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DOSSIER / 062 — 1979

Lumières rouges à dix heures

En novembre 1979, un charter espagnol au-dessus d’Ibiza signala deux lumières rouges qui se rapprochaient par la gauche. Le commandant piqua vers Valence et se posa à Manises, après avoir dit au contrôle, sur une bande qui a survécu : « Je n’aime pas continuer avec ce trafic. » Un Mirage de l’Armée de l’air pourchassa ensuite des lumières au-dessus de l’aéroport pendant une heure et demie. Le dossier déclassifié contient chaque transcription et aucune trace radar.

Photographie couleur d’un avion de ligne Sud Aviation Caravelle des années 1970 roulant de gauche à droite devant un déflecteur de souffle jaune, le fuselage en métal nu sous un dessus blanc à liseré rouge, la dérive peinte en rouge sombre avec les lettres TAE et l’immatriculation EC-CMS, et l’inscription « Sunshine Liner TAE » le long de la cabine.
1979
Une Super Caravelle 10B3 de TAE, EC-CMS, à l’aéroport de Mahón, à Minorque, le 20 août 1979, douze semaines avant le déroutement de Manises. C’est un appareil jumeau aux mêmes couleurs, non l’avion de l’incident, qui était l’EC-CUM. Photo : Rob Hodgkins, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

Un charter vers le soleil

Trabajos Aéreos y Enlaces, TAE, était une petite compagnie charter espagnole qui emmenait les Européens du Nord vers les plages à bord d’une poignée de Sud Aviation Caravelle de construction française, leurs dérives rouges frappées de l’inscription Sunshine Liner. Le dimanche 11 novembre 1979, l’une d’elles, la Super Caravelle EC-CUM, avait embarqué 109 touristes autrichiens et allemands à Salzbourg, avec des heures de retard, et mis le cap sur les Canaries via Palma de Majorque, où elle fit le plein et changea d’équipage. Le nouveau commandant de bord était Francisco Javier Lerdo de Tejada, trente-quatre ans, une quinzaine d’années et huit mille heures de vol à son carnet, dont six années dans l’Armée de l’air et deux dans le service de sauvetage, selon la biographie que J. J. Benítez recueillit plus tard ; à côté de lui, le copilote José Ramón Zuazu et le mécanicien navigant Francisco Javier Rodríguez, avec un troisième pilote, Luis de Luque, en passager pour aller chercher un autre appareil dans les îles. Le vol JK-297 décolla de Palma à 21 h 47 GMT, heure de Greenwich, l’horloge que gardent les bandes et le dossier, 22 h 47 aux montres espagnoles, dans une nuit que l’Armée de l’air décrirait plus tard comme d’une clarté extraordinaire : un puissant anticyclone, des vents calmes, à peine un nuage, et un ciel si pur qu’un pilote de chasse au-dessus de Valence dirait apercevoir les lumières de Madrid, à 300 kilomètres. L’Espagne était sortie depuis quatre ans de la dictature franquiste et se trouvait en pleine « fièvre des ovnis », comme disaient les journaux. On était aussi au lendemain de la fin de CRISEX-79, un grand exercice naval hispano-américain au large d’Almería qui avait amené le porte-avions USS Nimitz en Méditerranée occidentale. Une heure avant le décollage, autre chose avait commencé : le centre de sauvetage de Madrid avait prévenu la tour de Valence qu’une balise de détresse émettait sur 121,5 mégahertz, la fréquence d’urgence, quelque part au large. Aucun avion ne manquait. Personne ne parvenait à la localiser.

Carte de l’est de l’Espagne et des Baléares avec une ligne rouge continue de Palma de Majorque à Valence par Ibiza, une ligne grise en tirets qui se prolonge d’Ibiza vers Alicante, deux points rouges au sud-ouest d’Ibiza légendés deux lumières rouges 23 h 05 à 23 h 08, et une ligne bleue en tirets-points allant de la base aérienne de Los Llanos, près d’Albacete, à Valence, vers le large, au nord jusqu’à Calamocha, puis autour de Sagonte et des îles Columbretes. Une flamme orange marque Carthagène et la raffinerie d’Escombreras.
La géométrie de la nuit. Le vol JK-297 montait d’Ibiza vers Alicante quand l’équipage signala deux lumières rouges à sa position dix heures et vira vers Valence ; le Mirage F1 de Los Llanos chercha vers la mer, au nord vers Teruel et dans le triangle Valence–Sagonte–Columbretes avant que le carburant ne le renvoie chez lui. La raffinerie d’Escombreras, près de Carthagène, à quelque 180 kilomètres de la première observation, est la candidate des sceptiques pour les lumières rouges. Les heures sont locales, une heure en avance sur le GMT que garde le dossier (22 h 05–22 h 08 GMT pour les lumières rouges) ; les positions sont approximatives, d’après le dossier de l’Armée de l’air. Fond de carte : NordNordWest, CC BY-SA 3.0. Source de l’image · CC BY-SA 3.0 · NordNordWest; route overlay by uap.fun from the Air Force file

Sources: Avistamiento de fenómenos extraños en Valencia, Motril y Madrid: 11, 17 y 28 de noviembre de 1979Declaraciones a ABC del piloto del Caravelle: aterricé en Valencia ante un riesgo real de colisiónCausas del desvío del avión Super-Caravelle de la Compañía TAE. Presentada por don Enrique Múgica HerzogIncidente en ManisesEl caso Manises y las maniobras militaresAterrizaje de emergencia de un avión a causa de un ovni

« Tenemos dos señales, luces rojas »

Le dossier de l’Armée de l’air conserve la bande 34, canal 3, du contrôle de Barcelone, dactylographiée par les contrôleurs le lendemain matin. À 22 h 02 GMT, en passant la radiobalise d’Ibiza, un point de navigation, le JK-297 se signala et on lui demanda s’il entendait le signal d’urgence sur 121,5. L’équipage se cala sur la fréquence : un signal, oui, mais rien d’identifiable. À 22 h 05, le commandant revint avec une autre question. « Pouvez-vous nous confirmer un trafic près de nous, sur notre gauche, à quatre ou cinq milles environ ? » « 297, négatif. Aucun trafic signalé. » « Nous avons deux signaux, des lumières rouges, maintenant à trois milles environ, à dix heures de notre position. À peu près à la même altitude » ; dix heures, dans le langage des pilotes, désigne l’avant gauche. Barcelone n’avait rien : le JK-297 était le seul appareil sur la voie aérienne Ibiza–Alicante. Un contrôleur demanda si les lumières étaient sur la mer ou en l’air ; la Caravelle ne répondit pas à la question. « L’appareil est un trafic et il est à peu près à notre altitude », dit le commandant à 22 h 06. « Nous passons le 250 en ce moment. Ce trafic doit être entre le 23 et le 26. » Les niveaux de vol se comptent en centaines de pieds : la Caravelle montait à travers 25 000 pieds et situait les lumières entre 23 000 et 26 000. Deux minutes plus tard : « Affirmatif, nous l’avons de plus en plus près… Je ne vois que deux feux rouges fixes, pas de clignotement. » Barcelone avait appelé Palma : aucun trafic non plus au niveau 240 ou en dessous. Dans la même minute : « J’ai augmenté le taux de montée en passant le 280, et ce trafic monte beaucoup plus vite que nous et ne cesse de se rapprocher. » À 22 h 09, le commandant annonça « Pongo rumbo a Valencia », je mets le cap sur Valence, et fut transféré au secteur Levante de Barcelone, les contrôleurs qui gèrent l’espace aérien le long de la côte valencienne.

Page dactylographiée numérisée intitulée Transcripción cinta 34, día 11/XI/79, canal 3, avec des colonnes pour l’heure, la station et le message, frappée du tampon rouge CONFIDENCIAL et d’un tampon bleu de la bibliothèque de l’Armée de l’air daté du 1er septembre 1994. Les entrées vont de 2202 à 2205 et comprennent l’échange sur deux lumières rouges à dix heures.
Document 0006 du dossier de l’Armée de l’air : la première page de la transcription de la bande 34 du contrôle de Barcelone, avec le premier appel du commandant au sujet de « dos señales, luces rojas » à 22 h 05 GMT. Source : Biblioteca Central del Ejército del Aire y del Espacio / Biblioteca Virtual de Defensa, CC BY 4.0. Source de l’image · CC BY 4.0 · Biblioteca Virtual de Defensa

Sources: Avistamiento de fenómenos extraños en Valencia, Motril y Madrid: 11, 17 y 28 de noviembre de 1979

Le piqué

Le contrôleur du secteur Levante posa la question autour de laquelle la nuit allait tourner : « Voulez-vous que nous appelions un intercepteur de la Défense ? » La première réponse du commandant porta sur l’altitude : « En ce moment je suis au 290. Je maintiens 290. Je vais à Valence. » Le transcripteur ajouta une note citée depuis lors : « Le pilote a beaucoup élevé la voix, et une certaine agitation est perceptible. » Interrogé de nouveau à 22 h 10, il dit : « Si possible, oui. Pour information : le trafic est à moins d’un demi-mille et en ce moment il est beaucoup descendu… il doit être à environ 3 000 pieds au-dessous de nous. » Barcelone alluma son radar primaire, celui qui n’a pas besoin de transpondeur : « rien n’apparaît ». Une minute plus tard vint la phrase qui fit l’affaire : « Quiero tomar tierra en Valencia. No me gusta continuar con ese tráfico, que me está siguiendo. » Je veux me poser à Valence. Je n’aime pas continuer avec ce trafic, qui me suit. Un équipage de Spantax, une autre compagnie charter espagnole, intervint pour demander à quelle distance il était de Valence, 65 milles, et dire que de là où ils étaient, ils ne voyaient rien. « Deux lumières rouges, et ça nous suit… Deux lumières rouges que j’ai maintenant en dessous, et ça nous suit. » Dans la déposition écrite qu’il remit quelques jours plus tard au juge instructeur de l’Armée de l’air, l’officier que l’arme désigne pour recueillir les éléments sur un signalement d’ovni, Lerdo de Tejada décrivit le moment qu’il n’avait pas raconté à la radio : les passagers attachés et la radiobalise de Valence affichée, les lumières « s’approchèrent dangereusement de l’avion » et il « effectua une manœuvre divergente vers la droite et entama une descente d’environ 5 000 pieds par minute ». Trente secondes plus tard, en passant de 29 000 à quelque 26 000 pieds, il les perdit de vue ; à ce moment, écrivit-il, le contrôle lui signala un trafic non identifié à un demi-mille et 9 000 pieds plus bas, un message qui, sur les bandes, ne vient que plus tard, de Valence. À 23 000 pieds, écrivit-il, « le trafic se plaça à mon côté et suivit ma trajectoire jusqu’à environ 30 milles nautiques de Valence et au niveau de vol 150 ». La déposition de Zuazu concorde : deux lumières rouges séparées venant du sud vers le nord, un virage évasif à droite en descente au niveau 290, l’objet derrière et à gauche, perdu à environ 30 milles. Les deux pilotes notèrent que la balise illisible sur 121,5 avait été audible d’avant qu’ils ne voient les lumières jusqu’après les avoir perdues.

Page dactylographiée numérisée, numérotée 0062 et intitulée G. Situación y detalles, relato manuscrito por el observador, frappée du tampon CONFIDENCIAL, décrivant le décollage de Palma à 21 h 47 Z, des lumières rouges vues à 22 h 08 à dix heures, une manœuvre divergente vers la droite et une descente d’environ 5 000 pieds par minute, avec un cadre de déclassification et un tampon de bibliothèque au bas de la page.
Document 0062 : le récit du commandant lui-même pour le juge instructeur, dactylographié d’après son texte manuscrit. « A las 22:08 vimos unas luces rojas como a 10 ó 15 NM a las 10 h. de nuestra posición » : à 22 h 08 nous avons vu des lumières rouges à environ 10 ou 15 milles nautiques, à dix heures de notre position ; trois minutes plus tard et plus loin que ne le dit la bande. Son nom, comme tous les noms du dossier, fut caviardé avant la publication. Source : Biblioteca Central del Ejército del Aire y del Espacio / Biblioteca Virtual de Defensa, CC BY 4.0. Source de l’image · CC BY 4.0 · Biblioteca Virtual de Defensa

Sources: Avistamiento de fenómenos extraños en Valencia, Motril y Madrid: 11, 17 y 28 de noviembre de 1979

Manises

L’approche de Valence prit la Caravelle en charge à 22 h 16. Manises, l’aéroport de Valence, partageait sa piste avec une base de l’Armée de l’air, celle de l’escadre de chasse Ala 11. L’équipage demanda à tenir un circuit d’attente sur la balise de Valence pour brûler du carburant, car l’avion était trop lourd pour se poser, et signala « une sorte d’émission de balise, mais totalement illisible » toujours présente sur 121,5, et, « sur la gauche… DEUX LUMIÈRES ROUGES qui arrivent derrière nous ». À 22 h 24, autorisé à descendre à 4 000 pieds, le commandant dit que les lumières rouges ne suivaient plus ; ils les avaient perdues deux ou trois minutes plus tôt. Puis le contrôleur transmit ce qu’on venait de lui dire : « Nous avons vérifié avec le radar militaire Pegaso et c’est affirmatif, il était près de vous à environ 9 000 pieds approximativement. » « Qu’est-ce que c’était ? » « Inconnu pour eux aussi. » Pegaso était l’indicatif du centre de contrôle de la défense aérienne de Torrejón, près de Madrid, que Barcelone avait alerté à 22 h 16. Quelques minutes plus tard, le commandant lâcha le mot sur la bande : « Ce doit être un ovni, alors, non ? » « Ce doit être ça », répondit le contrôleur, ajoutant qu’une balise sonnait sur 121,5 depuis deux heures et demie et que personne n’avait pu la localiser non plus. La tour nota l’atterrissage à 22 h 45 GMT, 23 h 45 heure locale ; les télex envoyés à Madrid le lendemain matin diront 22 h 50. Miguel Morlán, directeur par intérim de l’aéroport et ingénieur aéronautique, dînait au restaurant de l’aérogare quand un pilote d’avion-taxi vint lui dire qu’une Caravelle de TAE arrivait parce qu’elle avait rencontré des ovnis et craignait une collision. Il descendit sur l’aire de trafic et croisa les pilotes qui marchaient vers l’aérogare « avec des visages de panique », comme il l’écrivit dans sa déposition : ils lui racontèrent qu’une dizaine de milles après Ibiza, deux puissantes lumières rouges étaient venues sur eux depuis le sud, qu’ils avaient viré vers Valence par crainte d’une collision, et que les lumières les avaient suivis jusqu’à trente milles, toujours à gauche, d’abord à leur niveau, puis plus bas, puis de nouveau à leur niveau. Les 109 passagers furent logés à l’hôtel Azafata, à côté de l’aéroport. Tous n’en crurent pas un mot. Dès le lendemain, rapporta le correspondant d’ABC à Valence, cinquante-huit d’entre eux avaient signé une lettre affirmant que seule une panne mécanique pouvait expliquer l’atterrissage, en soulignant les quatre heures de retard à Salzbourg et le changement d’équipage à Palma ; leur porte-parole, un ingénieur céramiste autrichien, assurait n’avoir vu « absolument rien ». La Caravelle repartit pour les Canaries le lendemain à deux heures moins le quart de l’après-midi.

Sources: Avistamiento de fenómenos extraños en Valencia, Motril y Madrid: 11, 17 y 28 de noviembre de 1979Aterrizaje de emergencia de un avión a causa de un ovniCausas del desvío del avión Super-Caravelle de la Compañía TAE. Presentada por don Enrique Múgica HerzogEl caso Manises y las maniobras militares

Trois lumières au-dessus de l’aéroport

Quand la nouvelle se répandit que le vol TAE arrivait, le personnel de nuit de l’aéroport sortit regarder le ciel. Ce qu’il vit devint la seconde moitié de l’affaire. Dans le résumé du juge, trois lumières se détachaient, anormalement brillantes parmi les étoiles, et l’une en particulier, à l’est-sud-est au-dessus du port de Valence, à une vingtaine de degrés au-dessus de l’horizon, clignotait vert, rouge et blanc « sans interruption ». Morlán lui donna trois ou quatre fois la taille et l’éclat de Vénus, à vingt-cinq degrés de hauteur, et alla chercher des jumelles dans son bureau pour mieux voir ; il nota aussi deux points plus faibles au nord et à l’ouest qui, « vu la grande clarté de la nuit, pouvaient être des étoiles ». La tour indiqua à Pegaso un objet sur le relèvement 130 depuis la balise de l’aéroport, à peu près à l’est-sud-est, à vingt milles, avec des feux rouges et verts, apparemment immobile à quelque 4 000 pieds ; Morlán signala ensuite à Pegaso trois objets, un au-dessus de l’aéroport clignotant rouge et vert, un au-dessus du port clignotant blanc, un vers Sagonte. Les départs civils furent suspendus. L’officier de permanence de l’aéroport, le contrôleur militaire de la tour, deux contrôleurs civils, un sergent, un technicien du bureau de piste et le concierge de l’aéroport firent tous une déposition ; la lumière la plus brillante, dirent-ils, monta lentement d’une vingtaine de degrés à soixante en deux heures environ, tandis que « son intensité diminuait jusqu’à se confondre avec les étoiles ». Le concierge ajouta que deux passagers lui avaient dit avoir vu « une lumière comme si elle jouait avec l’avion ». Un épisode se détache. Deux contrôleurs munis de jumelles et un employé du bureau de piste virent ce qui ressemblait aux feux de navigation d’un avion, bas au-dessus de la lagune de l’Albufera, à 2 000 ou 3 000 pieds, filant vers le sud à ce qu’ils estimèrent être 350 nœuds environ, un peu plus vite qu’un chasseur quittant la base. Ils le prirent pour le chasseur qu’ils savaient en route et allumèrent le balisage de piste pour lui. Pegaso leur dit que le Mirage était loin au nord du village de Calles, à l’intérieur des terres ; la bande montrera plus tard qu’il n’était jamais descendu au-dessous de 20 000 pieds.

Sources: Avistamiento de fenómenos extraños en Valencia, Motril y Madrid: 11, 17 y 28 de noviembre de 1979Intervención militar en la noche de Manises

Décollage sur alerte

À 23 h 26 GMT, l’officier de permanence du Commandement du combat aérien, informé par Pegaso et après avoir consulté le pilote d’alerte et le capitaine de permanence de la base aérienne de Manises, ordonna un décollage sur alerte. L’appareil d’alerte de Los Llanos, près d’Albacete, était un Dassault Mirage F1 de l’Ala 14, l’escadre de chasse de Los Llanos, indicatif EO-01, piloté par le capitaine Fernando Cámara. Il fut en l’air à 23 h 40, 0 h 40 heure locale, et en contact radio et radar avec Pegaso deux minutes plus tard. Le briefing de Pegaso est sur la bande : une Caravelle de TAE suivie d’un objet étrange s’était posée à Manises ; une fois l’avion au sol, militaires et civils avaient vu « trois objets stabilisés, et peut-être un de plus changeant brusquement de niveau » au-dessus de la piste, à environ 4 000 pieds ; deux étaient encore en vue. « Il faudra travailler au maximum à l’œil et au radar, car Pegaso n’a de contact radar avec rien près de Valence. » Le contrôleur lui fit passer en revue la cabine, l’oxygène, le parachute et l’armement, puis ajouta : « ánimo que la noche está bonita », courage, la nuit est belle. En montée à travers 24 000 pieds vers la côte, Cámara signala quelque chose que personne n’avait prévu : « En ce moment je reçois des interférences radio, du genre de celles que faisaient les Américains l’autre jour, c’est une sorte de sirène. » Un instant plus tard : « Le BF m’indique des accrochages intermittents par la droite et par le nez », le BF étant le détecteur d’alerte radar du Mirage, qui s’allume quand un faisceau radar balaie l’appareil. Pegaso confirma les directions et pensa que l’alerte de nez pouvait venir de Sagonte et celle de droite du port de Valence. « Visuellement je n’ai rien », dit Cámara. « Négatif, au radar rien. » « Quand j’appuie sur l’alternat, elles disparaissent. » Il répétera que c’était exactement l’interférence qu’il avait rencontrée quelques jours plus tôt, pendant CRISEX-79, quand on l’avait envoyé chercher le porte-avions et qu’il l’avait survolé ; le rapport du commandement nomme le navire, le Nimitz, et la date, le 2 novembre.

Photographie couleur d’un chasseur monoplace Dassault Mirage F1 gris clair garé de face lors d’un meeting aérien, avec le numéro 14-20 sur le fuselage, un cache à croix rouge sur l’entrée d’air, des flammes rouges « remove before flight » pendant de la cellule, une échelle d’accès jaune au cockpit, et des spectateurs et des voitures à l’arrière-plan.
Un Mirage F1CE de l’Ala 14, l’escadre d’Albacete qui lança l’EO-01 dans la nuit du 11 au 12 novembre 1979, photographié à RAF Fairford en juillet 1991. Le F1CE était l’intercepteur monoplace que l’escadre volait en 1979 ; cette cellule, C.14-20, n’est pas identifiée comme celle que pilota Cámara. Photo : Andrew Thomas, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons. Source de l’image · CC BY-SA 2.0 · Andrew Thomas

Sources: Avistamiento de fenómenos extraños en Valencia, Motril y Madrid: 11, 17 y 28 de noviembre de 1979De buscar un OVNI a velar por la seguridad de España, 50 años de la llegada del Mirage F1 a Albacete

Une heure et demie à courir après des lumières

La chasse, sur la bande, est une longue conversation entre un pilote qui voit des lumières et un contrôleur qui ne voit que le pilote. À 23 h 53, à 30 000 pieds, Cámara repéra des lumières à sa position trois heures, plus bas que lui et très loin, « vers Benidorm ou par là », et vira au sud vers elles. « Elles ont l’air très loin, vous savez ?… elles sont rouges, mais on dirait qu’elles sont sur l’eau. » Avec Ibiza parfaitement visible sur sa gauche, il jugea les lumières plus lointaines que l’île ; Pegaso situait Ibiza à 42 milles. Après quelque 50 milles sans se rapprocher, il renonça et revint vers Valence, où le sol avait toujours un objet au-dessus de la base. À minuit GMT, à 40 milles environ, il le vit : une lumière au-dessus de l’aéroport, clignotant rouge, vert et blanc, 2 000 ou 3 000 pieds au-dessus de lui, et le sol confirma que c’était bien celle qu’ils observaient. Il fonça dessus au cap 340, un peu à l’ouest du nord, sur plus de 70 milles nautiques, au-delà de Valence et vers l’intérieur en direction de Teruel, et elle resta où elle était. « Je la vois toujours à la même distance… Aucune idée, parce que ça pourrait être 10 ou 15 milles et qu’elle soit proche et petite, ou 100 milles et qu’elle soit plus grosse. Vous comprenez ? » « Oui, reçu, c’est logique. » « Comme la nuit est si claire, si étoilée, c’est difficile de distinguer ce qui est étoile de ce qui… pourrait être plus bas. » Il enclencha la caméra de tir « au cas où quelque chose sortirait… mais j’en doute ». À 0 h 17 il abandonna cette lumière et fut envoyé dans le triangle Valence–Sagonte–Columbretes, où l’interférence allait et venait avec une telle force qu’il ne comprenait parfois plus Pegaso, qui entendait la sirène au sol et l’enregistrait. « Maintenant j’ai un accrochage fixe en face », signala-t-il à un moment ; « ça s’allume en face comme ça s’allume partout ». « Asombroso », dit Pegaso : stupéfiant. Près de Sagonte, au cap 080, le détecteur enregistra un radar à impulsions tandis qu’une lumière blanche se tenait dans son nez à une distance inconnue. D’une autre lumière blanche brillante qui « n’était pas là avant », basse vers la mer, il dit lui-même : « Cette fois je crois que c’est une étoile plus grosse, ou une étoile. » « Avec une nuit pareille, on voit jusqu’à Madrid », dit-il à Pegaso. « Caramba », répondit le contrôleur, « je vais lever le bras et faire signe, des fois que vous me voyiez. » À 0 h 45, le carburant à la limite, il fit un dernier passage au-dessus de Manises et du port, ne vit rien et vira vers Albacete ; sur le chemin du retour, le détecteur s’alluma une fois encore, cette fois par l’arrière. Il se posa à 1 h 07 GMT, environ une heure et demie après le décollage ; le rapport du commandement consigne la sortie à une heure trente-cinq, avec 900 litres restant dans les réservoirs. Le film de la caméra de tir, écrira plus tard le juge, ne montrait rien : la caméra n’avait pas fonctionné.

Sources: Avistamiento de fenómenos extraños en Valencia, Motril y Madrid: 11, 17 y 28 de noviembre de 1979

Lundi matin

À 8 h 12 GMT le lundi, le secteur aérien de Valence avait télexé au commandement régional que l’appareil « matrícula EC-CUM, compañía TAE, línea JK-297 Palma–Tenerife » s’était posé à 22 h 50 la veille « en raison de la présence dangereusement proche d’un objet non identifié », et que le commandant avait annulé son vol dans l’attente d’informations complémentaires. L’histoire était déjà sortie. Le commandant livra un bref récit aux micros de la station valencienne de RTVE, la radiotélévision publique ; le copilote parla aux journalistes de « deux lumières rouges qui se sont approchées de nous depuis le ciel et montaient et descendaient d’une manière non conventionnelle », d’une descente abrupte parce que « franchement ce n’était pas drôle », et de ce qu’on leur avait dit à Manises qu’un radar avait capté une cible : « Ce qui est clair, c’est que cet engin nous en voulait. » Morlán tint une conférence de presse et dit que les lumières s’étaient tenues au-dessus de l’aéroport à environ 9 000, chiffre qu’ABC imprima en mètres et El País en pieds. Le ministre des Transports, Salvador Sánchez-Terán, se trouvait par hasard à Manises ce matin-là pour inspecter des travaux et refusa de parler d’avions militaires. El País rapporta, de source officielle, que la Caravelle avait « détecté au radar » un objet près d’Ibiza, qu’elle s’était posée « vers onze heures du soir », et que les lumières au-dessus de l’aéroport s’étaient évanouies au passage de « quatre avions Phantom d’Albacete », trois détails que le dossier ne confirme pas. Le mardi, Alfredo Semprún, d’ABC, avait le commandant au téléphone depuis Las Palmas, et le mercredi l’histoire prit sa voix à la première personne. « Si j’ai fait un atterrissage d’urgence à Manises », dit Lerdo de Tejada, « c’est uniquement et exclusivement parce que j’ai vu mon avion en danger de collision avec un objet non identifié. » Il décrivit deux lumières rouges côte à côte « d’une intensité si énorme qu’elles cachaient à la vue l’engin, ou quoi que ce fût, sur lequel elles devaient être montées », se déplaçant « à une vitesse diabolique, inconnue de tout avion conventionnel », s’arrêtant net à courte distance de la Caravelle, « jouant avec nous pendant près de dix minutes », puis reprenant une route de collision à laquelle il répondit par « un break violent à droite » et un piqué de 29 000 à 15 000 pieds. Pensait-il avoir vu une soucoupe volante ? « Je ne peux pas vous répondre. Si je savais à quoi ressemblent ces soucoupes, je vous dirais si c’en était une. Je sais seulement que c’était un engin diaboliquement rapide, d’une manœuvrabilité stupéfiante. » Ce mercredi-là, El País rapporta que tout ce qui touchait à l’affaire avait été déclaré materia reservada, matière classifiée, en vertu d’une décision permanente de l’état-major interarmées ; le dossier date cette décision du 3 mars 1979. Le lendemain, jeudi 15 novembre, en commission du Sénat, un sénateur des Canaries nommé Federico Padrón Padrón demanda au ministre des Transports d’éclaircir l’atterrissage forcé de l’avion intercepté. Sánchez-Terán répondit que les lumières avaient été vues par le pilote ou le copilote, non par les passagers, que leur inquiétude était enregistrée sur les bandes de contrôle, que l’avion de reconnaissance d’Albacete n’avait rien trouvé, que les radars civils n’avaient rien vu et qu’une tache sur le radar primaire de la Défense était en cours de vérification. À titre de « simple hypothèse de travail », il avança que les lumières rouges pouvaient être les propres feux de l’avion réfléchis dans l’atmosphère. Ce fut, selon le chercheur José Juan Montejo, qui a retrouvé le compte rendu de séance, la première fois qu’un ovni était évoqué au parlement espagnol.

Formulaire de message militaire numérisé, mal photocopié, avec des traînées sombres sur la moitié supérieure, portant un texte de télex dactylographié en capitales qui rapporte que l’appareil immatriculé EC-CUM de la compagnie TAE, vol JK-297 Palma–Tenerife, s’est posé à Valence en raison de la présence dangereusement proche d’un objet non identifié. Un tampon dateur indique 12 NOV 1979 et un tampon bleu de bibliothèque 1 SET. 1994.
Document 0001 : le télex du 12 novembre 1979, 8 h 12 GMT, du chef du secteur aérien de Valence au commandement régional, première page du dossier. Il donne l’immatriculation de l’appareil, EC-CUM, et une heure d’atterrissage de 22 h 50. Source : Biblioteca Central del Ejército del Aire y del Espacio / Biblioteca Virtual de Defensa, CC BY 4.0. Source de l’image · CC BY 4.0 · Biblioteca Virtual de Defensa

Sources: Avistamiento de fenómenos extraños en Valencia, Motril y Madrid: 11, 17 y 28 de noviembre de 1979Aterrizaje de emergencia de un avión a causa de un ovniDeclaraciones a ABC del piloto del Caravelle: aterricé en Valencia ante un riesgo real de colisiónUn ‘ovni’ forzó el aterrizaje de un Caravelle en ManisesEncuesta oficial sobre el aterrizaje forzoso de ManisesSalvador Sánchez-Terán: el discurso en el Senado del 15 de noviembre de 1979La primera interpelación en el Senado español por un caso OVNI… y no fue la de Múgica

Le rapport du juge

L’Armée de l’air nomma comme juge instructeur un capitaine de l’Ala 11, l’escadre basée à Manises, qui avait lui-même été le capitaine de permanence cette nuit-là et qu’on avait fait sortir sur l’aire de trafic, à la demande de Pegaso, pour confirmer la lumière : fixe, à une trentaine de degrés de hauteur, radial 130, d’un blanc intense et clignotante, montrant du blanc, du rouge et du vert aux jumelles. Il rassembla les bandes de Barcelone, de Valence et de Pegaso, le bulletin météorologique, la réponse de la mission militaire américaine et treize dépositions de témoins recueillies « séparément et sans contact personnel entre eux », et signa son rapport à la base aérienne de Manises le 28 novembre 1979. C’est un document soigneux. Il découpa la nuit en phases et soutint que l’équipage et le sol avaient probablement vu deux choses différentes : le commandant lui avait dit que les lumières vues depuis l’aéroport « n’avaient absolument aucune ressemblance » avec la paire de lumières rouges intenses et nettes qu’il avait vues du cockpit. Pour les lumières rouges, il pesa un reflet du propre feu de bout d’aile de la Caravelle sur des cristaux de glace, que le commandant rejetait à cause de leur taille et de leur intensité, et « un autre trafic d’origine inconnue », éventuellement doté de contre-mesures électroniques pour déjouer les radars, dont la flotte américaine était exclue par une lettre du chef de la mission militaire des États-Unis en Espagne. Pour les lumières au-dessus de l’aéroport, il pesa une planète, écrivant que ses propres connaissances en astronomie étaient limitées et laissant la décision « à des personnes d’un niveau scientifique supérieur », et un trafic non contrôlé tel que des hélicoptères, dont aucun n’avait volé. Il nota que la lumière la plus brillante s’était déplacée avec les étoiles et avait été reconnue par des témoins les nuits suivantes, qu’aucun radar nulle part n’avait tenu un contact autre que les vols contrôlés, et que les interférences du Mirage étaient toujours survenues dans la zone Valence–Sagonte où la mystérieuse balise avait été localisée ; la balise se tut vers 3 h 30 GMT le 12, cause inconnue. Puis il écrivit les phrases dont l’affaire a vécu. Toutes les hypothèses restaient ouvertes à une étude supérieure. Tout reposait sur la prémisse de deux observations distinctes ; « si l’on considère que toutes les observations correspondent au même phénomène aérien, surgit la nécessité d’envisager l’hypothèse qu’il existe réellement un engin d’origine inconnue mû par une énergie également inconnue ». Et des lumières basses au-dessus de l’Albufera que les contrôleurs avaient prises pour le chasseur, il conclut que leur origine ne pouvait être déterminée et qu’elles « confirment l’existence d’un trafic non contrôlé dans la zone, d’origine inconnue ». Ses supérieurs furent moins impressionnés. Le rapport du Commandement du combat aérien du 30 novembre suggéra que des inversions de température avaient pu produire des effets de mirage ; le lieutenant-général commandant la région de Saragosse écrivit en janvier 1980 qu’« il n’y a pas de preuve permettant d’admettre la présence d’ovnis dans ce cas », que les lumières vues du sol pouvaient être une planète inhabituellement brillante, un ballon météorologique ou des lumières réfléchies par une inversion, et que l’observation de l’équipage pouvait être la même chose « amplifiée par l’inquiétude de l’équipage, fait confirmé par la transcription de la conversation avec le contrôle de Barcelone ». Quand l’attaché des forces armées françaises demanda en décembre les conclusions, destinées au service des phénomènes aérospatiaux non identifiés de l’agence spatiale française, une note interne du 25 février 1980 trancha que rien ne pouvait être fourni : l’affaire était classifiée.

Sources: Avistamiento de fenómenos extraños en Valencia, Motril y Madrid: 11, 17 y 28 de noviembre de 1979

Benítez, Múgica et la réponse classifiée

Le journaliste J. J. Benítez arriva aux témoins le premier et le plus vite. Son livre Incidente en Manises parut chez Plaza & Janés en 1980, et son long article dans la revue Mundo Desconocido, en juillet, sous le titre de couverture « Trois ovnis interceptés par un chasseur espagnol », comportait un plan de l’aéroport indiquant où les trois lumières s’étaient tenues au-dessus du parc à carburant et de la tour, et une photographie de Morlán au téléphone. Dans la version de Benítez, telle que le député Enrique Múgica la relaierait au parlement, l’objet faisait « environ deux fois la taille d’un Jumbo », un Boeing 747, avec deux puissantes lumières rouges à ses extrémités, s’était approché à cent ou deux cents mètres de la Caravelle, avait été suivi par Pegaso à un demi-mille, observé par quarante témoins pendant deux heures, et pourchassé par le Mirage, décollé vers deux heures du matin, vers l’Aragon, vers les Columbretes et jusqu’à Mahón, à Minorque. Le 26 septembre 1980, le député socialiste Enrique Múgica Herzog soumit presque exactement ce récit au gouvernement sous la forme d’une question parlementaire, demandant quel engin avait dérouté la Caravelle, pourquoi trois « trafics » non identifiés étaient restés au-dessus de l’Espagne pendant quatre heures et ce qui avait contraint un Mirage à décoller sur alerte. La réponse que l’état-major de l’Air rédigea pour le ministre est dans le dossier, et c’est une réfutation point par point de la version Benítez. Le pilote n’avait jamais donné de taille, seulement l’écartement de deux lumières ; la distance la plus courte qu’il avait déclarée était un demi-mille, « et seulement momentanément » ; il y avait treize témoins au dossier, non quarante, et ils ne s’accordaient ni sur le nombre ni sur la position des lumières ; le Mirage n’avait jamais eu d’accrochage radar cohérent et avait pourchassé des lumières dont la position lui était relayée depuis le sol ; les photographies qu’un mécanicien avait prises à Sóller, à Majorque, cette nuit-là, et qui avaient trouvé leur chemin jusqu’au dossier, « ne sont pas du tout significatives ». Ce qui avait dérouté la Caravelle, concluait l’état-major, « n’était aucune sorte d’aéronef, la nature de l’objet en question étant inconnue, et il pourrait fort bien s’agir simplement d’une illusion d’optique ». Aucun radar ne l’avait vu, du sol ou des airs, « ce qui indique la non-existence d’un objet solide dans la zone ». Rien n’avait contraint au décollage : un appel téléphonique de Valence au sujet de quelques lumières avait conduit l’officier de permanence à envoyer le chasseur vérifier. Toute l’affaire étant classifiée, l’état-major proposa qu’on remette au ministre une photocopie du dossier complet au cas où le député soulèverait d’autres points. Les chercheurs qui ont cherché n’ont trouvé aucune réponse publique à la question de Múgica.

Sources: Intervención militar en la noche de ManisesEspagne: à propos de la caravelle poursuivie par un o.v.n.i.Causas del desvío del avión Super-Caravelle de la Compañía TAE. Presentada por don Enrique Múgica HerzogAvistamiento de fenómenos extraños en Valencia, Motril y Madrid: 11, 17 y 28 de noviembre de 1979El misterio del ovni de Manises: ¿qué eran las ‘luces rojas’ que desafiaron a un caza español?

La déclassification et la raffinerie

Le dossier refit surface en 1994, quand l’Armée de l’air, aiguillonnée par le chercheur Vicente-Juan Ballester Olmos et par un appétit public croissant, entreprit de déclassifier ses expedientes ovni ; le dossier de Manises fut libéré le 11 août 1994, les noms de tous les témoins caviardés à l’encre, et un mince supplément suivit en 1996, après qu’une recherche de documents égarés n’eut rien révélé de neuf sur Manises. En 2016, le ministère de la Défense mit toute la collection en ligne sous licence ouverte. Entre-temps, la thèse sceptique avait trouvé son champion. Juan Antonio Fernández Peris, ingénieur agronome valencien qui consacra près de deux décennies à l’affaire, remporta en 1999 le prix de la Fundación Anomalía, une fondation espagnole de recherche sur les ovnis établie à Santander, pour une étude publiée en 2000 sous le titre El expediente Manises. Sa thèse démonte la nuit pièce par pièce. L’équipage, soutint-il, « a probablement confondu les flammes des torchères de la raffinerie d’Escombreras, à côté de Carthagène, avec les lumières rouges qui ont causé son alarme » : la direction concordait, l’écart angulaire des deux lumières rouges correspondait à la distance réelle entre les torchères, et une forte inversion de température au sol, cette nuit-là, avait soulevé et déformé les flammes en un mirage supérieur, celui qui hisse les objets lointains au-dessus de l’horizon, de sorte qu’une paire de feux à quelque 180 kilomètres semblait se tenir à l’altitude de l’avion de ligne et garder son allure. Le commandant, écrivit-il, subissait une forte tension personnelle et « son anxiété ou sa crise de panique aux commandes fut en grande partie ce qui motiva l’atterrissage d’urgence ». À Manises, le personnel « a confondu plusieurs étoiles avec des “objets lumineux inconnus”, l’étoile Sirius étant la plus grande lumière et celle qui suscita le plus d’attente » ; le capitaine de permanence de la base avait, après tout, téléphoné à Madrid à 1 h 45, selon le registre téléphonique de l’état-major, pour dire que l’objet suivait les étoiles et était probablement une planète. Le capitaine Cámara « ne vit que des lumières lointaines et mal définies qu’il n’atteignit jamais, de nature probablement stellaire », et ses interférences en sirène et ses alertes radar étaient des émissions de guerre électronique du porte-hélicoptères Iwo Jima de la Sixième Flotte de l’U.S. Navy, sa force de Méditerranée, qui se trouvait près des Columbretes cette nuit-là, en état d’alerte élevé pendant la crise des otages en Iran, et accosta à Valence le lendemain. Repsol confirma plus tard au chercheur David Cuevas que la raffinerie fonctionnait normalement cette nuit-là. Les défenseurs de l’observation répondirent sur le même terrain. José Manuel García Bautista et Rafael Cabello refirent la route en simulateur et soutinrent que les torchères d’Escombreras, hautes d’environ 150 mètres, sont masquées depuis le nord par des crêtes de 270 à 430 mètres, que deux flammes distantes de 200 mètres ne peuvent être séparées par l’œil à 180 kilomètres, et que le centre météorologique de Murcie n’avait aucune trace d’inversion, silence que partage le bulletin météorologique du dossier lui-même, comme l’avait noté le général de Saragosse en 1980 ; Miguel Ángel Ruiz fit remarquer que, sur la bande de Barcelone, le trafic monte, « sube », et ne se contente pas de se déplacer. Cámara, interrogé sur la raffinerie, a été catégorique : « Je connais très bien Escombreras, j’ai vu ses flammes depuis les airs des centaines de fois. Celui qui fait ces conjectures n’a jamais piloté un avion et ne sait pas ce que c’est que d’être en l’air. Je sais très bien ce que j’ai vu. D’ailleurs, cette lumière se dirigeait vers Saragosse et non vers Escombreras. »

Photographie couleur d’une raffinerie de pétrole dans une vallée aride, avec une douzaine de hautes cheminées élancées et de colonnes de distillation se découpant sur un ciel brumeux, une très haute cheminée rayée au centre droit, de la garrigue basse et quelques arbres au premier plan, et une crête brune qui s’élève derrière l’usine, à gauche.
La raffinerie d’Escombreras, dans le Valle de Escombreras, près de Carthagène, photographiée en 2006. Fernández Peris soutint que deux de ses torchères, vues à travers une inversion de température depuis quelque 180 kilomètres, étaient les « deux lumières rouges » du vol JK-297 ; ses critiques répondent que les crêtes qui entourent la vallée cachent les torchères depuis le nord. Photo : I HQ, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons. Source de l’image · CC BY-SA 2.0 · I HQ

Sources: Los expedientes OVNI desclasificados – OnlineEl expediente Manises. 11 de noviembre de 1979: el día que un OVNI hizo aterrizar el vuelo TAE JK-297¡Aterriza como puedas! (resumen de El expediente Manises)Entre ufólogos, escépticos y chimeneasCaso Manises: más de 20 años de polémica‘El Expediente Manises’: un análisis críticoIncidente ovni de ManisesAvistamiento de fenómenos extraños en Valencia, Motril y Madrid: 11, 17 y 28 de noviembre de 1979

Le pilote qui n’a jamais cessé de parler

Deux pilotes ont porté la nuit, et leurs destins ont été fort différents. Francisco Javier Lerdo de Tejada donna ses entretiens à la radio et aux journaux en novembre 1979, parla à Benítez, puis, pour autant que le montrent les archives, ne dit plus rien en public ; aucun entretien ultérieur n’a été retrouvé, et les émissions anniversaires ne le présentent pas. Fernando Cámara, qui devint colonel avant de prendre sa retraite, raconte l’histoire depuis quarante ans, et elle a grandi au fil des récits. Sur la bande de 1979, il n’y a pas de forme, pas de vitesse au-delà des vitesses que Pegaso lisait, pas d’objet qui bouge quand il bouge. Dans un entretien radio de 2015, il décrivit une grande lumière rouge immobile au-dessus de Manises qui, lorsqu’il l’atteignit à environ mille kilomètres à l’heure, « passa de l’immobilité à voler devant moi à la même vitesse », et dit : « J’avais conscience que cet objet me détectait, parce que les systèmes d’alerte de mon avion se sont déclenchés. Mais je ne pouvais le voir qu’avec mes yeux » ; il la poursuivit vers Saragosse, puis trouva au-dessus de Sagonte « un disque blanc, très différent de l’autre lumière », qu’il suivit vers Minorque jusqu’à ce que le carburant vienne à manquer. Dans les récits ultérieurs, le mur du son est franchi, l’objet ne renvoie aucune signature infrarouge aux autodirecteurs de ses missiles et aucun écho « dans aucun mode radar », le détecteur d’alerte indique un radar à onde continue du type qui guide les missiles antiaériens, et la lumière de Sagonte devient un cône tronqué, « une coupe renversée sans fond », ou un grand dôme transparent. En décembre 2019, il parut dans l’édition du quarantième anniversaire de Cuarto Milenio, la grande émission espagnole consacrée aux mystères, dans l’uniforme qu’il portait en 1979. « La technologie qu’utilisait cet objet n’était ni normale ni connue », dit-il dans un entretien qu’un journal d’Albacete reprit en 2025, quand le Mirage F1 fêta les cinquante ans de son arrivée à Los Llanos ; cela avait été « la première et la seule fois de ma carrière où j’ai dû décoller sur alerte pour chasser un ovni ». La caméra de tir a son propre folklore : dans l’article de Benítez de 1980, un colonel anonyme dit que lorsque le pilote voulut filmer, l’équipement se bloqua. Les croyants ont Cámara ; les sceptiques ont la bande. L’affaire est devenue l’histoire d’ovni la plus célèbre d’Espagne, racontée à la télévision, à la radio et en podcast, et invoquée chaque fois qu’un pilote espagnol signale des lumières. Ce qui demeure est plus simple que toutes les reprises : un équipage professionnel qui abandonna un vol plutôt que de partager le ciel avec deux lumières rouges, un contrôleur qui dit « Asombroso », et un dossier qui enregistra tout cela sans rien en expliquer.

Sources: El piloto que persiguió un OVNIDe buscar un OVNI a velar por la seguridad de España, 50 años de la llegada del Mirage F1 a AlbaceteEl Caso Manises: una persecución OVNI provocó el aterrizaje de emergencia de un avión en ValenciaEl enigma del Ovni de Manises: el día que un caza militar persiguió unas luces misteriosas sobre el cielo de ValenciaIntervención militar en la noche de ManisesCaso Manises: así cuenta un testigo lo ocurridoAvistamiento de fenómenos extraños en Valencia, Motril y Madrid: 11, 17 y 28 de noviembre de 1979

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Sources et entretiens

Les sources conservent leur langue d’origine ; leurs titres et descriptions sont traduits.

Avistamiento de fenómenos extraños en Valencia, Motril y Madrid: 11, 17 y 28 de noviembre de 1979Mando Operativo Aéreo, Estado Mayor, Sección de Inteligencia, Ejército del Aire · Dossier 791111/791117/791128, 142 documents numérotés sur 147 pages tel que déclassifié, avec les transcriptions des bandes de Barcelone, de Valence et de Pegaso, treize dépositions de témoins et le rapport du juge instructeur du 28 novembre 1979 · Déclassifié le 11 août 1994 · Biblioteca Virtual de Defensa, notice 38287, CC BY 4.0Avistamiento de fenómenos extraños en Valencia, Motril y Madrid: 11, 17 y 28 de noviembre de 1979 (bis)Mando Operativo Aéreo, Ejército del Aire · Supplément de 11 pages avec la recherche de documents égarés de juillet 1994 et le décollage sur alerte de Madrid du 28 novembre 1979 · Déclassifié le 20 novembre 1996 · Biblioteca Virtual de Defensa, notice 38290, CC BY 4.0Causas del desvío del avión Super-Caravelle de la Compañía TAE. Presentada por don Enrique Múgica HerzogBoletín Oficial de las Cortes Generales, Congreso de los Diputados, Serie E, no 378-I · 14 octobre 1980, p. 847–849 · La question orale du 26 septembre 1980Un ‘ovni’ forzó el aterrizaje de un Caravelle en ManisesJaime Millás · El País · 13 novembre 1979 · Le premier article national, avec les « quatre Phantom » et un atterrissage à 23 heures que le dossier ne confirme pasEncuesta oficial sobre el aterrizaje forzoso de ManisesEl País · 14 novembre 1979 · L’information sur les ovnis déclarée « materia reservada » par l’état-major interarméesEl ovni de Manises pudo ser un caza norteamericanoJaime Millás · El País · 25 janvier 1980 · L’hypothèse de la Sixième Flotte avancée par les chercheurs valenciens après l’exercice CRISEX-79Aterrizaje de emergencia de un avión a causa de un ovniABC (Madrid) · 13 novembre 1979, p. 53 · Le correspondant à Valence, avec le récit du copilote, la lettre de protestation des passagers et la conférence de presse du directeur de l’aéroportDeclaraciones a ABC del piloto del Caravelle: aterricé en Valencia ante un riesgo real de colisiónAlfredo Semprún Guillén · ABC (Madrid) · 14 novembre 1979, p. 4 · L’entretien téléphonique du commandant depuis Las PalmasFiebre de ovnis en la región valencianaABC (Madrid) · 15 novembre 1979, p. 48 · Dépêche Efe relayant le quotidien valencien Levante¡Aterriza como puedas! (resumen de El expediente Manises)Juan Antonio Fernández Peris · Cuadernos de Ufología nos 25–26, Fundación Anomalía, 2000 · Le résumé de son livre par l’auteur lui-même, reproduit sur le blog Expediente ManisesEl expediente Manises. 11 de noviembre de 1979: el día que un OVNI hizo aterrizar el vuelo TAE JK-297Juan Antonio Fernández Peris · Fundación Anomalía, Santander, 2000, 210 p. · Biblioteca Camille Flammarion no 1, lauréat du prix Ricardo Caruncho 1999 de la fondationLos expedientes OVNI desclasificados – OnlineVicente-Juan Ballester Olmos · Biblioteca Virtual de Defensa, notice 42382, 2017 · Comment s’est déroulée la déclassification de 1992–1999 et ce qui a été mis en ligne en 2016Las balizas del 11 de noviembre de 1979Vicente-Juan Ballester Olmos, Joan Plana, Jaime Servera et Juan Antonio Fernández Peris · Blog FOTOCAT, janvier 2021 · Sur la balise de détresse entendue cette nuit-làCaso Manises: más de 20 años de polémicaJosé Manuel García Bautista et Rafael Cabello Herrero · Séville, mai 2000 · Une reconstitution en simulateur de vol contre l’explication par la raffinerie · Informe OVNI‘El Expediente Manises’: un análisis críticoMiguel Ángel Ruiz · Informe OVNI · 2009 · Sept objections à Fernández Peris, avec les numéros de documents du dossierEntre ufólogos, escépticos y chimeneasDavid Cuevas · El Ojo Crítico no 63, 2009 · Avec la confirmation par Repsol que la raffinerie d’Escombreras fonctionnait cette nuit-là · Reproduit sur le blog Expediente ManisesEl caso Manises y las maniobras militaresFrancisco Máñez · Blog Expediente Manises, 2013 · L’exercice CRISEX-79, le Nimitz et l’Iwo Jima, avec la bande du contrôle de ValenceSalvador Sánchez-Terán: el discurso en el Senado del 15 de noviembre de 1979Transcription de la réponse du ministre des Transports au sénateur Federico Padrón Padrón devant la commission des travaux publics et des transports du Sénat · Blog Expediente ManisesLa primera interpelación en el Senado español por un caso OVNI… y no fue la de MúgicaJosé Juan Montejo · El Ojo Crítico no 88 · 2019 · Le Diario de Sesiones du 15 novembre 1979El piloto que persiguió un OVNIArturo Blay · Cadena SER, Radio Valencia · 1er octobre 2015 · Entretien avec Fernando CámaraDe buscar un OVNI a velar por la seguridad de España, 50 años de la llegada del Mirage F1 a AlbaceteEl Digital de Albacete · 18 juin 2025 · L’histoire du Mirage F1 à l’Ala 14, 1975–2013, avec le récit du décollage sur alerte par CámaraEl Caso Manises: una persecución OVNI provocó el aterrizaje de emergencia de un avión en ValenciaCuatro · Cuarto Milenio, saison 15, épisode 14 · Diffusé le 22 décembre 2019, article daté du 23 · Émission du quarantième anniversaire avec Fernando Cámara dans son uniforme de 1979El enigma del Ovni de Manises: el día que un caza militar persiguió unas luces misteriosas sobre el cielo de ValenciaDiego Servente · Qué! · 10 juin 2026 · Les trois contacts du colonel à la retraite tels qu’il les raconte aujourd’huiEl misterio del ovni de Manises: ¿qué eran las ‘luces rojas’ que desafiaron a un caza español?Manuel P. Villatoro · ABC · 12 novembre 2020 · Quarante et unième anniversaire, avec David Cuevas et Manuel CarballalIntervención militar en la noche de ManisesJ. J. Benítez · Mundo Desconocido no 49 · Juillet 1980, p. 50–60 · Avec un plan de l’aéroport de Manises et les trois lumières · Numérisé à l’Internet ArchiveEspagne: à propos de la caravelle poursuivie par un o.v.n.i.J. J. Benítez, traduit par L. de Troya · Hypothèses Extraterrestres no 15 · Juillet 1980, p. 7–8 · Avec le croquis d’itinéraire de Noël Paulin · Internet ArchiveTreinta años del ‘caso Manises’, un fenómeno OVNI que asombró al mundoÚltima Hora (Palma) · 15 novembre 2009 · Les photographies de Sóller et les officiers qui emportèrent les négatifsIncidente ovni de ManisesWikipédia (en espagnol) · Avec la réponse de Cámara, en 1999, à l’explication par la raffinerieIncidente en ManisesBlog Expediente Manises · Janvier 2013 · Les biographies de l’équipage telles que J. J. Benítez les recueillit en 1980La fotografía de Sóller: un ejemplo de la sinrazónVicente-Juan Ballester Olmos · Blog FOTOCAT · 21 octobre 2009 · Sur la photographie de Majorque rattachée à l’affaireCaso Manises: así cuenta un testigo lo ocurridoDMAX España · Extraterrestres: ellos están entre nosotros · YouTube, 10 min · Fernando Cámara face caméra, en espagnol

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