit qu’il perdit connaissance.
Sources: The Mundrabilla IncidentThe Mundrabilla Incident – An UpdateThe Knowles-Nullarbor EncounterAustralian family tells of close encounter with UFOThe Knowles Family Nullarbor UFO
Cachés dans les broussailles
Quand la voiture s’immobilisa, ils s’enfuirent en courant. Les récits ne s’accordent pas sur l’ordre de ce qui suivit. Dans la déposition faite à la police l’après-midi même, ils changèrent la roue en hâte, étaient sur le point de repartir, revirent la lumière briller, blanche, au milieu de la route devant eux, cachèrent la voiture derrière des buissons du bord de la route et se cachèrent chacun de leur côté jusqu’à ce qu’elle ait disparu. Dans la version de la presse, ils se cachèrent d’abord, pendant environ une demi-heure, puis revinrent changer le pneu. Henley, qui avait alors dix ou quinze kilomètres d’avance, dit plus tard qu’entre 3 h 55 et 4 h 10 environ il avait vu une lumière dans son rétroviseur pendant quelque cinq minutes, « comme un gros œuf, comme un œuf sur le plat suspendu à l’envers », plus semblable à un projecteur qu’à des phares de véhicule, et « trop haut pour être un autre camion ». Il crut d’abord que De Jong lui faisait une blague. Derrière la famille, Anne dépassa deux personnes qui faisaient des signes de l’autre côté de la route, près de la borne des 40 kilomètres à l’ouest de Mundrabilla, puis, 150 mètres plus loin, une voiture garée tournée vers Perth. Elle demanda à De Jong s’il fallait s’arrêter ; il se redressa sur sa couchette et répondit que non. Plus tard, une voiture doubla le camion à vive allure et, une fois passée, roula un moment tous feux éteints, alors que pour Anne la nuit était encore bien trop noire pour rouler sans. La famille raconta ensuite à Henley qu’il y avait eu des voitures partout sur ce tronçon, mais personne dedans ; il mit cela sur le compte de conducteurs endormis dans leurs voitures garées.
Sources: The Mundrabilla IncidentThe Mundrabilla Incident – An UpdateFishermen report UFO sightingUFO encounter on Nullarbor Plain reported
Quatre personnes terrifiées
Henley venait de se garer au Mundrabilla Motor Hotel et se dirigeait vers l’arrière de son camion quand la Telstar arriva. Il reconnut les quatre voyageurs de Caiguna. « Je ne peux pas l’expliquer, déclara-t-il dans les premiers jours, mais tout ce que je sais, c’est que j’ai vu quatre personnes absolument terrifiées à 4 h 45 mercredi matin. » Ils essayaient tous de parler en même temps : l’un disait qu’ils avaient été brûlés, un autre qu’ils avaient été saisis par une soucoupe volante, un autre qu’ils avaient été soulevés puis lâchés. Le quatrième ouvrait et fermait la bouche, et seuls des sons inintelligibles en sortaient. L’un des fils était pieds nus et ses pieds saignaient. Henley trouva une fine poussière noire sur les essuie-glaces, le becquet et la lunette arrière, « comme du verre pilé », avec une odeur de bakélite, « ou exactement comme quand on a fait sauter un fusible », et quatre bosses sur le toit, « comme si la voiture avait été soulevée par un aimant ». Quand De Jong et Anne arrivèrent, De Jong ne vit aucune cendre, seulement la saleté habituelle de la route, mais il sentit lui aussi la bakélite, et trouva que les bosses ressemblaient à des marques de coups de poing ; Anne, selon Henley, renifla la voiture et dit : « La vieille bouilloire de maman sentait comme ça. » Faye avait une tache rouge sur le dos de la main gauche, là où, disait-elle, elle avait touché quelque chose sur le toit. Henley la toucha et la trouva « froide, pas moite, mais froide comme du marbre ». Elle ne cessait de répéter : « Quelqu’un va être blessé. » Henley proposa de charger la voiture dans sa remorque frigorifique vide et de les conduire où ils voudraient. Ils refusèrent, refirent le plein avec leur bidon et repartirent vers l’est moins d’une demi-heure plus tard. La gérante du relais, Shirley Lundon, téléphona à la police d’Eucla.

Sources: The Mundrabilla Incident – January 20th 1988: Report, edition twoThe Mundrabilla IncidentThe Mundrabilla Incident – An UpdateFishermen report UFO sightingThe Mundrabilla Incident, parts I and II
Retour sur les lieux
Les routiers voulurent voir l’endroit de leurs propres yeux. Ils empruntèrent au relais un ute, une camionnette à plateau, et, avec Anne, repartirent vers l’ouest à petite vitesse, à la recherche de trois choses : du caoutchouc sur le bitume laissé par un éclatement, des éclats du rétroviseur côté conducteur de la Telstar, brisé (la famille disait qu’un kangourou l’avait heurté), et un cric et une clé à roue que la famille disait avoir laissés sur place. Ils ne trouvèrent rien de tout cela. Ils trouvèrent en revanche, à l’endroit où Anne avait vu la voiture, quatre séries d’empreintes de pointes de pieds, de gens qui couraient vers le bush, et quatre séries d’empreintes de pas revenant le long du bas-côté, mêlées de traces de pattes de chiens, l’une pieds nus, une en tongs et deux en chaussures ; l’empreinte carrée d’un cric ; et des signes qu’une voiture avait quitté la route sur un pneu à plat et y était revenue sur un pneu en bon état avant de faire demi-tour. De Jong se souvenait d’une trace de dérapage de quinze ou vingt mètres ; Henley, interrogé par Bill Chalker des mois plus tard, parla d’environ deux mètres, et dit que les demi-tours se voyaient au jour, trois ou quatre fois. Sur le chemin du retour, ils trouvèrent un homme endormi dans une voiture à vingt kilomètres à l’ouest de Mundrabilla. Deux policiers d’Australie-Occidentale venus d’Eucla atteignirent le tronçon à deux heures de l’après-midi et, selon le sergent Dennis Sutton, ne trouvèrent « rien, aucune preuve » : pas de traces de dérapage, des empreintes qu’ils ne purent attribuer, pas de cendre noire. Quelqu’un avait déjà trouvé le cric ; Norman apprit plus tard qu’un ouvrier de Norseman l’avait ramassé et laissé là pour son propriétaire.

Sources: The Mundrabilla IncidentThe Mundrabilla Incident – An UpdateDossier de presse : « What happened out there on the Nullarbor? » et autres coupuresUFO Encounters along the Nullarbor Plain
Cinq cents kilomètres jusqu’à Ceduna
La famille ne s’arrêta pas à Eucla, dont elle dit n’avoir jamais vu le poste de police, ni à Penong, le premier poste d’Australie-Méridionale. Elle roula encore plus de cinq cents kilomètres et, vers une heure de l’après-midi, heure d’Australie-Méridionale, Sean et Patrick entrèrent au poste de police de Ceduna. Par hasard, un agent principal de la section de police scientifique de Port Lincoln se trouvait en ville pour une autre affaire. Sa déposition, recueillie en quelques heures, est ce qui se rapproche le plus d’un document contemporain. Les deux frères lui dirent que la lumière s’était trouvée à quinze ou dix-huit mètres devant la voiture, qu’ils roulaient à environ 110 kilomètres à l’heure quand elle s’était posée sur le toit, et que la rencontre avait eu lieu vers 5 h 30, heure d’Australie-Occidentale. Il examina la Telstar dans Poynton Street. Il y avait des bosses superficielles aux quatre coins du toit. L’extérieur de la voiture était couvert d’« une fine poussière noire/grise semblable au film routier qui se dépose sur un véhicule ayant besoin d’un lavage », et la même poussière se trouvait sur la sellerie. Tous les pneus avaient au moins les trois quarts de leur bande de roulement ; celui qui avait éclaté, sorti du coffre, était fendu sur tout le pourtour de son flanc extérieur, à la base de la bande de roulement. Il préleva deux échantillons de la poussière sur ruban adhésif. Le sergent Jim Furnell, de la police de Ceduna, déclara aux journalistes que la famille était « physiquement bouleversée, comme si un proche venait de mourir » ; le sergent Fred Longley dit qu’il y avait « trop de témoins pour que nous ne » prenions pas l’affaire au sérieux. Vers 14 h 30, Furnell téléphona à Ray Brooke à Adélaïde et s’arrangea pour que la famille poursuive sa route et rencontre les enquêteurs.
Sources: The Mundrabilla IncidentThe Mundrabilla Incident – January 20th 1988: Report, edition twoUFO encounter on Nullarbor Plain reportedDossier de presse : « What happened out there on the Nullarbor? » et autres coupuresUFO Encounters along the Nullarbor Plain
Les thoniers
Le lendemain matin, l’histoire avait une deuxième série de témoins. L’Associated Press rapporta que des hommes d’équipage d’un thonier, à cinquante milles de là, disaient qu’un ovni avait frôlé leur bateau quelques minutes plus tard et que leurs voix étaient devenues inintelligibles, et Furnell affirma qu’ils ne pouvaient pas être au courant pour la famille. United Press International, qui orthographiait son nom Fennell, lui faisait compter quatre signalements cette nuit-là : la famille, un routier suivi par un ovni, un avion de repérage de thons qui avait vu une lumière vive près de la route, et un chalutier dans la Grande Baie. Le Port Lincoln Times identifia le bateau comme l’Empris Lady, dont l’équipage avait signalé une lumière blanche et vive par l’intermédiaire du pilote de son avion de repérage, et ajouta que l’équipage d’un autre bateau, le Monika, avait signalé un ovni une semaine plus tôt. Puis les bateaux s’effacèrent. En mars, un homme d’équipage anonyme de l’Empris Lady, tout juste rentré au port après deux mois en mer, raconta à la police qu’il était de quart vers minuit et demi quand une lumière blanche et vive, avec des feux rouges au-dessus et verts en dessous, s’était approchée « très près » du bateau ; il l’observa une trentaine de secondes, alla chercher un autre homme d’équipage, et la vit filer vers le nord dix secondes plus tard. Il n’était pas sûr du jour et dit que ce pouvait être le même soir, bien qu’une déclaration d’un Canadien présent à bord, publiée par Norman, la situe plusieurs jours après. Quand les enquêteurs d’Adélaïde retrouvèrent enfin le pilote de repérage, un certain M. White, il décrivit une lumière changeant de couleur vue par les dix ou douze hommes d’équipage du Monika, sans objet structuré, sans effets électriques et sans altération de la voix de quiconque, et soutint en avoir entendu parler deux ou trois jours avant que l’histoire des Knowles ne passe à l’antenne. Paul Norman, de la Victorian UFO Research Society, cita le propriétaire du Monika, selon qui un journaliste avait inventé les voix au ralenti.
Sources: Australia-UFOAustralian family tells of close encounter with UFOFishermen report UFO sightingA new UFO ‘sighting’Sailor says he saw an ‘unusual sight’The Mundrabilla Incident – An UpdateUFO Encounters along the Nullarbor Plain
Une caisse de glacières à Wudinna
La famille ne se rendit jamais à son rendez-vous à Adélaïde. Frank Pangallo, rédacteur en chef de Channel 7 à Adélaïde, reçut un tuyau de la police le mercredi soir, appela Ceduna pour savoir quand la famille était partie, calcula à quel moment elle passerait par Wudinna, sur la péninsule d’Eyre, et appela un ancien collègue, Paul Jackson, qui tenait l’Eyre Highway Motel là-bas. « Je lui ai demandé de s’asseoir dehors sur une caisse de glacières et d’attendre tout simplement qu’ils arrivent », raconta Pangallo à un journal dominical de Melbourne le 24 janvier. Jackson leur fit signe de s’arrêter et les fit entrer pendant que Pangallo arrivait en avion léger, avec, dit-il, trois heures d’avance sur tout le monde. La famille signa un contrat d’exclusivité avec Channel 7, pour son émission Hinch at Seven, pour un montant rapporté de 5 000 dollars et trois mois de silence envers les autres médias. Pangallo cacha la voiture dans une propriété de Wudinna tandis que des équipes de tournage venues de quatre capitales d’État ratissaient la ville pour la trouver, et défendit l’accord en affirmant que l’équipe de Mike Willesee, de la chaîne concurrente Nine, faisait miroiter des offres allant jusqu’à 20 000 dollars dans toute la péninsule d’Eyre. Basterfield et Brooke y virent un cas où le journalisme du « carnet de chèques » l’emportait sur l’évaluation scientifique ; ils obtinrent trois heures dans les studios de Channel 7 le lendemain, à parler avec la famille de manière informelle entre deux interviews télévisées. Brooke répondit à près d’une centaine d’appels de radios, de télévisions et de journaux d’Australie et de l’étranger dans les quarante-huit premières heures, et apparut dans le sujet d’ouverture du journal de six heures de Channel 7. George Eberhart, du Center for UFO Studies de Chicago, déclara au Sun : « Je ne vois aucun autre cas comparable. » Aaron Spelling Productions, les producteurs de Dynasty, était, disait-on, en pourparlers préliminaires avec Channel 7 pour les droits de l’histoire. Le Canberra Times, passant la semaine en revue, trouva les tabloïds « presque hystériques de joie devant ce cadeau tombé à la fin de la saison creuse », mais nota qu’il n’y avait « aucune trace d’une poule géante et lumineuse ».
Sources: The Knowles-Nullarbor EncounterDossier de presse : « What happened out there on the Nullarbor? » et autres coupuresThe Mundrabilla Incident – January 20th 1988: Report, edition twoRay Brooke – the passing of an Australian UAP researcherUS TV firm interested in UFO reportFor a while, something was rotten in the ACT
De la poussière de frein
Channel 7 chargea les Australian Mineral Development Laboratories, AMDEL, d’examiner la voiture à Wudinna le 22 janvier. L’analyste d’AMDEL, Monty Luke, ne trouva « aucune trace de cendre ou de poussière significative sur la carrosserie du véhicule ni à l’intérieur ». Il y avait de la poussière noire sur les roues avant, qu’il préleva et compara à de la poussière de plaquettes de frein : c’était de la magnétite et du laiton, de l’oxyde de fer, du cuivre et du zinc, « caractéristiques de la poussière d’usure des plaquettes et des disques de frein », sans « composés étrangers significatifs ». Son propre tableau montrait pourtant que la poussière de la Telstar était bien plus riche que l’échantillon témoin de plaquettes en silicium, aluminium, cuivre, zinc et étain. Un radiamètre ne releva rien au-dessus du bruit de fond sur le toit, les sièges ou les roues. Les bosses étaient « compatibles avec un objet pressé contre le toit plutôt qu’avec une tentative de soulever le toit », et les dégâts du pneu compatibles avec une conduite prolongée sur un pneu dégonflé, ce qui, selon le rapport, expliquerait l’odeur, la fumée et les vibrations. Les conclusions avaient filtré bien avant le rapport écrit, daté du 29 janvier : les journaux dominicaux de Melbourne les publièrent le 24 janvier, et Basterfield et Brooke datèrent l’annonce officielle de Seven du 25. Le samedi 23 janvier, des proches à Melbourne emmenèrent Faye, Patrick et Wayne dans une clinique privée de Dandenong, où un médecin leur servit à chacun une tasse de café et leur dit de « se ménager » ; sur Channel 7, Faye déclara que les analyses revenaient à les « traiter de menteurs ». Pangallo dit que certaines bosses étaient de l’usure ancienne, même si deux semblaient assez récentes, et que « personne ne conteste vraiment qu’ils ont vu quelque chose. C’est juste que rien n’a heurté la voiture ». Il raconta plus tard au Sun de Melbourne que la famille était bien trop traumatisée pour parler et avait été mise sous sédatifs à deux reprises ; la journaliste du Sun ajouta qu’elle les avait appelés une demi-heure plus tôt et que Sean avait proposé de parler si le journal payait. Pendant ce temps, l’échantillon de la police se dégonflait en public. « Tout ça, c’est du pipeau », déclara au Sun le chef de la police scientifique d’Australie-Méridionale, le commissaire Schulz. Il disposait de deux lames portant une quantité infime de crasse, probablement de la crasse de route, et d’aucune voiture pour comparer, parce que la presse l’avait cachée dans le hangar d’un hôtel de la côte ouest. Il n’y aurait pas d’examen, dit-il, puisque aucune infraction n’avait été commise dans son État.
Sources: The Mundrabilla IncidentSamples from the Mundrabilla CE2The Knowles-Nullarbor EncounterDossier de presse : « What happened out there on the Nullarbor? » et autres coupuresThe Mundrabilla Incident – January 20th 1988: Report, edition two
La voiture sur le parking
Le 2 février, la Telstar, transportée par camion de Wudinna à Adélaïde, fut mise à disposition sur le parking de Channel 7, et les enquêteurs l’examinèrent sous toutes les coutures. À quelques mètres, les quatre bosses étaient difficiles à voir ; de près, c’étaient de petites dépressions peu profondes près des coins du toit, la peinture intacte, et il n’y avait pas de galerie de toit. Le rétroviseur côté conducteur avait disparu. Le seul dépôt noir se trouvait sur les enjoliveurs des deux roues avant, celles à freins à disque, réparti comme le laisserait un freinage appuyé. Le pneu éclaté, un radial Dunlop à ceinture d’acier à moitié usé, avait éclaté en cercle le long de la ligne où s’arrête la ceinture d’acier, et sa valve manquait ; la roue de secours désormais montée sur la voiture était un pneu rechapé. Le plancher était jonché de sable, d’emballages de nourriture et de boissons. La veille, des enquêteurs de la Victorian UFO Research Society, dont Paul Norman, avaient passé l’intérieur à l’aspirateur pour prélever des échantillons, et, pour les caméras de Channel 7, leur collègue John Auchettl souleva au cric les roues avant et fit monter le compteur de vitesse jusqu’au bout de sa graduation, 200 kilomètres à l’heure. Cette démonstration répondait à un lecteur de The Age, à Melbourne, qui avait demandé qu’on lui montre une Telstar capable de rouler à 200, la vitesse que Sean avait donnée au Sun ; pour le bulletin de la société du Victoria, elle prouvait que la même voiture pouvait afficher 200 avec les roues tournant dans le vide, comme elles l’auraient fait si quelque chose l’avait soulevée.
Sources: The Mundrabilla IncidentOn the UFO TrailThe Knowles-Nullarbor Encounter
La poussière au microscope
Trois séries d’échantillons furent prélevées, et aucune ne trancha rien. Celui d’AMDEL était de la poussière de frein. Les prélèvements sur ruban adhésif de la police, effectués sept ou huit heures après les faits et à six cents kilomètres des lieux, furent partagés, et après des négociations entamées en novembre 1988, la moitié parvint aux enquêteurs d’Adélaïde ; Basterfield envoya sa moitié, par l’intermédiaire de Stan Gordon, de la Pennsylvania Association for the Study of the Unexplained, à un analyste nommé J. Mathers, dont le microscope électronique à balayage trouva deux sortes de particules : des cristaux de chlorure de sodium, du sel de table, et de l’argile ordinaire. Les aspirations de la société du Victoria partirent à la Monash University de Melbourne et, par l’intermédiaire du chercheur américain Richard Haines, à un laboratoire doté d’un microscope électronique à balayage Philips, que Norman appela le Philips Laboratory. Selon l’Australasian Post, le minéralogiste de Monash Alf Hohmann avait trouvé principalement du chlorure de potassium, une substance courante en quantité peu courante ; Auchettl évoqua de grandes particules noires en forme de plaques, riches en chlore et en chlorure de potassium, qui montraient un « refroidissement à grande vitesse ». Le rapport de Haines trouva la poussière de frein et la poussière du plancher arrière tout à fait différentes. La poussière du plancher était surtout faite de fibres, certaines de cellulose et d’autres « typiques de l’isolation de tuyauterie, mais ce n’est pas de l’amiante », et l’analyste ajoutait que l’élément 85, l’astate, « est également possible dans l’échantillon, de même qu’une fibre relativement longue de NaCl, ce qui est inhabituel ». Norman fit grand cas de l’astate ; Haines lui-même dit que tant que des échantillons témoins de la région n’auraient pas été analysés, personne ne pourrait savoir si la poussière du plancher n’était pas simplement l’accumulation ordinaire d’une traversée du Nullarbor. Personne ne préleva jamais de terre sur le site. Une copie du rapport de Haines, envoyée par la société du Victoria, aboutit dans un dossier de la Royal Australian Air Force aujourd’hui conservé aux Archives nationales d’Australie, la trace la plus substantielle de l’affaire dans les papiers militaires conservés. Le seul mot officiel des militaires en 1988 vint d’un porte-parole de la RAAF à Edinburgh, la base aérienne au nord d’Adélaïde, qui n’avait connaissance d’aucun appareil militaire dans le secteur.
Sources: Samples from the Mundrabilla CE2The Mundrabilla Incident – An UpdateParticle analysis of the Mundrabilla samplesUFO Encounters along the Nullarbor PlainA9755, 5: UFO reports (unusual aerial sightings), RAAF Headquarters Support Command, 1986–1992Australia-UFO
Une histoire qui va dans deux sens
À mesure que les enquêteurs poursuivaient leurs entretiens, l’histoire évolua dans deux directions à la fois. La société du Victoria en entendit davantage. Le récit de Norman, publié dans The UFO Report 1990 de Timothy Good, fait état d’un autoradio envahi de parasites pendant un quart d’heure avant la rencontre, d’un groupe de lumières d’abord prises pour des réverbères dans une contrée qui n’en avait aucun, de Patrick hurlant « Pourquoi nous ? » et ayant l’impression qu’on lui arrachait le cerveau de la tête, de la main et du bras droits de Faye enflés quand les enquêteurs du Victoria rencontrèrent la famille à Melbourne, des poils des chiens tombant par touffes, et d’un pompiste de Border Village qui avait senti sur la voiture une odeur d’« isolant chaud » et « assurément une odeur comme d’ozone ». Même le contact sur le toit grandit au fil des récits : mou et spongieux dans la déposition à la police, une « ventouse en caoutchouc » dans les premiers journaux de Melbourne, « d’énormes ventouses agrippées au toit comme une sangsue » dans un article du Sun à la fin de janvier, et, comme Faye le raconta à Judith Magee de la société du Victoria, comme le col d’un pull à col roulé. Norman compta la nuit des Knowles comme le quatorzième cas connu de voiture soulevée puis lâchée, et conclut qu’il y avait « des raisons de croire qu’il s’agissait d’une tentative d’enlèvement qui a échoué ». Il la rapprocha de l’hélicoptère de la réserve de l’armée que l’équipage de Larry Coyne disait avoir été aspiré vers le haut au-dessus de l’Ohio en 1973, autre tentative ratée à ses yeux, et de la disparition en 1978 du jeune pilote Frederick Valentich au-dessus du détroit de Bass, qu’il soupçonnait d’être un enlèvement réussi. Le père de Valentich, Guido, était membre de la société du Victoria. Le groupe d’Adélaïde, qui interrogea enfin la famille en bonne et due forme en 1988, en entendit moins. La famille ne pouvait pas dire à quelle hauteur la voiture était montée, n’avait jamais regardé dehors pour voir le sol en dessous, et ne pouvait pas dire exactement où cela s’était produit. Deux demi-tours devinrent trois ou quatre. Ils nièrent avoir eu des cassettes dans la voiture, alors que Henley croyait que des cassettes avaient joué et ralenti comme leurs voix. Un vétérinaire de Melbourne déclara que les chiens avaient des puces, et les poils repoussèrent. Sean, Patrick et Faye furent hypnotisés à Melbourne, puis Faye et Patrick de nouveau à Adélaïde ; rien de nouveau n’en ressortit, et aucun récit d’enlèvement.
Sources: UFO Encounters along the Nullarbor PlainOn the UFO TrailThe Mundrabilla Incident – An UpdateThe Knowles-Nullarbor EncounterDossier de presse : « What happened out there on the Nullarbor? » et autres coupures
Bureau de réservation de la base ovni
L’affaire laissa la famille plus mal lotie qu’avant. La voiture, qu’ils jugeaient désormais maudite, fut saisie et vendue aux enchères ; selon le récit de Jenny Randles dans Northern UFO News, un entrepreneur qui servait aussi d’agent à la famille l’acheta et l’emmena en tournée, faisant payer ceux qui voulaient la voir, et Norman écrivit que la famille perdit près de 20 000 dollars, en grande partie immobilisés dans la voiture. Une équipe de télévision japonaise reconstitua la nuit sur le Nullarbor et remit deux membres de la famille sous hypnose, puis, selon Norman, annula le voyage au Japon qu’elle leur avait promis. Le Nullarbor garda la légende. Quelqu’un peignit à la bombe « UFO base Booking Office » (bureau de réservation de la base ovni) au bord de la route à l’ouest de Mundrabilla, un autre ajouta « Cut rates for Earth » (tarifs réduits pour la Terre), le relais vendit des cuillères, des porte-canettes, des autocollants et des cartes postales à l’effigie des ovnis, et un panneau près de la frontière avertissait les voyageurs de se méfier des ovnis sur les 111 kilomètres suivants. Le 17 octobre 1988, un chauffeur d’autocar Pioneer, Peter Chapman, signala une lumière vive qui suivait son bus à sa hauteur près de Mundrabilla ; le sergent d’Eucla se porta garant de lui, et UFO Research Australia l’attribua à la planète Jupiter et à des phares de véhicules mal interprétés. En 2018, l’Internet Movie Database recensait un long métrage intitulé The Nullarbor en préproduction, avec pour synopsis « Sur une route sombre et isolée, une famille ordinaire rencontre quelque chose d’extraordinaire », et l’acteur John Brumpton dans le rôle de Keith Basterfield, devenu entre-temps l’enquêteur le plus convaincu que la nuit avait une explication ordinaire. Basterfield écrivit qu’il ne savait pas quand le tournage commencerait.
Sources: UFO Encounters along the Nullarbor PlainUpdate on MundrabillaI tackled a Nullarbor alienThe 1988 Nullarbor UFO Mystery – SolvedUFO flew beside bus, says driverUFO was probably JupiterA UFO film – “The Nullarbor”
Ce qui subsiste
Le cœur du dossier est la déposition écrite de l’agent de police scientifique de Port Lincoln à Ceduna, recueillie quelques heures après les faits et publiée intégralement par Basterfield et Brooke, puis par Norman ; les entretiens des enquêteurs avec la famille, Henley, De Jong et Anne, et le pilote de repérage ; le rapport d’AMDEL du 29 janvier 1988, connu par les extraits et les tableaux que les enquêteurs ont publiés ; l’inspection de la voiture par les enquêteurs eux-mêmes le 2 février ; le rapport de microscopie électronique de Haines, dont une copie subsiste dans un dossier de la RAAF aux Archives nationales d’Australie ; et l’analyse au microscope électronique de la moitié des prélèvements sur ruban adhésif de la police. La presse de l’époque est abondante : les dépêches de l’AP et d’UPI, le Canberra Times et le Port Lincoln Times sur Trove, et les journaux de Melbourne reproduits dans le bulletin de la société du Victoria. Les interviews télévisées de 1988 subsistent dans un enregistrement que Skeptoid a transcrit. La police d’Australie-Occidentale, compétente en l’affaire, n’a laissé aucun document publié en dehors des déclarations du sergent Sutton à la presse. Le rapport principal de la société du Victoria, qui dépasserait, dit-on, les 400 pages, n’a jamais été rendu public ; un condensé d’une centaine de pages fut vendu à 100 exemplaires, et en 1990 Basterfield se plaignait que la société n’ait jamais publié ses résultats de laboratoire. Le document de synthèse promis par le groupe d’Adélaïde n’a pas fait surface en ligne. Il n’existe aucune photographie de la lumière, et la voiture, promenée en tournée puis vendue, n’a pas été retrouvée.
Sources: The Mundrabilla IncidentUFO Encounters along the Nullarbor PlainThe Mundrabilla Incident – An UpdateSamples from the Mundrabilla CE2A9755, 5: UFO reports (unusual aerial sightings), RAAF Headquarters Support Command, 1986–1992Australia-UFOAustralian family tells of close encounter with UFOUFO encounter on Nullarbor Plain reportedThe Knowles-Nullarbor EncounterThe Knowles Family Nullarbor UFOParticle analysis of the Mundrabilla samples
Les contradictions
L’heure est 2 h 45 dans les dépêches de l’AP et de l’Australian Associated Press (AAP) (l’AAP précisait l’heure du Queensland), 4 h 10 dans le catalogue de Basterfield, 4 h 20, heure d’été du Centre, dans l’analyse d’Allan Brunt, 5 h dans la légende d’une figure de Norman et 5 h 30, heure d’Australie-Occidentale, dans la déposition à la police ; le sergent Furnell donna « 8 h 30, heure de Melbourne ». Selon le calcul de ce site, le soleil se leva ce matin-là près de Mundrabilla vers 4 h 44 heure de Perth, 5 h 29 à l’horloge locale des relais, et pourtant les routiers dirent qu’il faisait encore nuit quand la voiture de la famille était arrêtée au bord de la route, avec seulement les premières lueurs grises de l’aube à Mundrabilla ; un article de Melbourne écrit dix jours plus tard plaçait la rencontre devant « l’énorme soleil orange qui pointait tout juste au-dessus de l’horizon ». De Jong situait son passage devant la voiture arrêtée entre 4 h et 4 h 30 et son arrivée à Mundrabilla à 4 h 45, et une voiture partie de Caiguna à 1 h 30 aurait atteint le Bassin à peu près à cette heure-là. La durée de l’ensemble est tout aussi élastique : quinze ou vingt minutes selon l’estimation de De Jong, quatre-vingt-dix dans le résumé de Walt Andrus pour le MUFON UFO Journal, chiffre que reprennent les récits ultérieurs. Le conducteur était Sean dans la déposition à la police et Faye dans les premières dépêches. Faye leva la main droite depuis la place derrière le conducteur, selon son propre récit du lendemain, ou la main gauche depuis le siège passager de gauche, selon ce que De Jong avait compris au relais. La vitesse était de 110 kilomètres à l’heure dans la déposition et allait jusqu’à 200 selon les propos de Sean au Sun. Le lieu se trouvait à quarante kilomètres à l’ouest du relais pour De Jong, à soixante-dix ou soixante-quinze pour Henley, et à quarante kilomètres à l’est dans un premier compte rendu. La lumière mesurait environ un mètre de large, était « plus grande que la voiture », ou faisait « à peu près trois pieds sur trois » selon les mots du sergent Longley. La voiture était couverte d’« une épaisse couche de cendre noire » pour un sergent, de film routier pour l’agent de police scientifique, de rien du tout pour De Jong et AMDEL. En janvier, la famille dit que deux valises avaient été attachées sur le toit sans galerie, et perdues ; Henley et De Jong ne virent ni bagages sur le toit ni galerie. Et le contact sur le toit, le détail le plus cité de tous, figure dans la déposition de l’agent de police scientifique cet après-midi-là, mais le sergent Furnell soutint que Faye ne lui en avait jamais parlé : « Elle ne nous a certainement pas dit ça. » Ce n’est apparu, dit-il, qu’à la télévision.
Sources: Australia-UFOThe Mundrabilla Incident – January 20th 1988: Report, edition twoA Reference Catalogue of UAP Reported from the Nullarbor Plain RegionThe 1988 Nullarbor UFO Mystery – SolvedUFO Encounters along the Nullarbor PlainThe Mundrabilla IncidentThe Knowles-Nullarbor EncounterAustralian family tells of close encounter with UFOFishermen report UFO sightingThe Mundrabilla Incident – An UpdateDossier de presse : « What happened out there on the Nullarbor? » et autres coupuresThe Mundrabilla Incident, parts I and IITime in Australia
Une théorie par jour
La première semaine produisit une théorie par jour. Glen Moore, de l’université de Wollongong, proposa la chute d’une météorite carbonée, la comparant à celle de Murchison, dans le Victoria, en 1969 ; le professeur Peter Schwerdtfeger, de l’université Flinders, et William Grey, des Canberra Skeptics, un orage sec ; Matthew James, de la Melbourne Planetary Society, la foudre en boule ; Allan Brunt, ancien directeur du Bureau of Meteorology d’Australie-Méridionale, un soleil levant fortement déformé, ajoutant qu’il irait « se jeter dans le lac » si la poussière se révélait extraterrestre ; le sergent Furnell, en privé, une météorite. D’autres évoquèrent des willy-willies, les tourbillons de l’outback, qui auraient soulevé la voiture. Mais Henley et De Jong avaient tous deux noté un ciel clair et étoilé, sans le moindre éclair. Les conclusions d’AMDEL servirent d’ancrage à l’explication conventionnelle : poussière de frein, pneu dégonflé roulant sur la jante, bosses enfoncées plutôt qu’arrachées. Ben Harris, dans le Skeptical Inquirer, suggéra que le choc sourd était celui des bagages arrimés à la corde rebondissant sur le toit, que les bosses étaient les marques de bagages arrachés lors d’un tête-à-queue, et que la « ventouse » touchée par Faye était peut-être l’un des patins en caoutchouc d’une galerie de toit.
Sources: The Knowles-Nullarbor EncounterSceptic gives theory on UFO sightingThe Mundrabilla IncidentDossier de presse : « What happened out there on the Nullarbor? » et autres coupuresThe Nullarbor UFOThe Mundrabilla Incident – An UpdateThe Nullarbor UFO Incident: Dramatic Case Quickly Fades
Le mirage et ses détracteurs
En 1989, Brunt troqua le lever du soleil contre quelque chose de plus subtil. Les sondages de Forrest, une station météorologique située à une centaine de kilomètres au nord de la route, montraient une forte inversion de température le long d’une dorsale de hautes pressions longue de mille kilomètres, et il soutint qu’un mirage supérieur des phares d’un véhicule éloigné avait produit une lumière étirée verticalement et sautillante : la première impression de la famille, celle d’un camion, était la bonne, et le reste relevait de la panique. Basterfield en vint à une opinion semblable, déclarant à l’ABC en 2018 que la lumière ne les avait jamais réellement atteints et qu’un pneu qui éclate à grande vitesse explique les vibrations et la poussière de frein : « C’était simplement un malentendu. » Robert Bartholomew qualifie la nuit de panique d’un petit groupe, et Brian Dunning, de Skeptoid, y ajoute un pneu homologué pour 180 kilomètres à l’heure conduit à 200 et la « voix du matin » d’une gorge sèche. Jenny Randles, de la British UFO Research Association, qui estimait que la presse mondiale avait gravement déformé l’affaire, la classa néanmoins comme « inconnue, mais probablement un phénomène naturel inhabituel ». À l’opposé, il y a la lumière que Henley vit dans son rétroviseur avant de savoir quoi que ce soit de la famille ; le témoignage des routiers selon lequel la famille était réellement terrifiée ; l’insistance de Henley à dire que la démystification était « des foutaises », parce que la poussière qu’il avait touchée n’était pas de la poussière de frein, que « les freins n’étaient même pas chauds » et qu’il ne parvenait pas à cabosser le toit avec son poing, et que l’éclatement était « le pneu crevé le plus inhabituel que j’aie vu de ma vie » ; et le fait que personne n’a jamais identifié le véhicule dont les phares auraient produit le mirage, ni la voiture et la caravane que la famille faillit percuter.
Sources: The 1988 Nullarbor UFO Mystery – SolvedFlying saucers of Nullarbor just an illusionSouth Australia’s X-Files: Curious Adelaide cracks open our most mysterious UFO casesAustralian Family Suffer Bizarre Shared DelusionThe Knowles Family Nullarbor UFOUFO World 89Dossier de presse : « What happened out there on the Nullarbor? » et autres coupuresThe Mundrabilla Incident, parts I and IIThe Mundrabilla Incident – An UpdateUFO Encounters along the Nullarbor PlainUFOs in the 1980s: The UFO Encyclopedia, vol. 1, “Australian Ufology”
Note sur la classification et les preuves
Ce site classe la nuit des Knowles comme une rencontre rapprochée du deuxième type parce que la famille a signalé des effets physiques, les bosses, la poussière et le pneu éclaté, et que des enquêteurs ont examiné la voiture ; l’étiquette décrit ce qui a été rapporté, non ce qui l’a causé. La résolution est contestée : le laboratoire et la plupart des enquêteurs, y compris le groupe d’Adélaïde, qui mena le plus d’entretiens et rassembla le plus de documentation, ont expliqué les traces physiques de façon conventionnelle et privilégié un mirage et un éclatement de pneu, tandis que la lumière elle-même, l’observation de Henley et l’expérience de la famille n’ont jamais été identifiées à la satisfaction de tous. Les citations de la déposition à la police, d’AMDEL et des routiers sont tirées des transcriptions publiées par les enquêteurs ; les citations de presse proviennent des dépêches de l’AP et d’UPI, de Trove et des reproductions des journaux de Melbourne par la société du Victoria ; les propos télévisés de la famille sont ceux transcrits par Skeptoid. Les heures sont données telles que chaque source les donnait ; lorsqu’une source précisait son horloge, ce dossier le fait aussi.
Sources: The Mundrabilla IncidentUFO Encounters along the Nullarbor PlainThe Knowles-Nullarbor EncounterDossier de presse : « What happened out there on the Nullarbor? » et autres coupuresThe Knowles Family Nullarbor UFO
- 1971–1972
Le canular de la Nymphe du Nullarbor fait entrer Eucla dans les journaux du monde entier.
- 19 JANV 1988 · VERS 15 H
Faye Knowles et ses fils Patrick, Sean et Wayne quittent Midland, à Perth, pour Melbourne dans une Ford Telstar bleue de 1984, avec deux chiens.
- 20 JANV 1988 · VERS 1 H 30
Les routiers Graham Henley et John De Jong voient la famille acheter de l’essence à Caiguna.
- 20 JANV 1988 · VERS 3 H 30
Les camions atteignent le col de Madura sous un ciel clair et sans lune ; Anne, la coéquipière de De Jong, prend le volant.
- 20 JANV 1988 · AVANT L’AUBE
Dans le Bassin, à l’ouest de Mundrabilla, la famille rencontre une lumière en forme d’œuf, fait une embardée, fait des allers-retours, sent quelque chose se poser sur le toit et crève un pneu ; Henley voit une lumière dans son rétroviseur pendant environ cinq minutes.
- 20 JANV 1988 · VERS 4 H 45
La famille arrive terrorisée au relais de Mundrabilla ; la gérante appelle la police d’Eucla et les routiers retournent inspecter les lieux.
- 20 JANV 1988 · 13 H HEURE D’AUSTRALIE-MÉRIDIONALE
Sean et Patrick se présentent à la police de Ceduna ; un agent de police scientifique de Port Lincoln recueille une déposition et prélève la poussière sur ruban adhésif. Furnell appelle Ray Brooke vers 14 h 30.
- 20 JANV 1988 · NUIT
Frank Pangallo, de Channel 7, fait arrêter la famille à Wudinna et lui fait signer un contrat ; la voiture est cachée dans une propriété.
- 21 JANV 1988
L’histoire fait le tour du monde par les dépêches de l’AP et d’UPI, avec des équipages de thoniers qui auraient perdu leur voix ; Basterfield et Brooke parlent à la famille entre deux interviews télévisées.
- 22 JANV 1988
AMDEL examine la voiture à Wudinna.
- 23 JANV 1988
Météorites, orage sec, foudre en boule et soleil levant sont avancés dans la presse.
- 23 JANV 1988
Faye, Patrick et Wayne sont examinés dans une clinique privée de Dandenong, à Melbourne.
- 24–25 JANV 1988
Les journaux dominicaux de Melbourne rapportent la conclusion d’AMDEL ; Channel 7 annonce que la matière noire est surtout de l’oxyde de fer provenant de garnitures de frein usées.
- 28 JANV 1988
La société d’Aaron Spelling serait en négociation pour l’histoire.
- 1ER–2 FÉVR 1988
La Victorian UFO Research Society passe la voiture à l’aspirateur ; les enquêteurs d’Adélaïde l’inspectent sur le parking de Channel 7.
- MI-FÉVR 1988
Selon Ben Harris, l’affaire a disparu de la grande presse.
- 2 MARS 1988
Un homme d’équipage de l’Empris Lady parle à la police de Port Lincoln d’une lumière près du bateau, par une nuit de janvier incertaine.
- 17 OCT 1988
Un chauffeur d’autocar Pioneer signale une lumière qui suit son bus près de Mundrabilla ; UFO Research Australia l’attribue ensuite à Jupiter.
- NOV 1988
La police d’Australie-Méridionale contacte UFO Research Australia ; après négociations, la moitié de son échantillon sur ruban adhésif est remise aux enquêteurs d’Adélaïde.
- 1989
Allan Brunt publie son explication par le mirage ; Paul Norman qualifie l’affaire de tentative d’enlèvement qui a échoué.
- FIN 1989
Un microscope électronique ne trouve que du sel et de l’argile dans l’échantillon de la police.
- JANV–FÉVR 1990
Basterfield résume les trois séries d’analyses dans l’International UFO Reporter.
- 23 FÉVR 2018
Basterfield déclare à l’ABC que la nuit était « simplement un malentendu ».
Sources et entretiens
Les sources conservent leur langue d’origine ; leurs titres et descriptions sont traduits.
The Mundrabilla Incident – January 20th 1988: Report, edition twoKeith Basterfield et Ray Brooke · UFO Research Australia et UFO Research (South Australia) · 26 janvier 1988 · Avec des coupures de l’AAP et de l’Advertiser · Internet ArchiveThe Mundrabilla IncidentKeith Basterfield et Ray Brooke · UFO Research Australia Newsletter vol. 6 no 1 · Avril 1988 (compilé le 17 mars) · Avec la déposition à la police de Ceduna, le rapport d’AMDEL et l’entretien avec les routiers · Internet ArchiveThe Mundrabilla Incident – An UpdateKeith Basterfield et Ray Brooke · UFO Research Australia Newsletter vol. 7 no 1 · Mai 1989 · Avec l’entretien de Graham Henley par Bill Chalker et le récit du pilote de repérage de thons · Internet ArchiveMundrabilla: A Case BriefingKeith Basterfield et Ray Brooke · BUFORA Bulletin no 30 · Novembre 1988 · Internet ArchiveSamples from the Mundrabilla CE2Keith Basterfield · International UFO Reporter vol. 15 no 1, p. 11–13 · Center for UFO Studies · Janvier/février 1990 · Internet ArchiveA Reference Catalogue of UAP Reported from the Nullarbor Plain RegionKeith Basterfield · Version 3 · Décembre 2013 · Project 1947Ray Brooke – the passing of an Australian UAP researcherKeith Basterfield · UAP – scientific research (blog) · Septembre 2018Australia-UFODépêche de l’Associated Press, Sydney · 21 janvier 1988 · Copie de l’Executive News Service de CompuServeAustralian family tells of close encounter with UFOUnited Press International, Sydney · 21 janvier 1988 · UPI ArchivesUFO encounter on Nullarbor Plain reportedThe Canberra Times, p. 7 · 21 janvier 1988 · Trove, Bibliothèque nationale d’AustralieFishermen report UFO sightingPort Lincoln Times, p. 1 · 21 janvier 1988 · Trove, Bibliothèque nationale d’AustralieA new UFO ‘sighting’The Canberra Times, p. 3 · 22 janvier 1988 · Trove, Bibliothèque nationale d’AustralieSceptic gives theory on UFO sightingThe Canberra Times, p. 8 · 23 janvier 1988 · Trove, Bibliothèque nationale d’AustralieFor a while, something was rotten in the ACTThe Canberra Times, p. 2 · 24 janvier 1988 · Chronique de la semaine · Trove, Bibliothèque nationale d’AustralieUS TV firm interested in UFO reportThe Canberra Times, p. 9 · 28 janvier 1988 · Trove, Bibliothèque nationale d’AustralieSailor says he saw an ‘unusual sight’Port Lincoln Times, p. 1 · 3 mars 1988 · Trove, Bibliothèque nationale d’AustralieLettre de Keith Basterfield, d’UFO Research (South Australia), au rédacteur en chefPort Lincoln Times, p. 4 · 17 mars 1988 · Trove, Bibliothèque nationale d’AustralieThe Knowles-Nullarbor EncounterJohn Auchettl · Australian UFO Bulletin, Victorian UFO Research Society · Mars 1988 · Avec un dossier de presse tiré du Sun, du Herald, de The Age, du Sunday Press et du Sunday Observer · Internet ArchiveDossier de presse : « What happened out there on the Nullarbor? » et autres coupuresAustralian UFO Bulletin, Victorian UFO Research Society · Juin 1988 · Reproduit l’article du Sun (Melbourne) du 30 janvier 1988 · Internet ArchiveOn the UFO TrailPaul Norman, avec un éditorial · Australian UFO Bulletin, Victorian UFO Research Society · Septembre 1988 · Internet ArchiveParticle analysis of the Mundrabilla samplesJohn Auchettl · Australian UFO Bulletin, Victorian UFO Research Society · Mars 1989 · Internet ArchiveUFO Encounters along the Nullarbor PlainPaul Norman · chapitre 8 de The UFO Report 1990, sous la direction de Timothy Good · Sidgwick & Jackson · 1989 · Internet ArchiveA9755, 5: UFO reports (unusual aerial sightings), RAAF Headquarters Support Command, 1986–1992Archives nationales d’Australie · Article 3533434 · Contient la copie de la VUFORS du rapport de microscopie électronique de Richard Haines sur la « poussière de Mundrabilla »The Mundrabilla Incident, parts I and IIWalt Andrus · MUFON UFO Journal nos 239 et 240 · Mars et avril 1988 · Internet ArchiveUFO World 89Jenny Randles (dir.) · British UFO Research Association · 1989 · Internet ArchiveUFOs in the 1980s: The UFO Encyclopedia, vol. 1, “Australian Ufology”Jerome Clark · Apogee Books · 1990 · Internet ArchiveThe Nullarbor UFOTim Mendham · the Skeptic (Australian Skeptics) vol. 8 no 1 · 1988 · Repris dans le recueil The Second Coming: UFOs, 1986 to 1990The Nullarbor UFO Incident: Dramatic Case Quickly FadesBen Harris · Skeptical Inquirer vol. 12 no 4, p. 349–352 · Été 1988 · Internet ArchiveThe 1988 Nullarbor UFO Mystery – SolvedA. T. Brunt · The Skeptic (Royaume-Uni) vol. 3 no 5 · 1989 · Republié dans la série « From the archives » du SkepticFlying saucers of Nullarbor just an illusionAlex Harris · The Canberra Times, p. 19 · 15 octobre 1989 · Trove, Bibliothèque nationale d’AustralieUFO flew beside bus, says driverThe Canberra Times, p. 4 · 20 octobre 1988 · Trove, Bibliothèque nationale d’AustralieUFO was probably JupiterThe Canberra Times, p. 13 · 28 octobre 1988 · Trove, Bibliothèque nationale d’AustralieI tackled a Nullarbor alienAustralasian Post · 20 mai 1989 · Repris dans International UFO Press no 118 · Internet ArchiveAustralian Family Suffer Bizarre Shared DelusionRobert Bartholomew · It’s Catching, Psychology Today · Septembre 2016The Knowles Family Nullarbor UFOBrian Dunning · Skeptoid, épisode 715 · 18 février 2020South Australia’s X-Files: Curious Adelaide cracks open our most mysterious UFO casesNicola Gage et Daniel Keane · ABC News · 23 février 2018Update on MundrabillaJenny Randles (dir.) · Northern UFO News no 130 · 1988 · Internet ArchiveA UFO film – “The Nullarbor”Keith Basterfield · UAP – scientific research (blog) · Juin 2018Time in AustraliaWikipedia · Sur le fuseau horaire non officiel de l’heure du Centre-Ouest, utilisé entre Caiguna et Border VillageVous avez repéré une erreur ou connaissez une meilleure source ? 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