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DOSSIER / 067 — 1896

L’aéronef au-dessus de Sacramento

Un soir de novembre 1896, une lumière passa en se balançant au-dessus des toits de Sacramento, et des employés des tramways entendirent là-haut des voix chanter et quelqu’un crier de « la faire monter » avant qu’elle ne heurte un clocher. En une semaine, un avocat décrivait la machine de son client se posant « aussi légèrement qu’une feuille qui tombe », et la moitié de la Californie était sur ses toits à regarder Vénus. L’inventeur ne fut jamais présenté.

Gravure de journal en noir et blanc représentant un aéronef sombre en forme de cigare, surmonté de deux ailes pâles, nervurées, en éventail, qui vole dans un ciel nocturne ; un faisceau de projecteur jaillit vers la gauche depuis sa proue et un cône de lumière descend de son ventre sur un paysage sombre hachuré.
1896
Un dessin, pas une photographie : l’illustration de une du San Francisco Call du 23 novembre 1896, légendée « The Great Airship That Is Startling the People of Many Cities. Drawn From Descriptions of the Inventor’s Attorney, George D. Collins » (le grand aéronef qui fait sensation dans de nombreuses villes, dessiné d’après les descriptions de l’avocat de l’inventeur, George D. Collins). D’après l’exemplaire du Call de la California State Library, numérisé dans International UFO Press n° 255, via Internet Archive. Domaine public. Recadrée.

Deux jours jusqu’à la Californie

L’aéronef arriva en Californie sous forme de rumeur avant que quiconque ne le voie. Le soir du mardi 17 novembre 1896, le Sacramento Bee publia un télégramme de New York annonçant qu’un homme avait mis au point un aéronef et qu’il s’élèverait le vendredi suivant, avec un ou deux amis, d’un terrain vague de la ville pour voler tout droit jusqu’en Californie en deux jours. L’idée n’avait rien d’absurde pour les Californiens. Frederick Marriott, l’éditeur de San Francisco, avait fait voler à quelques pieds du sol son modèle à vapeur, l’Avitor Hermes Jr., sur un champ de courses au sud de la ville en juillet 1869, avant de l’exposer au pavillon du Mechanics’ Institute avec des vols programmés, jusqu’à ce qu’il prenne feu. En mai, le grand modèle d’aéroplane de Samuel Langley avait fait les gros titres grâce à un vol d’essai réussi, et le 1er novembre la Detroit Free Press avait promis qu’un inventeur new-yorkais construirait et ferait voler sous peu un « torpilleur aérien ». Il y avait même déjà eu quelques histoires étranges. Le dimanche 1er novembre, sur la crête de Bolinas, à l’ouest du mont Tamalpais, un reporter du Call rencontra un vieux chasseur nommé Brown qui commença par : « Est-ce que j’ai l’air d’un fou ? » La veille au matin, raconta-t-il, alors que le brouillard se levait, il avait vu « un aéronef juste là-haut, à deux cents pieds au-dessus de ces pins », une grande forme sombre sur laquelle quelque chose bougeait. Et un poseur de lignes de la Postal Telegraph affirmait avoir vu une lumière étrange près de Suisun vers neuf heures du soir le dimanche 15 novembre.

Sources: Voices in the SkyFrederick MarriottThe Airship Hysteria of 1896–97Strange Craft of the Sky: Sacramento Men Describe the AirshipClaim They Saw a Flying Airship: Strange Tale of Sacramento Men Not Addicted to Prevarication

« Montez-la, vite ! »

Entre six et sept heures, ce mardi soir, sous un épais plafond de nuages et par un fort vent du sud-ouest, des habitants de l’est de Sacramento virent ce que le Bee appela « une simple lampe à arc électrique propulsée par quelque force mystérieuse » surgir de l’est au-dessus des toits. Elle vogua irrégulièrement vers le sud-ouest, « tantôt descendant plus près de la Terre, tantôt remontant soudain », à peu près dans l’axe de K Street, et dériva nettement au sud de K après la Quatorzième Rue. Le groupe de témoins le plus fourni était celui des employés de la compagnie de tramways électriques, dont elle survola le dépôt : ils sortirent et entendirent, selon la dépêche envoyée au Call le soir même, « des voix chantant en chœur, une chanson entraînante, qui s’éteignit peu à peu ». La description des voix donnée par le Bee fut la phrase que tout le monde reprit : « non pas le chuchotement des anges, non pas les marmonnements sépulcraux des esprits malins, mais les paroles intelligibles et les rires joyeux d’êtres humains ». Là où la lumière plongeait vers les toits, des voix crièrent : « Montez-la, vite ! Vous foncez droit sur ce clocher ! » G. C. Snyder, contremaître du dépôt, observa une lumière blanche qui « montait et descendait et oscillait de droite à gauche comme si elle était propulsée par quelque force motrice », et affirma que ce n’était ni une étoile ni un météore. Des wattmen près d’East Park entendirent quelqu’un au-dessus d’eux dire : « Eh bien, nous devrions être à San Francisco demain midi. » Le Sacramento Daily Record-Union, plus prudent, rapporta « une grosse boule de feu, comme une lampe électrique », visible plus d’une demi-heure, et admit que quelqu’un avait peut-être lâché un ballon illuminé, « ou qu’un météore égaré cherchait le reste de la bande ».

Sources: Voices in the SkyClaim They Saw a Flying Airship: Strange Tale of Sacramento Men Not Addicted to PrevaricationWhat Was It? An Apparition Wandering Through the Atmosphere

Des dizaines de témoins oculaires

Le San Francisco Call en fit sa une le jeudi 19 novembre, sous le titre « Strange Craft of the Sky » (un étrange vaisseau du ciel). Son correspondant à Sacramento affirmait avoir interrogé en personne « des dizaines de citoyens honorables », et le portrait composite qu’ils lui livrèrent était celui d’un corps oblong, en forme d’œuf, « muni de roues en éventail de chaque côté, dont les révolutions rapides, battant l’air, servaient à propulser le vaisseau droit contre le vent », qui tanguait comme un bateau forcé à remonter un courant, avec un projecteur « environ deux fois grand comme une lampe à arc » suspendu dessous. R. L. Lowry dit avoir distingué quatre hommes actionnant les roues « tout à fait à la manière d’un cycliste qui pousse sa machine le long d’un boulevard », et qu’un passant leur avait crié pour demander où ils allaient ; la réponse fut San Francisco, avant minuit, bien que personne ne pût nommer l’homme qui avait posé la question. E. Wenzel, de la brasserie Scheld, entendit l’équipage « entonner un joyeux refrain ». David Carl, entraîneur de chevaux à l’Agricultural Park, fut apparemment le premier à le voir, tout près du sol, et entendit une voix dire : « Nous sommes trop bas ici ; faites-la monter plus haut », suivie d’une dispute sur l’altitude. T. P. de Long trouva que le chant ressemblait « au bruit produit par un phonographe ». Frank Ross, surintendant adjoint du réseau de tramways, ne vit que la lumière mais était « certain que ce ne peut en aucune façon avoir été une “mystification” ». M. T. Shelly aperçut, quand l’engin donna de la bande, « un réceptacle en forme de cigare » surmonté d’une paroi sombre, et la fille du maire vit une lumière d’un blanc éclatant qui « n’était certainement pas un météore ». Un spectateur avait tout compris : c’était la machine qu’Edison aurait, disait-on, offerte au gouvernement pendant la crise vénézuélienne, mise à l’essai à présent que les relations avec l’Espagne étaient tendues.

Gravure de journal en noir et blanc d’un aéronef renflé muni de quatre grands ventilateurs semblables à des hélices, projetant des rayons de projecteur vers le bas au-dessus des toits d’une ville la nuit, avec en contrebas un haut clocher d’église et un capitole à dôme ; une légende imprimée court en bas de l’image.
« The Airship That Passed Over Sacramento Tuesday Evening, as Described by Scores of Eye-Witnesses » (l’aéronef qui est passé au-dessus de Sacramento mardi soir, tel que l’ont décrit des dizaines de témoins oculaires), à la une du San Francisco Call du 19 novembre 1896, avec le clocher et le dôme du Capitole en contrebas. Le lendemain soir, des passagers des tramways d’Oakland comparèrent ce qu’ils avaient vu à cette image. Exemplaire de la California State Library, numérisé dans International UFO Press n° 255, via Internet Archive. Domaine public. Source de l’image

Sources: Strange Craft of the Sky: Sacramento Men Describe the AirshipInternational UFO Press no 255 : unes du San Francisco Call du 19 novembre au 1er décembre 1896

« Tout le reste n’est que fantaisie »

Les journaux de Sacramento étaient moins sûrs d’eux. L’éditorial du Record-Union du 20 novembre, « Air Fancies » (fantaisies aériennes), concédait qu’une lumière avait été vue et balayait le reste, y compris l’équipage de quatre hommes, les voix et le journal de San Francisco qui avait imprimé « une image de ce à quoi ressemblait le prétendu aéronef » : « La lumière a été vue ; tout le reste n’est que fantaisie ou plaisanterie, ou imagination et plaisanterie réunies. » Le San Francisco Chronicle y vit « probablement l’un des plus grands canulars ... jamais lancés sur une communauté », tout en admettant qu’il était « difficile d’expliquer la sincérité évidente de ceux qui affirment avoir vu la machine et entendu les voix », et le lendemain il cita l’astronome George Davidson, pour qui c’était le « fruit d’une sorte de franc-maçonnerie de menteurs. Une demi-douzaine de gaillards se sont réunis, ont lâché un ballon muni d’une espèce de dispositif d’éclairage électrique, et l’imagination a fait le reste ». L’Oakland Tribune compara l’aéronef au serpent de mer, qui n’apparaissait jamais « quand le whisky venait à manquer », et le Woodland Mail le qualifia de « bobard le plus mince jamais mis à flot ». Le Call ne lâcha pas. Le 20 novembre, il rapporta que des habitants des faubourgs de Sacramento s’étaient précipités à leurs fenêtres parce que leurs chambres étaient éclairées comme si la maison d’un voisin brûlait, qu’en ville on se saluait désormais par « Avez-vous vu l’aéronef ? », que des électriciens avaient calculé qu’une telle lumière exigeait au moins un cheval-vapeur, et que l’observateur du Weather Bureau, Barwick, assurait qu’un météore, par une nuit pareille, aurait été violacé, jamais du blanc d’une lampe à arc.

Sources: Air Fancies (éditorial)Airships: Part IThat Peculiar Night Visitant: Many of Sacramento’s Best Citizens Certain It Was an Airship

« Ben ça alors, qu’est-ce que c’est ? »

Le soir du vendredi 20 novembre, la chose traversa la baie. Peu après cinq heures, Selby Yost, wattman sur la ligne de Piedmont et membre de l’Oakland Guard, était en retard quand un petit garçon, sur la chaussée à hauteur de la Trentième Rue, s’écria : « Ben ça alors, qu’est-ce que c’est ? » Les passagers levèrent les yeux, exigèrent qu’il arrête la voiture et descendirent sur la chaussée, « la foule la plus stupéfaite que j’aie vue de ma vie ». « Je n’aimais pas l’idée de m’avouer que j’étais soudain devenu fou, dit Yost, mais vraiment, pendant un moment, je me suis demandé si mes sens m’avaient abandonné. » C’était, dit-il, « la chose la plus étrange à voir que j’aie jamais vue ». Charles H. Ellis, armurier des compagnies A et F, l’aperçut vers cinq heures et demie près de la Vingt-Quatrième Rue et de New Broadway : elle « ressemblait un peu à un ballon voyageant de bout, avec une lumière vive à l’avant, une autre dessous, et ce qui semblait être des ailes à la fois devant et derrière la lumière », peut-être à mille pieds de haut. Il avait pris l’histoire de Sacramento pour une plaisanterie. « Cette fois, pourtant, je n’avais pas le choix. Il me fallait croire ce que je voyais. » Après St. Mary’s College, elle sembla descendre « comme si elle était parfaitement maîtrisée » puis s’éloigna vers San Francisco. Les passagers dirent au Call qu’elle ressemblait de près à l’illustration du journal parue le jeudi, et le dimanche le Call publia un nouveau dessin de la lumière au-dessus de St. Mary’s, ajoutant qu’elle était « exactement comme » ce que décrivaient les habitants de Sacramento.

Sources: A Genuine Aerial Ship: So Says the Inventor’s Attorney · Its Lights Seen Last Night · Said to Be an Oroville InventionSaw the Mystic Flying Light (les témoins d’Oakland du 20 novembre)

Aussi légèrement qu’une feuille qui tombe

Le samedi soir, un reporter du Chronicle trouva George D. Collins, avocat de San Francisco dont le cabinet occupait le deuxième étage du Crocker Building, chez lui à Alameda, et le dimanche 22 novembre le journal qui avait qualifié toute l’affaire de canular publia le scoop de la semaine. « Il est parfaitement vrai qu’il existe enfin un aéronef qui fonctionne, déclara Collins, et que la Californie aura l’honneur de le présenter au monde. » Il était l’avocat de l’inventeur. Son client était un homme très fortuné qui étudiait les machines volantes depuis quinze ans, était venu du Maine sept ans plus tôt et avait dépensé au moins 100 000 dollars ; sa demande de brevet se trouvait à Washington, et il craignait qu’on ne la lui vole au Bureau des brevets. Puis Collins alla plus loin. « J’ai vu la machine un soir de la semaine dernière, à l’invitation de l’inventeur. Elle est en métal, mesure environ 150 pieds de long et est construite pour transporter quinze personnes. » Elle avait « deux ailes de toile de dix-huit pieds de large et un gouvernail en forme de queue d’oiseau ». Les ailes battaient lentement tandis qu’elle s’élevait à environ quatre-vingt-dix pieds, elle décrivit un cercle, puis « redescendit tout droit, très gracieusement, touchant le sol aussi légèrement qu’une feuille qui tombe ». C’était son client, dit-il, que Sacramento avait vu : il était parti d’Oroville, dans le comté de Butte, avait fait des allers-retours au-dessus du Capitole et s’était posé de ce côté-ci de la baie, où la machine reposait à présent, « gardée par trois hommes ». Le mouvement ondulant du vaisseau avait donné le mal de mer à l’inventeur, mais dans six jours il survolerait San Francisco « et traverserait Market Street une douzaine de fois ». Il pourrait voler jusqu’à New York demain s’il le voulait. L’histoire partit sur les fils télégraphiques et fit le tour du pays, à Boston sous le titre « Airship a Fact: A Son of Maine Has Mastered the Secret » (l’aéronef est une réalité : un fils du Maine a percé le secret).

Sources: A Genuine Aerial Ship: So Says the Inventor’s Attorney · Its Lights Seen Last Night · Said to Be an Oroville InventionUFO Fever in America’s Historical Newspapers: The Mysterious Airships of 1896–97Airships: Part I

« Quelle sorte de whisky avez-vous bu ? »

Le même dimanche soir, la lumière revint à Sacramento, cette fois au-dessus du centre-ville, et le correspondant du Call rapporta qu’on n’entendait de tous côtés que « l’aéronef, l’aéronef, l’aéronef ». Les toits se couvrirent de monde et les wattmen criaient la nouvelle depuis leurs voitures. Jacob Zemansky, « le marchand de cigares bien connu du centre-ville », braqua une lunette sur elle : « Si ce n’était pas une lampe à arc électrique d’une puissance intense, alors je n’en ai jamais vu. À l’œil nu, elle semblait avancer en ligne droite, mais vue à travers la lunette, elle montait et descendait comme un bateau sur une marée qui se gonfle doucement », avec « une masse sombre d’une substance semblable à de la brume » au-dessus. Colvin Brown, correspondant du Chronicle à Sacramento et sceptique déclaré, se tenait à un coin de rue, un almanach à la main, essayant de prouver que Vénus avait quitté son orbite et « faisait la coquette avec Sacramento », puis partit trouver le sergent de la météo. Les exemplaires du Call du mercredi, avec le premier article, ne se trouvaient plus « pour rien au monde ». Le lundi, le Call répliqua à son rival avec sa propre interview de Collins, menée dans son salon d’Alameda après qu’il se fut caché toute la journée de gens qui voulaient lui faire dessiner le vaisseau, et avec un dessin de une « d’après les descriptions de l’avocat de l’inventeur » sous le titre « A Winged Ship in the Sky » (un vaisseau ailé dans le ciel). Ce Collins-là était plus bavard et plus vague. L’inventeur, un bel homme d’environ quarante-sept ans, lui avait rendu visite une demi-douzaine de fois avant de se confier, et quand il en arriva au mot aéronef, Collins éclata de rire. « “Quelle sorte de whisky avez-vous bu ?” lui ai-je demandé. » L’homme se redressa : « “Je n’ai pas bu, monsieur, et quand je bois, ce n’est pas du whisky.” » À la question de savoir si quelqu’un de sa famille avait séjourné à l’asile d’aliénés, il répondit que tout le monde prend un inventeur pour un fou jusqu’à ce que son invention fonctionne, et « alors, je suppose, les gens l’appellent un génie ». Collins disait maintenant, pour autant qu’il s’en souvienne, que le vaisseau marchait à l’air comprimé, qui actionnait les bras et produisait la lumière, et dans cette version il ne prétendait jamais l’avoir vu voler : le voyage à Sacramento, quelques tours au-dessus du Capitole et le passage au-dessus d’Oakland, tout cela, c’était l’inventeur qui le lui avait raconté. Quand un avocat de passage, R. B. Mitchell, vint le voir en soupçonnant que l’inventeur était caché dans la maison, Collins avança que, par n’importe quelle belle nuit, il se trouvait à un demi-mille de hauteur dans sa machine. « Je crois qu’il est rentré chez lui, et s’il l’a fait, il y est certainement allé en volant. »

Sources: Sacramentans Startled: Thousands View the Great Airship With Wonder · Others Who Saw ItA Winged Ship in the Sky: It Cleaves the Air With Pinions Like a Huge CondorInternational UFO Press no 255 : unes du San Francisco Call du 19 novembre au 1er décembre 1896

« L’affirmation selon laquelle je l’aurais vu fonctionner est fausse »

Dès le lundi après-midi, Collins battait en retraite. Le Bulletin titra « IT IS A FAKE » (c’est une supercherie) et le cita : « Je n’ai jamais vu l’aéronef et je n’en sais rien. » L’Examiner, le journal de Hearst, avait dépêché un homme à Oroville, qui rapporta qu’« aucun homme riche venu du Maine, ni d’aucun autre État, ne s’est installé ici depuis sept ans ». Ce soir-là, Collins assura au Call qu’il n’avait « pas un mot à retirer » de l’entretien accordé au journal, mais que le Chronicle avait grossièrement déformé ses propos : « L’affirmation selon laquelle je l’aurais vu fonctionner est fausse. » Tout ce qu’il savait, c’est qu’un homme qui paraissait parfaitement sain d’esprit voulait un brevet. L’inventeur, disait-il désormais, était un habitant de San Francisco qui avait construit la machine près d’Oroville, et il prévint que le Chronicle avait déniché « un certain Dr Benjamin, je crois » pour revendiquer l’invention et prétendre lui avoir versé 500 dollars de provision. « Je suis aussi sceptique que quiconque quant au fonctionnement réel de l’engin, mais je ne suis pas assez sot pour dire que c’est une impossibilité. » Le Chronicle exhuma sa précédente parole d’honneur qu’il avait vu le vaisseau et fit remarquer que « M. Collins était manifestement en transe à ce moment-là ». Le Call, de son côté, se trouva des alliés. Henry W. Bradley, du cabinet Stanly, Hayes & Bradley, laissa échapper : « Je sais qu’il s’est posé à 3 heures », puis s’interrompit : « Vous m’avez fait dire plus que je ne voulais. » Il s’attendait, dit-il, à être invité à l’inspecter ce jour-là, mais l’invitation ne vint jamais. Le maire de San Francisco, Adolph Sutro, raconta que certains de ses gens, à Sutro Heights, avaient vu deux lumières arriver de la mer, l’une sous « une masse d’aspect brumeux », et qu’un aéronef ne serait pas plus merveilleux que le télégraphe, le téléphone, le phonographe ou les rayons X. Enfin le Dr E. H. Benjamin, retrouvé à grand-peine, déclara ne rien savoir d’aucun aéronef, tout en précisant que s’il en avait inventé un, il se tairait jusqu’à ce que ses brevets soient assurés. Oui, Collins était son avocat ; oui, il lui avait rendu visite l’après-midi même.

Sources: Close Encounters of the Earliest KindAirships: Part IThe Apparition of the Air: Attorney Collins’ Tale Supported · Dr. Benjamin Disclaims the Invention

Deux ou trois hommes et la ville de La Havane

Le mercredi 25 novembre, le Call annonça que l’aéronef avait changé d’avocat la veille. L’inventeur, soucieux de garder l’incognito, estimait que « Collins avait parlé trop, et sans sagesse », et avait porté son affaire quelques étages plus haut dans le Crocker Building, chez William H. H. Hart, ancien attorney general (procureur général) de Californie, qui, à l’en croire, avait été agent du Secret Service à quatorze ans et possédait la seule mine au monde où l’on trouvait de l’osmium à l’état de métal. Le dimanche, Hart avait déclaré au Call : « J’ai vu la chose en l’air de mes propres yeux. » Le journal rapportait à présent qu’il n’avait pas du tout vu la machine californienne, et il ajouta : « Je ne m’attends pas à la voir moi-même, ni même à y jeter un coup d’œil. » C’était celle de l’Est qu’il avait vue. Rien de tout cela n’entama la revendication la plus sensationnelle de l’affaire. « Il y a deux inventions et elles se ressemblent beaucoup », dit-il, l’une de l’Est et l’autre de Californie, et il comptait les réunir. « Je me propose de l’employer entièrement à des fins de guerre. » L’engin transporterait « quatre hommes et 1 000 livres de dynamite », il lui faudrait un fond à l’épreuve des balles et il devrait flotter s’il tombait en mer ; Hart refusa de nommer les bailleurs de fonds : « Nous ne voulons pas être arrêtés comme flibustiers dès le premier essai de la machine. » Sa destination était l’insurrection cubaine contre l’Espagne. « D’après ce que j’en sais, je suis tout à fait convaincu que deux ou trois hommes pourraient détruire la ville de La Havane en quarante-huit heures. » Les associés pourraient empocher de cinq à dix millions de dollars en cinq ou six mois, et « nous aimerions mieux gagner 5 000 000 de dollars en six mois que 100 000 dollars en cinquante ans ». Son seul défaut était de ne pouvoir rester immobile : « il faut le maintenir en mouvement comme une flèche ». La même page désignait un nouvel inventeur possible, un « Dr Catlin », assisté de Benjamin et d’un certain George Applegate, et un initié qui avait « un petit paquet d’actions de l’aéronef dans la poche intérieure » expliquait que ce que Sacramento avait entendu n’était pas un chant mais le bourdonnement de la machinerie, et qu’après le premier vol le docteur s’était posé à trois heures du matin dans une basse-cour de l’un des comtés de la baie et avait enfermé le vaisseau dans la grange.

Portrait gravé, tiré d’un journal, d’un homme à la barbe fournie et à la moustache, les cheveux rejetés en arrière au-dessus d’un front dégarni, en redingote sombre et nœud papillon, avec la légende imprimée « Ex-Attorney-General W. H. H. Hart. »
« Ex-Attorney-General W. H. H. Hart » (l’ancien procureur général W. H. H. Hart), le second avocat de l’aéronef, à la une du San Francisco Call du 26 novembre 1896, le jour où il répéta, « comme je l’ai déjà dit », qu’il n’avait « pas vu moi-même la machine en marche ni au repos ». Exemplaire de la California State Library, numérisé dans International UFO Press n° 255, via l’Internet Archive. Domaine public. Source de l’image

Sources: Mission of the Aerial Ship: Will Probably Be Used to Destroy the City of HavanaSacramentans Startled: Thousands View the Great Airship With Wonder · Others Who Saw ItWilliam H. H. HartThe Airship Scare and War Hysteria

Des dents de magasin inachevées

Dans le journal du jeudi, le dentiste s’était volatilisé. Benjamin louait depuis deux ans la chambre sur rue d’une pension du 633 Ellis Street ; le mercredi, les meubles et les tapis de la maison passèrent sous le marteau du commissaire-priseur, et Benjamin partit vers huit heures du matin, ses effets bouclés dans des malles, en disant qu’il serait de retour à midi. Il ne revint pas, et le soir la sonnette avait été bloquée de l’intérieur. Une jolie brune de la maison expliqua que des reporters venaient sonner jour et nuit et que « certains ont campé sur le perron jusqu’à 4 heures du matin ». Le commissaire-priseur glissa son mot : « Il est allé chercher son aéronef pour emmener cette dame en Europe, où il l’épousera. » Dans la chambre traînaient des chutes de cuivre et de petites coupelles de la taille d’un embout de canne, qui ressemblaient à des amorces à percussion, et quelqu’un suggéra que c’était du matériel destiné à la destruction de La Havane. « Le romanesque de ces petits morceaux de laiton vola cependant en éclats », rapporta le Call, quand on apprit que Benjamin faisait des expériences sur les bridges continus et que les coupelles étaient « les couronnes de rangées de molaires artificielles ». Les hommes du commissaire-priseur, apprenant qu’ils tenaient des « dents de magasin inachevées », jetèrent leurs souvenirs dans la rue. Le Dr Joseph D. Hodgen, du State Board of Dental Examiners (conseil des examinateurs dentaires de l’État), déclara que Benjamin venait du Maine et n’était pas un dentiste en exercice régulier, mais qu’il passait son temps à des expériences de prothèse dentaire ; le 12 ou le 17, il l’avait croisé dans la rue, une sacoche à la main, en route pour Oroville afin de voir sa tante, et peu après il avait lu le récit des lumières au-dessus de la vallée du Sacramento. Collins, rappelait le Call, avait dit que Benjamin avait de riches parents près d’Oroville. Hart, à qui l’on demandait si Benjamin avait aidé à construire la machine, répondit : « Je ne connais pas le Dr Benjamin. » « Comme je l’ai déjà dit, ajouta-t-il, je n’ai pas vu moi-même la machine en marche ni au repos. » Il était sûr qu’elle fonctionnait parce qu’elle était « très semblable à celle que j’ai vue dans le New Jersey », qui avait volé sur quinze ou vingt perches, et parce que « j’ai vu les plans ». Quant au public, « nous préférerions qu’il la croie une chose imaginaire ».

Sources: Hart Stands by His Ship · All Sacramento Agape · Dr. Benjamin Disappears · Jokers Make Generous Purchases of Fire BalloonsInternational UFO Press no 255 : unes du San Francisco Call du 19 novembre au 1er décembre 1896Airships: Part I

Vénus au-dessus de Market Street

Pendant ce temps, le ciel s’était peuplé. Vers six heures du soir, le mardi 24 novembre, le cri s’éleva sur Market Street : on voyait le phare de l’aéronef au-dessus des Chutes, et des milliers de passants s’arrêtèrent pour regarder ; sur la colline de California Street, rapporta le Call, « les jeunes pousses et les beautés de la bonne société, en élégantes capes, et les galants munis de lorgnettes » se joignirent à eux. Le professeur Davidson sortit son télescope et identifia la lumière : c’était Vénus ; plus tard dans la soirée, Jupiter attira ses propres foules. À 23 h 30, un ballon illuminé s’éleva au-dessus des bureaux de l’Examiner sur Market Street ; le Call accusa l’Examiner, « ce “monarque des fumistes” », d’avoir monté ce canular, ainsi qu’un autre à Oakland la veille au soir. Une entreprise de feux d’artifice dit avoir vendu plus de montgolfières à feu en une semaine que depuis le 4 Juillet, et un comité de vigilance de Mission Dolores, mené par un capitaine de six pieds quatre pouces nommé James Peoples, monta sur Twin Peaks pour traquer les plaisantins. À Vallejo, les projecteurs des monitors de la Navy Monadnock et Monterey balayèrent le ciel à la recherche du « navire de guerre des airs ». Et Sacramento continuait de le voir. Par la soirée calme du 25 novembre, une lumière « au moins trois fois aussi grosse » que Vénus tourna autour de la ville, et tout le personnel du Capitole sortit regarder. E. D. McCabe, secrétaire du gouverneur Budd, qui avait ri toute la semaine, déclara qu’elle était « assurément produite par l’électricité ou le magnésium, et ne peut en aucun cas être une étoile ou un météore ». Le district attorney (procureur) Frank D. Ryan marmonna : « Et l’on verra d’étranges signes dans les cieux. Des guerres et des bruits de guerres. J’irai certainement à l’église demain, car c’est peut-être l’avènement du millénium », puis éclata de rire : « Cette chose me dépasse. » George A. McCalvy, secrétaire d’État adjoint, qui taquinait son ami Collins au téléphone, concéda que « rira bien qui rira le dernier ».

Sources: Mission of the Aerial Ship: Will Probably Be Used to Destroy the City of HavanaHart Stands by His Ship · All Sacramento Agape · Dr. Benjamin Disappears · Jokers Make Generous Purchases of Fire BalloonsDépêches sur l’aéronef depuis Auburn, Fresno et Vallejo (« Inquisitive Rivals »)

Sept pieds de haut et d’une beauté divine

À mesure que l’histoire des avocats s’effilochait, la campagne l’enjolivait. Le Stockton Daily Independent rapporta qu’un capitaine de vapeur, en amont sur le fleuve, avait été réveillé par son cuisinier terrifié et avait vu une « armature en forme de cigare » et entendu des coups sourds dans les cieux, et qu’un veilleur de nuit de l’asile d’État avait chronométré le vaisseau à 21 h 45 min 35 s, « à moins de 210 pieds du sol », fumant aux deux bouts ; le journal proposait de payer un homme sobre pour qu’il s’asseye sur le dôme du palais de justice et fasse le guet. Le 27 novembre, le Stockton Evening Mail publia le récit du colonel H. G. Shaw, ancien membre de sa propre rédaction, qui affirmait que le soir du mercredi 25 novembre, alors qu’il rentrait de Lodi en voiture attelée avec un jeune homme nommé Camille Spooner, son cheval s’était arrêté avec « un ébrouement de terreur ». Sur la route se tenaient trois êtres « hauts de près de sept pieds, sinon tout à fait, et très minces », couverts de quelque chose qui « n’était pas du poil, ni ne ressemblait à des plumes, mais était doux comme de la soie », avec un nez pareil à de l’« ivoire poli ». Ils ne parlaient pas vraiment, ils gazouillaient, « une mélopée monotone, tirant sur le guttural », respiraient dans des sacs à embouts qui faisaient le bruit d’« une personne gonflant un ballon de football », portaient des lumières de la grosseur d’un œuf et ne pesaient presque rien quand Shaw en souleva un par le coude. Ils étaient « d’une beauté plus divine que tout ce que j’ai jamais contemplé ». Ils tentèrent de l’emporter, échouèrent, et s’éloignèrent d’une démarche chaloupée, ne touchant le sol que tous les quinze pieds environ, jusqu’à un aéronef effilé long de cent cinquante pieds qui planait au-dessus de l’eau près de Woodbridge. Shaw pensait que c’étaient des Martiens envoyés pour capturer un Terrien, et ajoutait que « les histoires que racontent certains avocats de San Francisco sont de grossières supercheries ». Le Livermore Herald fit voir au révérend John Kirby, presiding elder (surintendant de district) méthodiste, et au révérend Hugh Copeland une « énorme boule de feu » s’élever de terre près de Knights Ferry le 22 novembre : « si ce n’était pas un aéronef, qu’était-ce donc ? » Et de San Luis Obispo vint William Gordon, un marin, qui raconta avoir été engagé à Indio pour épisser les drosses de gouvernail rompues d’un cigare métallique de quatre-vingts pieds, puis invité à bord et mis à la barre ; il l’avait gouverné au compas, à quelque trois mille pieds d’altitude, au-dessus de Los Angeles et de Santa Barbara, pour un capitaine basané qui parlait espagnol à sa seule compagne, une femme.

Sources: Feasting on the Fake: San Francisco Has No Monopoly on the AirshipThree Strange Visitors Who Possibly Came From the Planet MarsDépêches sur l’aéronef : Knights Ferry, Fresno, Selma, San Luis Obispo (« The Woman in It ») · « A Fake of Showmen »Airships: Part I

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Hart continuait de parler. Le 28 novembre, il raconta au Call que son client était un cousin de John Linn, l’électricien du général rebelle cubain Antonio Maceo, que le vaisseau fonctionnerait grâce à une mystérieuse « batterie d’accumulateurs Fargo », et qu’« il sera à La Havane d’ici soixante jours ». Le client ne voulait pas d’investisseurs, « la seule chose qui m’ait donné l’impression qu’il avait peut-être perdu la boule ». Le lendemain, le Call publia une déclaration signée de Hart : « Je ne l’ai pas vu personnellement », mais il avait vu des dessins et des schémas ; deux vaisseaux avaient été construits et un troisième était en chantier ; l’inventeur avait les yeux sombres, mesurait environ cinq pieds sept pouces, pesait 140 livres et ressemblait « beaucoup » à l’acrobate aérien Arion, qui se produisait alors aux Chutes. « Peut-être est-ce là une preuve de folie. J’admettrai que c’est la première fois, à ma connaissance, que quelqu’un en Californie possède quelque chose dans quoi il ne veut que personne n’investisse d’argent. » Les observations se poursuivirent en décembre, à Forbestown, dans les collines au-dessus d’Oroville, où une centaine de personnes virent une lumière portée à la proue, et à Selma, où un négociant en grains en vit une semblable au fanal d’une locomotive. Le 3 décembre, un réservoir en fer galvanisé en forme d’aéronef fit son apparition dans un ravin près de l’hospice des pauvres de San Francisco, placé là pour faire la réclame d’un lieu de divertissement. Le 5 décembre, l’Examiner décréta qu’« il est manifeste depuis des semaines que toute l’histoire de l’aéronef est un pur mythe ». Hart fit sa dernière apparition dans le Call le 16 janvier 1897, annonçant que son client avait démonté le vaisseau et l’avait expédié à Cuba via La Nouvelle-Orléans et Key West. Collins est plus difficile à suivre. Un avocat de San Francisco nommé George D. Collins fut inculpé de bigamie en 1905, s’enfuit à Victoria, fut ramené, condamné pour parjure et frappé en 1906 d’une peine de quatorze ans, puis, ses appels rejetés, travailla à la filature de jute de San Quentin de 1909 jusqu’à sa libération en 1918. Même nom, même profession, même ville, même décennie : il pourrait bien s’agir de l’avocat de l’aéronef, mais aucun récit retrouvé à ce jour n’établit le lien.

Sources: Nearing Solution (Hart sur l’inventeur, John Linn et l’accumulateur Fargo) · observations de San JoseThree Airships, Says Hart: Over His Signature the Attorney Tells of His ClientAir Ship at ForbestownDépêches sur l’aéronef : Knights Ferry, Fresno, Selma, San Luis Obispo (« The Woman in It ») · « A Fake of Showmen »The Airship Hysteria of 1896–97Airships: Part IGeorge D. Collins, the Brilliant Attorney who Committed Bigamy and Perjury, 1905

De Hastings à Aurora

La Californie s’en remit avant la fin de l’année, mais en février 1897 l’aéronef réapparut au-dessus de Hastings, dans le Nebraska, et en avril on le voyait dans tout le Midwest et au Texas, des milliers de gens l’observant à Chicago, au cours d’une vague qui reprit le scénario californien presque point par point : des lumières la nuit, un inventeur secret, des équipages qui s’arrêtaient pour bavarder et un vaisseau chargé de dynamite en route pour Cuba. Elle engendra aussi les contes à dormir debout qui lui survécurent : la dépêche du Dallas Morning News sur un aéronef qui avait heurté l’éolienne du juge Proctor à Aurora, au Texas, et laissé un pilote mort « qui n’était pas un habitant de ce monde », histoire dont on a montré plus tard qu’elle avait été fabriquée par le correspondant local du journal ; et la génisse du rancher du Kansas Alexander Hamilton, prise au lasso par un aéronef, une galéjade de club de menteurs dont Hamilton avoua à un rédacteur en chef du Missouri, quelques semaines plus tard : « J’ai menti. » Puis on l’oublia. Charles Fort l’exhuma en 1923 et, après 1947, les ufologues s’en emparèrent. Edward Ruppelt, du Project Blue Book, s’entretint au téléphone en 1952 avec un ancien employé du Chronicle à la retraite, garçon de bureau en 1896, qui affirma que lui, le rédacteur en chef et toute la rédaction avaient vu « le vaisseau », et n’en avaient rien dit à personne de peur de passer pour fous. Dans UFOs: Operation Trojan Horse (1970), John Keel décida que l’inventeur auquel Collins et Hart avaient eu affaire était un « ultraterrestre », membre d’un ordre caché d’êtres attentifs à « semer des incohérences dans leur sillage ». Jerome Clark conclut que, débarrassée des mensonges et des plaisanteries, la vague de 1896-1897 était « une vague d’ovnis classique en tous points » ; le sociologue Robert Bartholomew y vit un « accomplissement collectif de désir » chez des gens à qui l’on avait dit que quelqu’un avait inventé l’aéronef. Les articles de journaux ne cessèrent de changer au fil des reprises. Le Weird America (1978) de Jim Brandon fit d’Ellis un homme d’affaires qui aurait vu « un oiseau géant à quatre nacelles munies de rotors », des mots qui ne figurent nulle part dans les journaux de 1896, et le livre de Daniel Cohen paru en 1981 transforma Walter Malloy, shérif adjoint de San Francisco, en « Walter Mallory, shérif adjoint de Sacramento ». Ron Genini additionna plus tard les lieux qui avaient signalé le vaisseau le seul 24 novembre et constata qu’il aurait dû voler à 136 milles à l’heure, un record de vitesse, nota-t-il, qui ne fut battu qu’en 1926.

Sources: Mystery airshipAirships: Part IAirships: Part IIThe Airship Hysteria of 1896–97AIRSHIPCAT: Oakland, California, November 20, 1896AIRSHIPCAT: Sacramento, California, November 22, 1896Sacramentans Startled: Thousands View the Great Airship With Wonder · Others Who Saw ItClose Encounters of the Earliest Kind

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Sources et entretiens

Les sources conservent leur langue d’origine ; leurs titres et descriptions sont traduits.

Voices in the SkyThe Sacramento Bee (édition du soir) · 18 novembre 1896 · d’après le dossier de Lucius Farish, transcription de Patrick GrossWhat Was It? An Apparition Wandering Through the AtmosphereSacramento Daily Record-Union · 18 novembre 1896 · p. 4 · transcription de Patrick GrossClaim They Saw a Flying Airship: Strange Tale of Sacramento Men Not Addicted to PrevaricationThe San Francisco Call · 18 novembre 1896 · p. 3 · Chronicling America, Bibliothèque du CongrèsStrange Craft of the Sky: Sacramento Men Describe the AirshipThe San Francisco Call · 19 novembre 1896 · p. 1, avec le dessin « The Airship That Passed Over Sacramento Tuesday Evening » · Chronicling America, Bibliothèque du CongrèsThat Peculiar Night Visitant: Many of Sacramento’s Best Citizens Certain It Was an AirshipThe San Francisco Call · 20 novembre 1896 · p. 1 · Chronicling America, Bibliothèque du CongrèsAir Fancies (éditorial)Sacramento Daily Record-Union · 20 novembre 1896 · p. 2 · transcription de Patrick GrossSaw the Mystic Flying Light (les témoins d’Oakland du 20 novembre)The San Francisco Call · 22 novembre 1896 · p. 13, avec le dessin de la lumière au-dessus du St. Mary’s College · Chronicling America, Bibliothèque du CongrèsA Genuine Aerial Ship: So Says the Inventor’s Attorney · Its Lights Seen Last Night · Said to Be an Oroville InventionSacramento Daily Record-Union · 23 novembre 1896 · p. 2 · reprend l’entretien de Collins publié par le San Francisco Chronicle le 22 novembre et l’article du Call sur Oakland · transcription de Patrick GrossA Winged Ship in the Sky: It Cleaves the Air With Pinions Like a Huge CondorThe San Francisco Call · 23 novembre 1896 · p. 1, avec le dessin « Drawn From Descriptions of the Inventor’s Attorney, George D. Collins » · Chronicling America, Bibliothèque du CongrèsSacramentans Startled: Thousands View the Great Airship With Wonder · Others Who Saw ItThe San Francisco Call · 23 novembre 1896 · p. 2 · Chronicling America, Bibliothèque du CongrèsThe Apparition of the Air: Attorney Collins’ Tale Supported · Dr. Benjamin Disclaims the InventionThe San Francisco Call · 24 novembre 1896 · p. 1 · Chronicling America, Bibliothèque du CongrèsMission of the Aerial Ship: Will Probably Be Used to Destroy the City of HavanaThe San Francisco Call · 25 novembre 1896 · p. 1 · Chronicling America, Bibliothèque du CongrèsHart Stands by His Ship · All Sacramento Agape · Dr. Benjamin Disappears · Jokers Make Generous Purchases of Fire BalloonsThe San Francisco Call · 26 novembre 1896 · p. 1, avec le portrait « Ex-Attorney-General W. H. H. Hart » · Chronicling America, Bibliothèque du CongrèsDépêches sur l’aéronef depuis Auburn, Fresno et Vallejo (« Inquisitive Rivals »)The San Francisco Call · 26 novembre 1896 · p. 2 · Chronicling America, Bibliothèque du CongrèsFeasting on the Fake: San Francisco Has No Monopoly on the AirshipStockton Daily Independent · 26 novembre 1896 · transcription de Patrick GrossThree Strange Visitors Who Possibly Came From the Planet MarsStockton Evening Mail · 27 novembre 1896 · p. 1 · récit du colonel H. G. Shaw · transcription de Patrick GrossNearing Solution (Hart sur l’inventeur, John Linn et l’accumulateur Fargo) · observations de San JoseThe San Francisco Call · 28 novembre 1896 · p. 1 · Chronicling America, Bibliothèque du CongrèsThree Airships, Says Hart: Over His Signature the Attorney Tells of His ClientThe San Francisco Call · 29 novembre 1896 · p. 1 · Chronicling America, Bibliothèque du CongrèsAir Ship at ForbestownOroville Daily Register · 3 décembre 1896 · transcription de Patrick GrossDépêches sur l’aéronef : Knights Ferry, Fresno, Selma, San Luis Obispo (« The Woman in It ») · « A Fake of Showmen »The San Francisco Call · 5 décembre 1896 · p. 2 · Chronicling America, Bibliothèque du CongrèsInternational UFO Press no 255 : unes du San Francisco Call du 19 novembre au 1er décembre 1896Numérisations des exemplaires du Call conservés par la California State Library, avec les tampons de la bibliothèque · Internet ArchiveUFO Fever in America’s Historical Newspapers: The Mysterious Airships of 1896–97Blog de Readex · cite les versions d’agence de l’article du Chronicle et le Bismarck Daily Tribune du 24 novembre 1896Airships: Part IJerome Clark · International UFO Reporter 16(1) · janvier-février 1991 · adapté de The Emergence of a Phenomenon · via l’Internet ArchiveAirships: Part IIJerome Clark · International UFO Reporter 16(2) · mars-avril 1991 · via l’Internet ArchiveThe Airship Scare and War HysteriaSteven A. Arts · International UFO Reporter 15(1) · janvier-février 1990 · via l’Internet ArchiveThe Airship Hysteria of 1896–97Robert E. Bartholomew · Skeptical Inquirer 14(2) · hiver 1990 · p. 171–181 · via l’Internet ArchiveClose Encounters of the Earliest KindRon Genini · American Heritage · 2005AIRSHIPCAT: Oakland, California, November 20, 1896Patrick Gross · UFOs at close sight · page de cas comparant le texte du Call avec des livres ultérieurs, dont Weird America de Jim Brandon (1978)AIRSHIPCAT: Sacramento, California, November 22, 1896Patrick Gross · UFOs at close sight · page de cas citant The Great Airship Mystery de Daniel Cohen (1981)William H. H. HartWikipedia · seizième procureur général (Attorney General) de Californie, 1891–1895George D. Collins, the Brilliant Attorney who Committed Bigamy and Perjury, 1905Thomas Duke, Celebrated Criminal Cases of America (1910), republié par HistoricalCrimeDetective.com · sur un avocat de San Francisco du même nom condamné pour parjure en 1906Frederick MarriottWikipedia · l’éditeur de San Francisco à l’origine de l’Avitor Hermes Jr. de 1869Mystery airshipWikipedia · vue d’ensemble des vagues de 1896–1897 et des théories ultérieures

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